Santé / Société

La semaine imaginaire de Didier Raoult

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Didier Raoult à l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille, le 3 juin 2020. | Christophe Simon / AFP
Didier Raoult à l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille, le 3 juin 2020. | Christophe Simon / AFP

Lundi 1er juin

Comme chaque matin, je me suis réveillé trois minutes avant le Soleil, histoire de lui rappeler qui c'est le patron. Quand on est une star, on n'a pas besoin d'une étoile pour se lever. Je regarde BFM, ça me permet de savoir quelle chemise je vais mettre, en fonction de celle que je portais la veille. On ne voit que ma blouse, mais j'aime rester élégant, c'est mon côté icône j'imagine. Chez BFM, ils sont marrants: ils passent leur temps à me poser des questions cons, je passe le mien à leur dire qu'ils sont cons, et pourtant chaque semaine ils me réinvitent. Les cons. Je vais peut-être finir par leur demander des tickets resto, je pense que ce serait la moindre des choses.

Pour une fois, dans les titres de la matinée ils ne parlent pas de moi, mais d'un mec dont j'ai jamais entendu parler, qui emballait des ponts et des parlements. Le mec est mort, encore un qui ne m'a pas écouté je suis sûr. C'est dur d'être ignoré par des cons. Moi je préfère emballer les gens, mais pas avec du scotch non, plutôt avec mon aura incroyable. À Marseille, il paraît qu'ils ont déjà calculé combien ça coûterait de remplacer la statue de la Vierge par mon effigie, tout en platine, comme mes testicules.

Mardi 2 juin

C'est officiel: les terrasses rouvrent partout en France, après dix semaines d'arrêt. J'ai tenté d'aller dès potron-minet me siroter un café au comptoir du bistrot du coin, mais en rentrant dans le troquet, alors que je signais des autographes sur des cartes vitales, j'ai eu le malheur de demander «un petit noir» et ça a jeté comme un froid. Apparemment y a un truc qui se répand pas mal depuis plusieurs jours, c'est la nécessité de ne plus dire n'importe quoi, n'importe comment. La mort d'un mec qui s'appelle George Floyd est en train de faire plus d'effet sur le monde que de la chloroquine en intraveineuse.

Sur mon téléphone, dans lequel j'ai le 06 de Macron et le 07 d'Afida Turner, je vois que la tendance est au #BlackOutTuesday. J'imagine que c'est une sorte de grosse promo sur les masques jetables ou les séjours en région Nouvelle-Aquitaine pour cet été. D'ailleurs, si j'en crois ce que je vois sur l'écran plasma au-dessus du comptoir, y a une cohue à Paris pour en profiter.

Mercredi 3 juin

Comme tous les premiers mercredis du mois, à midi, y a la sirène des pompiers qui retentit et le soir y a ma tronche sur BFM qui resplendit. Si je n'aimais pas autant m'écouter parler, je pourrais presque finir par me lasser de ces entretiens où les questions sont plus bêtes les unes que les autres et où les journalistes osent faire leur métier ingrat, en me répondant sans vergogne. C'est usant à la longue, et je devrais considérer de me mettre en arrêt maladie si ça continue. Heureusement, les effets secondaires d'une fièvre, médiatique ou non, passent en prenant soin de bien s'hydrater et en faisant des nuits presque aussi longues que des conférences sur YouTube.

Mon interview du mercredi traîne comme une ségrégation aux États-Unis. Elles ont beau m'agacer, ces deux cagoles à cartes de presse qui me parlent à 1m50, je suis quand même mieux là qu'en terrasse. Depuis la fin de journée, ça pleut et pas qu'un peu sur la France. Quand je vous disais qu'il n'y aurait pas de seconde vague, je ne parlais évidemment pas de ces cappuccinos noyés sur des tables installées sur des places de livraison.

Jeudi 4 juin

Petit tour sur Twitter ce matin. Visiblement, Trump passe une encore moins bonne semaine que celles et ceux qui avaient choisi d'investir en 2020 dans le commerce de rouges à lèvres. Pourtant, lui qui a toujours rêvé de construire un mur devrait être heureux: il se retrouve avec trois kilomètres de barrières autour de sa maison. Le bonheur. Je devrais faire ça pour être tranquille entre deux duplex sur CNews. Bref, Donald, à force de saupoudrer ses corn flakes de chloroquine, a un peu perdu le sens de l'humour et celui de l'État. Et plutôt que de m'appeler pour me demander mon avis, ce con envoie l'armée dans tout le pays. Pas besoin d'une étude marseillaise pour dire que le résultat n'est pas très encourageant.

D'ailleurs, cette année, la tendance militaire est un peu passée de mode, visiblement. Même Macron a décidé d'annuler le défilé du 14-Juillet, après avoir d'abord proposé aux personnels soignants d'y participer. Je serais eux, je croquerais dans la médaille des épidémies pour vérifier qu'elle n'est pas en praliné.

Vendredi 5 juin

Il fait tellement gris dehors qu'on dirait que le ciel a voulu me piquer mon look. Je ne serais même pas étonné. À la radio, j'entends que des rumeurs de remaniement après les municipales vont bon train. J'ai déjà prévenu la dame au standard de BFM que je n'accepterai en aucun cas le poste de Premier ministre. Pas parce que je n'en ai pas la carrure, soyons un peu sérieux, j'en ai même à revendre au kilo, de la carrure. Non, ce qui me dissuade de prendre la place de l'autre panda barbu, c'est que tout le monde sait que les premiers ministres, c'est comme les protocoles de recherches ou les placebos, ça sert à rien. En revanche, je vais regarder de près le mercato des chaînes d'info car là y a peut-être une place à prendre. Et pas forcément que dans le parking. Ça serait con de me la faire chourer par Bigard.

Je vous laisse, je dois régler un énième problème de ce monde qui ne me mérite pas: y a eu un accident écologiquement catastrophique en Arctique et je vais leur prouver qu'on peut nettoyer tout ça avec du Sopalin et de la levure de boulanger.​​​​​​

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