Parents & enfants / Société

La semaine imaginaire d'un élève de CP

Temps de lecture : 3 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'un personnage qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Dans une école primaire de Lyon, le 14 mai 2020. | Jeff Pachoud / AFP
Dans une école primaire de Lyon, le 14 mai 2020. | Jeff Pachoud / AFP

Lundi 18 mai

Déjà une semaine que mes parents ne me font plus l'école à la maison. Je les trouve vachement plus détendus. Par exemple, ce matin, ils ont ouvert la bouteille de rosé alors que je terminais mes Chocapic. D'habitude, ils attendent l'heure du goûter pour ça.

Devant l'école, il ne faut pas être à moins d'un mètre les uns des autres. Mes parents ne prennent aucun risque et me dépose en voiture, oubliant même parfois de freiner totalement avant de m'en faire descendre.

On pourrait presque croire qu'ils sont pressés de se débarrasser de moi pour quelques heures, mais je suis sûr qu'ils ont juste hâte de se remettre à travailler pour sauver l'économie du pays.

En revanche, la maîtresse, elle, elle est au bout du rouleau –enfin je crois, c'est dur à dire derrière les vingt-huit couches de Plexiglas qui séparent son bureau du mien.

Au moins, la reprise n'est pas trop dure: alors qu'on en était à déchiffrer plein de nouvelles syllabes trop dures avant le confinement, la maîtresse nous fait recopier toute la journée des lettres écrites au tableau. En plus, y a deux fois la même: S-O-S.

Bientôt l'heure de la récré, j'ai hâte d'aller jouer dans mon mètre carré, loin de Vincent, François, Paul et les autres

Mardi 19 mai

Je ne comprends plus rien. Ma mémé vient de passer trois semaines à coudre des masques, d'abord dans ses vieux rideaux, puis dans ses rideaux tout court, histoire que tout le quartier puisse un jour ressortir sans se contaminer en allant chez Franprix refaire les stocks de PQ et de coquillettes.

Ça lui a pris du temps, et même si ça l'a occupée à la place d'aller enterrer ses copines de belote, c'était quand même un sacré effort. Sauf qu'à l'instant, j'ai entendu le président Manu dire qu'on n'avait jamais été en rupture de masques. Alors pourquoi que Mémé elle n'a plus de rideaux?

En même temps, quand je vois le nombre de masques en papier qui traînent par terre dans la rue, je vais finir par penser qu'il a peut-être raison. Après tout, comme ils disent à la télé, il n'y a rien au-dessus de Président.

Enfin moi, je veux bien qu'il n'y ait rien, mais ça ne devrait pas être une excuse pour faire n'importe quoi. Celui des États-Unis, il vient de dire qu'il prenait de la chloroquine alors qu'on lui a dit de ne pas en prendre. Même ma sœur de 2 ans et demi elle aurait compris la consigne.

Résultat, je sais pas s'il tousse ou non, mais il est gros et orange, et ça fait un peu peur. Mais il paraît qu'il était déjà comme ça avant. Peut-être que Mémé aurait dû lui envoyer un bout de rideau.

Mercredi 20 mai

Mes parents se plaignent, mais franchement, ils ne sont pas les seuls à passer une mauvaise semaine. Quand je vois la maire de Paris, je me dis que ça doit pas être simple, sa vie. Ça fait dix jours qu'elle demande qu'on ouvre les jardins publics dans sa ville, et personne ne lui dit oui. Alors que c'est SA ville.

C'est comme si tous les jours, tu demandais un paquet de bonbons à tes parents avec l'argent de la petite souris et que chaque jour, ils te donnaient à la place de la poudre de perlimpinpin. Je sais pas trop ce que c'est le perlimpinpin, mais ça doit pas avoir bon goût. J'espère qu'on n'en trouve pas dans les centres commerciaux en tout cas, car eux, ils ont rouvert.

Un autre qui passe une mauvaise semaine, c'est celui que ma petite sœur appelle «macaron» parce qu'elle passe son temps à manger et que lui passe son temps dans la télé. Le président, si j'ai bien compris, avait une majorité qu'il a perdue. Donc si j'ai bien compris, mais là j'ai un doute, le président n'a plus le droit de conduire ou de voter.

Moi, ça me plaît, ça veut dire que s'il continue comme ça, en septembre, je le retrouve dans ma nouvelle classe de CE1. Ça fera au moins une tête que je connais. Enfin une demi-tête.

Jeudi 21 mai

Y a pas école. Mais c'est à cause de Jésus qui a pris l'ascenseur, pas du Covid.

Vendredi 22 mai

Sale ambiance au petit déjeuner. Mes parents avaient complètement oublié que je faisais le pont et qu'il fallait continuer à s'occuper de moi, comme hier.

Comme il m'ont laissé dix-huit heures devant Netflix avec des Pim's, je suis à jour de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un dessin animé. Et j'aime plus trop les Pim's.

J'ai même regardé un documentaire sur la déforestation au Brésil. J'ai pas trop aimé non plus, je crois que ça manquait de tortues ninjas. Et de tortues tout court. Et d'oiseaux. Et d'arbres.

Bref, mes parents font la même tête que la maîtresse, mais comme y a pas de Plexiglas, je vois vachement mieux et ça ressemble un peu à la tête à Toto.

J'ose pas leur annoncer qu'il y aura aussi le lundi de Pentecôte, bientôt. Faut dire que le calendrier décoré avec des farfalles et des paillettes collé sur la porte du frigo depuis que je leur ai offert à Noël indique toujours jeudi 12 mars.

Ce soir là, le président, il avait dit que les écoles et les crèches allaient fermer. Ça avait jeté comme un froid sur mon cordon bleu.

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