Médias / Société

La semaine imaginaire d'un écran plat 

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité (ou presque) qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Je crois qu'il est l'heure de me débrancher. | Louison
Je crois qu'il est l'heure de me débrancher. | Louison

Lundi 30 août

Donne-moi ta main, et prends la mienne, mais oui mais oui les vacances sont finies. Pour les écoliers, la rentrée, c'est dans trois jours, mais pour moi le grand jour, c'est aujourd'hui. J'en frétille de la télécommande, on va pas se mentir, parce que moi j'ai passé tout l'été à re-re-re-rediffuser des bêtisiers et à entendre des gens qui, devant un micro tendu, racontent qu'il fait trop chaud ou trop froid selon l'endroit. Mais toujours avec le masque sous le nez. Alors que là, bordel, un océan de nouveautés s'ouvre devant moi. Alors évidemment, le problème des océans, c'est que c'est rempli de saloperies qui traînent et qui n'ont rien à foutre dedans.

Qui a envie de voir une vieille couche sale ou un jeu d'épreuves non corrigées du dernier manuscrit d'Éric Zemmour dans un banc de raies manta impériales? Et qui a envie de voir un ancien ministre de l'Intérieur, ancien Premier ministre et ancien conseiller municipal de Barcelone sur un plateau télé? L'être humain a vraiment tout pollué.

Mardi 31 août

Vingt ans pour ça.

Vingt ans de combats, de batailles sans merci, de sacrifices. Vingt ans à supporter et affronter les unes après les autres, les vagues de doutes face à l'ennemi, de peurs d'être terrassé par une nouvelle force ou un nouveau courant. Vingt ans à craindre d'être balayé comme un moucheron collé à un pare-brise d'un monospace remontant l'autoroute du soleil au dernier jour du mois d'août. Vingt ans à penser aux anciens, ceux dont on ne parle plus qu'au passé, et qui ont fini leur vie héroïque sur un trottoir entre un tabouret à deux pieds et la bibliographie complète des œuvres d'Éric Zemmour. Vingt ans à se dire qu'on pourrait un jour aussi, avoir un destin comme les tubes cathodiques ou les lecteurs de betamax, petits anges partis trop tôt. Et puis finalement gagner la bataille, ne plus voir sur les rayonnages des magasins que d'autres écrans aussi plats que soi.

Et penser être enfin tranquille, toucher du bout du doigt le repos du guerrier, et bim, finir sa route dans une polémique de Jean-Michel Blanquer.

Quelle connerie la guerre.

Mercredi 1er septembre

Je sais pas qui a appuyé sur toutes les touches de ma télécommande ou je ne sais quoi, mais, depuis ce matin, j'entends les cigales en dolby stéréo dans mes hauts-parleurs. Si j'avais un nez, je sentirais le romarin et si j'avais un gosier, je me servirais bien un petit pastis, tiens.

Pas la peine de me rapporter au magasin, hein, c'est juste que comme le président Savon a décidé de se transformer en macron de Marseille, ou l'inverse, je sais plus, eh bah moi j'ai la prise HDMI qui trempe dans la Méditerranée. Cela dit, y a pire comme bande-son, je suis d'accord. D'ailleurs, le pire des bruits, c'est le silence. Comme ce traitement médiatique quasi inexistant des athlètes paralympiques qui pourtant rapportent plus de médaille d'or qu'il n'y a de condamnations pour incitation à la haine dans le casier judiciaire d'Éric Zemmour.

Ou comme le silence de la Cour suprême des États-Unis, (dont le casting est un peu le dernier cadeau empoisonné de Donald Trump), qui vient de laisser passer, et sans ciller, la plus liberticide des lois anti-IVG jamais observée depuis des décennies.

Et comme dirait l'autre, ça me fend le cœur.

Jeudi 2 septembre

On est à peine le premier jour de la rentrée scolaire et tout le monde connaît déjà l'alphabet grec. Elle est belle, l'éducation nationale, et pas juste pour former à grands coups de cours d'EPS dehors par moins six, les futurs handballeurs et handballeuses du futur.

Cela dit c'est un juste retour des choses, l'école ayant fait beaucoup pour la diffusion du virus, il était bien normal que le virus fasse un retour d'ascenseur, au moins sur les fondamentaux scolaires comme l'alphabet grec.

Nous voici donc au variant «mu», qu'on a envie d'appeler Muriel ou musaraigne, selon qu'on soit plutôt attiré par les femmes ou les rongeurs. Ou Mussolini si on est branché fascisme, et si j'en crois les panneaux que j'ai vu défiler cet été aux infos, j'ai envie de penser qu'un retour de hype est en cours.

Bref, ce virus et ses variants n'en finissent pas de nous étonner. Un peu comme le microbe du «en même temps», qui squatte depuis longtemps dans l'organisme de notre président et lui fait faire parfois des poussées comme aujourd'hui, où dans une même allocution, il rend hommage à Samuel Paty et fait un big up à ses copains YouTubeurs.

Sacré Charlemagne.

Vendredi 3 septembre

En cette semaine de rentrée scolaire, alors que j'aimerais tant faire pour la jeunesse, je me rends bien compte que je devrais la jouer discret, vu que, en tant qu'écran plat, je suis aussi le support de prédilection de personnes comme Cyril Hanouna ou Éric Zemmour qui sont à l'éveil culturel ce que la béchamel est à la conquête aérospatiale.

Pourtant, je crois qu'il faut aussi savoir briser ses chaînes et s'affranchir de ce que le destin avait prévu pour vous au départ. Un peu comme Manuel Valls, mais vraiment un peu alors.

Par exemple, j'aimerais qu'on évoque ensemble le problème de la dyslexie qui peut toucher tout le monde et à tous les âges, et peut parfois amener à des situations aussi gênantes qu'un score électoral de Florian Philippot. Je m'explique: en lisant un peu vite les infos ce matin, j'ai cru que le groupe ABBA avait fait qurante-quatre morts aux États Unis. Et pire, j'ai cru entendre Emmanuel Macron dire du professeur Raoult qu'il était un grand scientifique.

Je crois qu'il est l'heure de me débrancher.

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