Politique / Société

La semaine imaginaire d'Emmanuel Macron

Temps de lecture : 3 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Emmanuel Macron en déplacement dans un centre médical de Pantin, le 7 avril 2020. | Gonzalo Fuentes / Pool / AFP
Emmanuel Macron en déplacement dans un centre médical de Pantin, le 7 avril 2020. | Gonzalo Fuentes / Pool / AFP

Lundi 6 avril

À force de dormir à gauche du lit et en même temps à droite, j'ai fini par me bloquer une vertèbre, je crois. Ou peut-être que c'est cette allocution de la reine qui me reste en travers du dos.

Alors que j'ai déjà pris la parole trois fois en trois semaines, que j'ai tout fait le chef de guerre comme dans les livres d'histoire, que j'ai donné dans l'allocution en direct, en pas direct, debout, assis, avec des sous-titres, des décors, du suspense, personne ne m'a fait le moindre compliment comme à elle. Même Stéphane Bern.

Et n'allez pas me dire que c'est parce qu'elle a pris trois fois la parole en trente ans. Ça n'a rien à voir, c'est juste parce qu'elle, elle a sa série sur Netflix, alors que moi, j'ai un profil pas à jour sur LinkedIn. Mais ça, c'est parce que nous, les Français·es, on ne dream pas assez big. Sky is the limit, bordel.

Un bip sur mon téléphone. Boris Johnson, testé positif au coronavirus la semaine précédente, est admis en soins intensifs. Respiration assistée is peut-être the new limit.

Mardi 7 avril

Certains présidents ont, pendant leur mandat, connu des crises, des guerres, des vagues sanglantes d'attentats. Chacun, cachant l'homme au cœur du personnage d'État, a su affronter les épreuves l'une après l'autre. Je savais, au soir de mon élection, en marchant à grandes enjambées lentes vers la pyramide du Louvre, que je ne ferai pas exception.

Mais jamais, ô grand jamais, je n'aurais pu imaginer être confronté à un tel bouleversement: à partir de demain, les joggings seront interdits dans Paris entre 10 heures et 19 heures. C'est Anne Hidalgo qui vient de l'annoncer.

Je m'en fous, je cours dans le jardin avec Némo, mon chien, et Jean-Claude, mon garde du corps. Et en même temps, j'ai envie de prendre la plume pour les damné·es de la petite foulée. Mes conseillers ne sont pas super chauds.

Brigitte me chope en coup de vent sur Houseparty pour me dire que c'est pas l'idée du siècle, ni même de la semaine. Pas grave, j'en ai déjà une autre, d'idée: allez faire un bain de foule, mais sans foule, à Pantin.

Mercredi 8 avril

En glissant ma capsule d'intenso force 12 dans ma Nespresso rutilante, je repense à la journée d'hier. Apparemment, provoquer un attroupement dans le département le plus touché par le Covid-19 en période de confinement, c'est mal vu. Comme quoi périphérique is the limit, en fait.

En parlant de confinement, une bonne nouvelle dans les journaux du matin: Wuhan met fin au sien. Et en même temps, mauvaise nouvelle, car elle y était entrée à une période où Benjamin Griveaux était encore un candidat à la mairie de Paris comme les autres, juste un peu derrière. Donc on n'est probablement pas au bout de nos peines.

Un qui est arrivé au bout du bout, c'est Bernie Sanders, qui vient d'annoncer qu'il mettait fin à sa campagne pour la primaire démocrate. Le match aura lieu entre Donald Trump et Joe Biden. La preuve que l'électorat, tout comme les souches virales, aiment bien les «anciens». Faudra pas oublier de fournir les masques pour le défilé du 14-Juillet édition 2021.

Jeudi 9 avril

En trempant mon cordon bleu dans mon café ce matin, je me disais une chose: en traversant la rue, on peut trouver du travail et se payer des costards, certes, mais en devenant président, si on réussit bien, on peut un jour avoir un porte-avions à son nom. Et ça, c'est encore plus la classe que d'avoir le nouvel iPhone la veille de sa sortie officielle.

Bien sûr, un porte-avions pour aller se promener en mer pendant les week-ends au Touquet, c'est pas l'idéal, mais pour frimer au G20 (pas le supermarché, l'autre), c'est pas si mal.

Le seul problème sur un porte-avions, c'est qu'il suffit qu'une seule personne éternue pour que cinquante autres aient la goutte au nez. Mais en même temps, ça me donne furieusement envie d'aller y faire un bain de foule, avec un blouson comme Tom Cruise dans Top Gun.

Je propose le déplacement et entends les yeux de mes conseillers rouler dans leurs orbites, même à deux mètres. Qu'à cela ne tienne, je leur dis de faire chauffer le moteur du Falcon, juste le temps de prendre rendez-vous sur Doctolib avec le professeur Raoult.

Vendredi 10 avril

Je voulais parler hier soir, mais on m'a dit non. Je voulais mettre un tailleur vert comme Elizabeth, pour moi aussi devenir un mème sur internet, mais on m'a dit non. J'ai voulu jouer au ni oui ni non, on m'a dit non.

Pour tromper l'ennui qui commence à grimper en ce vingt-quatrième jour de confinement, j'ai voulu compter les poils blancs dans la barbe d'Édouard Philippe, mais il ne m'a pas répondu sur Skype.

J'ai voulu remplir une attestation pour aller chercher du pain, mais il n'y avait plus de papier dans l'imprimante. Et j'avais déjà du pain. La meilleure baguette de Paris, même.

Amazon n'a pas encore livré mon puzzle 1.000 pièces d'un monochrome d'Yves Klein –cadeau que m'a fait Brigitte, sans doute pour m'occuper jusqu'en 2022. Je serais bien tenté de me commander un petit Deliveroo, mais pas envie de me fâcher avec le chef des cuisines et d'avoir une pénurie de cordons bleus.

Mes conseillers, au bout du rouleau comme des parents n'ayant pas encore d'abonnement Disney+, décident finalement de céder: lundi prochain, je ferai une allocution!

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