Politique / Société

La semaine imaginaire de François Hollande

Temps de lecture : 3 min

Ah, ça y est, je les vois qui commencent à pétocher sévère. Ça commence à trembloter à l'approche de la sortie de mon livre.

Je me devais de dire ce qui suit en publiant un nouveau livre. | Louison
Je me devais de dire ce qui suit en publiant un nouveau livre. | Louison

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Lundi 18 octobre

Mon petit François, cette semaine, ça va être ta semaine, ça y est, enfin. Ah! ça va moins faire les malins dans les rangs des socialistes. Ah! ça va en serrer de la miche, je peux vous le dire. Il est arrivé le Hollande nouveau, et je peux déjà vous prévenir qu'il n'a pas un goût de banane ni de fraise des bois: non, le Flamby édition 2021 a la saveur du pili-pili. Ça va en tirer des languettes. Si mon prédécesseur est convoqué chez le juge entre deux gendarmes, moi, je vous préviens, maintenant je vais me déplacer avec ma meute de ninjas. Mais attention hein, pas de violences gratuites, je parle de ninjas des mots qui piquent, entendons-nous. Je reste quand même un homme de gauche, et c'est pas pour distribuer des droites. Pas d'entourloupes. Je ne suis pas un groupe pétrolier qui cherche à minimiser son impact sur le climat en enfumant encore un peu plus les gens, hein.

Mardi 19 octobre

Ah, ça y est, je les vois qui commencent à pétocher sévère. Ça commence à trembloter à l'approche de la sortie de mon livre. Les bonnes feuilles qui en seront extraites vont tomber des arbres de la pensée, et j'en vois même qui ont le teint pâle et des frissons. Mes interviews sont programmées, et j'en aperçois d'autres qui vomissent dans les corbeilles à papier. Je ne pensais pas leur faire autant d'effet.

Pour un peu, on dirait presque un début de saison d'épidémie de gastro-entérite option bronchiolite. Ou des automobilistes qui veulent traverser Paris en moins de vingt minutes. Ça fait moins les malins, bonsoir! Ça craint mon courroux, coucou! Un président ne devait pas dire ça? Eh bah, un ex-président va vous le dire un peu partout pendant des jours et des jours. Et si vous insistez, je fais comme mon ancien collègue, Donald, et moi aussi je crée mon propre réseau social. D'ailleurs, je vais aller déposer «Tullebook» de ce pas.

Mercredi 20 octobre

Et moi qui pensais que ce serait mon grand jour. Moi qui pensais que j'avais sorti l'artillerie lourde de la politique, la grosse Bertha de la répartie, le bazooka de la semaine. Que j'allais marquer les esprits, comme le chef de guerre des mots que je suis. Eh bah non, une fois de plus, mon petit François, t'auras encore raté le mille de plusieurs centaines de mètres. Va falloir rerererererechanger de lunettes, peut-être. Ou que j'aille, moi aussi, faire un tour au salon Milipol pour me trouver une paire de jumelles thermiques qui me permettront de ne jamais rater mon coup, de jour comme de nuit. Cela dit, pour être tout à fait honnête, les choses vont un peu trop vite pour moi en ce moment. Je sais, je ne devrais toujours pas dire ça, mais, il y a cinq ans, c'était plutôt les journalistes qui me tenaient dans le viseur.

Jeudi 21 octobre

Quand j'y pense, je crois que toute ma vie j'ai voulu devenir un éléphant. Pas un truc qui trompe, encore que, mais un ténor du PS, un sage vers qui on se tourne dans les moments compliqués, un phare dans la nuit des idées qui rétrécissent face à l'obscurantisme. Et puis je ne sais pas trop comment, je suis finalement devenu un mammouth. Une créature qu'on a surtout vue dans les livres ou à la télévision, qu'une petite poignée de gens craignent et qu'une encore plus petite essayent par tous les moyens de ramener à la vie. Je suis un mastodonte, au destin piégé dans les glaces qui conservent, certes, mais rendent muet, sinon inaudible. Et, comble de l'ironie, pendant ce temps-là, on achète des tricératops pour des millions de dollars, et on nomme des hommes aux idées préhistoriques à la tête d'hebdomadaires du dimanche.

Vendredi 22 octobre

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N'insistez pas, je n'irai pas à Lille ce week-end. Pourquoi? Parce que je n'ai pas encore touché mon chèque énergie et ça va être compliqué pour faire le plein. Comment ça, je ne suis pas concerné, selon les règles énoncées par Jean Castex hier soir? Eh bien, de toute façon, j'avais aussi un rendez-vous de longue date avec la reine d'Angleterre alors vous voyez bien que c'est compliqué. Comment ça, elle se repose après son hospitalisation et son agenda est suspendu? Eh bien, vous savez quoi, je viens de me souvenir que j'avais un très gros dossier sur le feu, et ce week-end, je vais réviser tout Brassens. Il aurait eu 100 ans aujourd'hui. Cent ans, c'est pas rien, même si le temps ne fait rien à l'affaire: quand on est un ex-président, on est un ex-président.

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