Politique / Société

La semaine imaginaire d'Édouard Philippe

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Édouard Philippe en conférence de presse à Matignon, le 19 avril 2020. | Thibault Camus / Pool / AFP
Édouard Philippe en conférence de presse à Matignon, le 19 avril 2020. | Thibault Camus / Pool / AFP

Lundi 20 avril

Comme chaque matin en ouvrant les yeux, je pense à ce chiffre qui n'arrête pas de grimper. Contrairement à Bill Murray dans Un jour sans fin, tous les réveils sont différents: à chaque fois le chiffre monte, et rien de ce que je peux dire ou faire n'y change quoi que ce soit.

Ce lundi, premier jour de la sixième semaine de confinement, ne déroge pas à la règle. Implacablement, ils sont un peu plus nombreux qu'hier, et bien sûr moins que demain. Qui? Les poils blancs dans ma barbe.

Hier, pendant ma conférence de presse sans presse, je suis sûr qu'au fond, tous les yeux étaient rivés sur eux et pas sur mon beau PowerPoint, que j'avais mis tant de passion à étirer, slide après slide.

C'est pas facile de tenir deux heures avec si peu de choses à dire. C'est comme quand on regarde la gymnastique à la télé, on se dit que finalement, ça ne doit pas être si compliqué d'enchaîner les pirouettes sur une surface bondissante. Mais croyez-moi, c'est du sport –et je ne parle pas d'aller faire son jogging après 19 heures.

Mardi 21 avril

Bon, apparemment, il y a un autre chiffre qui fait l'actu, c'est la barre des 20.000 morts franchie sur le territoire français depuis le début de l'épidémie, dont la moitié dans les Ehpad.

Il a eu du flair mon chef, de dire qu'on pouvait à nouveau rendre visite à ses vie… aîné·es avant même le 11 mai. Je vais peut-être m'inspirer de mon collègue Jean-Mi et proposer que ce soit d'abord les parents d'élèves de CP et ceux de CM2 qui se pointent dans les mouroi… les établissements concernés. Ça devrait fluidifier un peu les allées et venues.

Une chose est sûre: on ne risquera pas de voir des bouchons de trois heures, comme ceux formés par tous ces gens qui ont sauté dans leur voiture pour se ravitailler en nuggets dans les deux restaurants McDonald's rouverts en Île-de-France à la vente à emporter.

Encore des gens qui n'ont pas écouté Valérie Pécresse. En quelques jours, la présidente de la région est devenue la nouvelle figure de proue du déplacement à vélo. Elle est même hyper partante pour une ligne de «RER V». Si ça se trouve, pour le départ du Tour à la fin août, elle sera là, dans son plus beau maillot à pois. À moins qu'elle n'ait une autre course en tête.

Mercredi 22 avril

Demain, ça fera trois ans que mon chef s'est qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle. Autrement dit, ça fera bientôt trois ans que je suis son Premier ministre. Les gens qui se plaignent que ces quarante premiers jours de confinement ont duré des siècles ne savent pas de quoi ils parlent.

Même si cet anniversaire s'ajoutera à la liste des nombreux printemps supplémentaires célébrés en quarantaine, je peux être certain qu'au niveau du cadeau, je ne serai pas déçu. Car s'il y a bien quelque chose qui ne s'est pas installé entre Manu et moi, c'est bien la routine. Je dirais même qu'il se donne beaucoup, beaucoup de mal pour me surprendre tous les jours.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, alors que je passe mes journées à répéter aux Français·es de rester à la maison, que le déconfinement ne se fera pas avant le 11 mai, et surtout pas en un coup, mon patron, ayant probablement déjà binge-watché l'intégralité de la dernière saison du Bureau des légendes, s'est dit: «Tiens, et si aujourd'hui je testais un peu la vraie vie avec un passage au supermarché?»

Menant l'expérience au plus près du réel, il a même eu la bonne idée d'y aller sans masque. Autant vous dire qu'au niveau de la polémique, je sens qu'il va y avoir de la grosse promotion.

Jeudi 23 avril

En ce moment, il faut le reconnaître, on manque un peu de repères temporels. Le matin, il faut une concentration exceptionnelle pour savoir quel jour nous sommes –une petite impression de marcreudimanche permanente.

Heureusement, un homme a réussi à créer un rendez-vous régulier et nous a permis de retrouver malgré tout la sensation du temps qui passe. Cet homme, c'est Donald Trump, un président dont tout le monde a l'impression d'être le Premier ministre.

Chacune de ses conférences de presse quotidiennes est un feuilleton dont on grignote les épisodes comme des nuggets à emporter. Et cette fois-ci, tel un coup de théâtre dans un scénario de film à très très gros budget, Donald a eu un éclair de génie.

Si l'eau de Javel et autres produits anti-bactériens débarrassent le sol et les surfaces carrelées de toute trace de virus, ne serait-ce pas une formidable bonne idée d'en mettre directement dans les poumons des gens malades? Hein?

Parfois, je me dis qu'en France, on gère cette crise sanitaire comme des brêles. Et puis parfois, je pense à Donald et ça va mieux.

Vendredi 24 avril

Quarante-deux poils blancs supplémentaires depuis lundi dans ma barbe, mais j'imagine que tout le monde s'en fout. Les gens se demandent surtout quand les coiffeurs vont rouvrir. Les cheveux ok, mes poils, rien à foutre. Les gens, quoi.

C'est comme pour les masques: ils ne sont qu'une toute petite poignée à vouloir m'aider un peu face à la pénurie et à regarder des tutos YouTube pour en fabriquer avec des vieux slips et des filtres à café. Et les autres?

Mes pas trop chèr·es compatriotes préfèrent traîner sur Netflix, sous prétexte qu'entre deux épisodes de Tiger King, ils peuvent regarder un film de Truffaut.

Des baisers volés? Mouais, alors va falloir attendre les masques. Si, si, ils arrivent. La femme d'à côté? Tant qu'elle est à plus de deux mètres, j'imagine que ça va. Les quatre cents coups? Pas entre 10 heures et 19 heures. Le mieux est encore de ne pas quitter le domicile conjugal, ni pour aller voir Jules, ni pour aller voir Jim –ou alors de prendre le dernier métro pour aller chez Truffaut, mais celui qui vend des bégonias.

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