Société

La semaine imaginaire d'Éric Zemmour

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Pour aborder le sujet de la gifle présidentielle, mon ami Hanouna m'a conseillé d'orienter mon propos sur le thème «pour ou contre le seum de Manu», mais n'écoutant que mon courage j'ai préféré lui laisser cet angle. | Louison
Pour aborder le sujet de la gifle présidentielle, mon ami Hanouna m'a conseillé d'orienter mon propos sur le thème «pour ou contre le seum de Manu», mais n'écoutant que mon courage j'ai préféré lui laisser cet angle. | Louison

Lundi 7 juin

Alors déjà pour commencer, et histoire de pas perdre de temps vu qu'on va aborder des sujets sérieux cette semaine, j'aimerais dire à ces dames qu'elles peuvent retourner à leurs activités personnelles. Je ne suis pas sur Terre pour écouter des gourdasses me parler de leurs règles douloureuses, y a déjà bien assez de saloperies en ce bas monde.

Déjà le droit de vote je trouve que c'est pas forcément la meilleure des idées qu'on ait eue, vu qu'on parle quand même de créatures assez chochottes pour demander des congés menstruels. Vous imaginez si je posais des RTT dès que j'ai mangé un truc pas frais à la cantoche de CNews? Et après ça, ça réclame l'égalité des salaires et des endroits pour réparer des vélos sans l'aide des hommes. Comme si une chambre à air c'était aussi fastoche à changer qu'une coupe menstruelle. Non, je vous le dis, avec toutes ces hystériques qui rodent partout, on apprend encore plus à apprécier de plutôt passer du temps entre bonhommes mesurés et raisonnés. Comme Jean-Luc Mélenchon.

Mardi 8 juin

La vie est pleine de surprises. Pendant ma morning routine du jour (thé vert, granola maison et en fond sonore un nouveau podcast qui vient de sortir, où Francis Lalanne fredonne en ASMR les plus beaux titres des couvertures de Valeurs actuelles), j'avais prévu de passer la journée à expliquer en long, en large et surtout de travers, comment la confrérie des lesbiennes de France avait pour projet de venir nous voler, pendant notre sommeil, nos précieuses gamètes grâce à la 5G, dans le seul but d'élever des enfants non genrés et vegans, s'appelant tous Claude ou Pom'Potes pour ne pas les perturber.

Et puis, paf, patatras. Emmanuel Macron se prend une gifle en province. Obligé d'aller par-delà le périphérique pour s'en prendre une en pleine poire, quel échec de la posture présidentielle tout de même! Enfin bref, moi qui avais donc prévu de taper sur les homosexuelles et ces femmes qui vivent dans le délire de penser qu'elles n'ont pas besoin des hommes, même pour les harceler sexuellement, c'est raté. Et après on s'étonne que j'aie des ambitions élyséennes. Au moins comme ça, je serai le seul à décider de l'agenda. Et j'éviterai la province.

Mercredi 9 juin

Nouvelle journée, nouvelle routine. J'ai fini par comprendre, la PMA tout le monde s'en fout, peut-être parce que ça fait huit ans, peut-être parce que les gens ont fini par comprendre qu'on ne leur demandait pas leur avis mais leur humanité. Nan je déconne. En vrai, j'ai une grande nostalgie de ces dimanches où on était des millions à dire non aux droits des femmes, des homosexuels, des autres, quoi. Y avait une telle ferveur pour faire chier tous ces gens qu'on ne connaissait pas, c'était beau, c'était bouleversant même.

Aujourd'hui quand on voit une manif contre la PMA, on se croirait devant un stand de produits dérivés de l'équipe française à Roland-Garros. Ou dans une commission de travail pour faire avancer la question des violences faites aux femmes. C'est calme, en somme. D'ailleurs en parlant de gonzesses, aujourd'hui les restaurant rouvrent, le couvre-feu se décale à 23h, j'ai envie de profiter de la vie, d'aller me balader le masque sous le nez, voire sous le menton, voire sous le sternum, de marcher des heures, dans ces rues aux femmes légères et court vêtues. La vie reprend, quoi.

Jeudi 10 juin

J'avais pensé à dire «nananananère» mais à la cantoche de CNews, où j'ai désormais mon propre petit carré VIP à côté du stand des carottes râpées et Vichy, ils m'ont dit que ça serait peut-être pas assez impactant et que mon buzz pourrait faire pschitt. Alors je me suis creusé un peu plus la tête. Non je rigole, j'ai juste regardé trois commentaires sur Facebook et je suis arrivé avec cette analyse politique de haute volée sur la gifle reçue par Emmanuel Macron: «Il a eu ce qu'il méritait.»

Mon ami Hanouna m'avait plutôt conseillé d'orienter mon propos sur le thème «pour ou contre le seum de Manu», mais n'écoutant que mon courage j'ai préféré lui laisser cet angle. Surtout que je sais pas ce que c'est le seum, mais je suis sûr que je suis contre. Ça fait pas très très français comme concept si vous voulez mon avis, et même si vous le voulez pas c'est pareil. En tout cas, le gifleur a été condamné à dix-huit mois de prison dont quatre fermes. Comme quoi au pays des Lumières, si on ne veut pas d'ennuis avec la justice, mieux vaut mettre des mains aux fesses que des tartes à Tain.

Vendredi 11 juin

Ça m'embête de vous plomber l'ambiance, surtout un vendredi, surtout que c'est le jour du poisson pané à la cantoche, mais je suis au regret de vous annoncer que le grand remplacement a déjà commencé. Dès aujourd'hui et pendant un mois, des hordes de jeunes et moins jeunes vont envahir tous les bars et cafés d'Europe, en tout cas tous ceux équipés d'un écran plat. L'Euro 2020+1 commence aujourd'hui. Ce n'est pas faute d'avoir fait de nombreuses et médiatisées mises en garde. Ce n'est pas faute d'avoir essayé par tous les moyens de raviver la nostalgie de la pire chanson de Johnny Hallyday sortie à l'été 2002 et d'avoir finalement fait la plus efficace des promotions à Youssoupha.

Parfois, dans les moments sombres comme les cœurs de chaton que je trempe dans mon café le matin, je me dis que peut-être il faudrait que j'arrête tout ce cirque; que parfois on se pense lanceur d'alerte et au bout du compte, on se retrouve teckel en fin de vie, aboyant sans conviction contre un ficus en plastique. Mais je finis toujours par me reprendre et me demander quelle couleur de moquette je pourrais mettre à l'Élysée.

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