Politique

La semaine imaginaire de Frédérique Vidal

Temps de lecture : 5 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, le 14 janvier 2021, à Paris. | Thomas Coex / POOL / AFP
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, le 14 janvier 2021, à Paris. | Thomas Coex / POOL / AFP

Lundi 15 février

Bonjour, je me présente, je m'appelle Frédérique Vidal et je suis la ministre de l'Ensei… oups, pardon, au bout de trois ans à répéter la même phrase, on finit par avoir du mal à se débarrasser d'un réflexe. Mais grâce à deux mots qui, collés ensemble, en créent un nouveau, voilà que tout le monde se souvient enfin de moi.

Pourtant, depuis le début de la crise sanitaire et surtout depuis que les jeunes étudiant·es crèvent la dalle en regardant des tutos sur internet pour apprendre à faire des nœuds coulants avec un totebag de l'aide alimentaire, j'avais un peu espéré que mon quart d'heure de gloire arriverait enfin.

Mais non, contre toute attente, ou pas, ce sont encore mes collègues mâles qui ont récupéré le dossier en causant de l'impossibilité de filer, pendant quelques mois, 400 balles de RSA à des jeunes qui n'ont pas mangé depuis trois jours et pas vu un sourire depuis presque un an. Les jeunes ont un peu râlé, mais pas trop, forcément, à cause de l'hypoglycémie, et tout le monde a eu une nouvelle fois la preuve que, quand on élit un président ni de droite ni de gauche, c'est qu'on élit un président surtout ni de gauche. Mais bref, oublions ces débats stériles sur le désenchantement total de toute une génération qui était un peu censée sauver le monde de son péril certain et parlons islamo-gauchisme.

Mardi 16 février

Bonjour, je me présente, je m'appelle Frédérique Vidal, oui comme le dictionnaire avec les suppositoires dedans, et je suis la ministre de… rhooo pardon, vraiment ce réflexe, c'est encore plus ancré en moi qu'une envie de skier, même en taxi, chez les gens qui ont un chalet à Courchevel.

Après, c'est sûr que ça doit être rageant de pas pouvoir faire du chasse-neige dans la poudreuse qu'aucun pauvre n'aura souillée avec ses skis de location, ça, je peux le comprendre. Si le bonheur de ceux qui ont les moyens passe par une piste bleue payée en carte gold, franchement, chacun sa route, chacun son chemin vers les dépenses indécentes d'argent et d'énergies.

D'ailleurs, si on devait faire notre propre autocritique au gouvernement, on pourrait dire que nous ne sommes pas en reste, notamment avec le projet de loi sur les séparatismes qui vient d'être adopté en première lecture. Toutes ces heures pour éclairer l'hémicycle pendant les débats, ça aurait pu en faire des paniers repas à distribuer, ou même des bons d'achat pour des lissages brésiliens. Mais bon, l'autocritique ce n'est pas notre genre, alors parlons plutôt islamo-gauchisme. Ou football, comme vous préférez.

Mercredi 17 février

Bonjour, je suis Frédériiiiiiiiiiiiique…… non. Reprends-toi Frédérique, tu peux le faire ma Féfé, allez on se ressaisit. Après tout, si on a réussi à greffer à une femme l'utérus de sa mère, pour qu'elle puisse avoir à son tour un enfant, je devrais réussir à ne pas faire de rejet de ma nouvelle personnalité de femme qui l'ouvre, même quand les micros se ferment.

Après tout, être une femme politique, ce n'est pas si éloigné que d'être un homme politique. Il faut pouvoir dire tout, n'importe quoi, et même son contraire, sans oublier de joindre l'action à la parole. TU PEUX LE FAIRE MA FÉFÉ. Crois en toi, regarde, même le PSG peut foutre la pâtée à Barcelone.

Même Nicolas Sarkozy peut, pendant des semaines, vitupérer partout que le plan de vaccination prend trop de temps, tout en passant devant tout le monde à la première occasion. À moins que Paul Bismuth ne soit médecin de campagne, ce qui expliquerait pourquoi l'ancien président à grosse montre n'ait pas eu la patience d'attendre son tour. Mais inutile de polémiquer, sinon autant ouvrir à la hache le dossier George Tron, et honnêtement, je ne me sens pas l'âme d'une garde forestière. Et puis, ça nous mènerait à aborder le dossier Sciences Po et la libération de la par… Et vous, c'est quoi votre avis sur l'islamo-gauchisme?

Jeudi 18 février

Bonjour je suis Frédérique Supérieur et je suis ministre de l'Enseignement Vidal… Pardon, je sais plus trop ce que je dis, je viens de lire la déclaration du CNRS, et je me sens un peu comme Christine Boutin à qui on aurait fait visionner dix-huit fois de suite Le Secret de Brokeback Mountain dans Space Mountain. Secouée donc.

Comme un mec qui, toute sa vie, aurait vendu des boules à neige avec le Parthénon dedans et qui, depuis trois jours, vendrait des boules de neige devant le Parthénon. Une glissade sur plaque de verglas, mais pour mon ego. Un peu l'inverse de qui est arrivé à tous ces gens qui pensaient avoir pris du bide et du cul depuis le premier confinement et la découverte de la recette du pain beurré trempé dans un verre de rouge, et à qui l'Élysée, au hasard d'une confidence sur l'indice de masse corporelle du président, vient d'expliquer que c'était là juste de la densité et de la maturité.

Moi, sur le principe, je veux bien hein, surtout que c'est pas demain la veille qu'on va virer nos masques qui cachent les doubles et triples mentons, mais c'est pas un argument qui m'arrange complètement rapport au fait que les étudiants sont eux en train de fondre plus vite que leur espoir de retrouver cet été des festivals de musique. Mais inutile de polémiquer avec ma collègue de la Culture et parlons plutôt de l'islamo-gauchisme, d'accord?

Vendredi 19 février

Bonjour, je m'appelle Frédérique Vidal et franchement, ça m'arrange pas des masses en ce moment d'avoir un prénom qui, à l'oreille, est mixte. Du coup, merci de m'appeler Gwendoline dès à présent pour éviter toute confusion. D'un point de vue météorologique, on arrive tout juste à la saison des giboulées, mais en termes d'actualité, on est plutôt sur une tendance qu'on pourrait qualifier de tempête de caca permanente.

Avec en prime, un front anticyclonique qui installe tout ça sur le territoire national de façon à créer un microclimat qui déclenche quelques suées chez les hommes de pouvoir, politique ou médiatique. Pas un jour ne passe sans que sur l'écran de nos téléphones ne s'affiche le nom d'un homme qui prend les non pour des oui, des silences pour des «allez-y». Hier, le rover Perseverance s'est posé sur Mars. Puisqu'ils sont censés en venir, ce serait peut-être pas mal, si on débloque un budget bien sûr, de renvoyer tous ces mâles à l'expéditeur.

Sinon, j'ai vu hier que le ministre de la Santé préconisait désormais des isolements de dix jours, contre sept jusqu'à maintenant, et que la droite pensait à Nicolas Sarkozy comme valeur refuge pour 2022. Tout ça me laisse penser que les pics de fièvre sont encore nombreux chez mes concitoyens et que faute de traitement efficace, il sera vraiment difficile de se débarrasser de ce virus. Ainsi que du Covid-19. Mais c'est bientôt le week-end, détendons-nous et parlons plutôt d'islamo-gauchisme.

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