Société

La semaine imaginaire de l'Arc de triomphe

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité (ou presque) qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Il aura fallu presque 200 ans avant que quelqu'un se décide à me mettre un slip. | Louison
Il aura fallu presque 200 ans avant que quelqu'un se décide à me mettre un slip. | Louison

Lundi 13 septembre

Il aura fallu presque 200 ans avant que quelqu'un se décide à me mettre un slip. Enfin plutôt quelques-uns. Ce matin, au fur et à mesure que je me retrouve emballé, tout le monde parle de Christo, et vraiment une toute petite poignée de Jeanne-Claude. Pourtant c'est rigolo à dire, Jeanne-Claude, ça sonne comme un «Jean-Claude» mais avec un accent du Sud involontaire. C'est pas tous les jours qu'on peut avoir des cigales dans la bouche. Moi par exemple, j'ai plutôt des pigeons sur le crâne et parfois des blaireaux qui viennent tout casser dans le musée sous mes pieds. Mais des cigales, jamais, alors j'en profite.

Visiblement les gens, eux, ont plutôt décidé de s'amuser en jouant au célèbre jeu du «ni oui, ni non, ni femmes artistes visibles». Et c'est un jeu qui traîne depuis longtemps, bien avant que je ne sois le rêve fou d'un couple un peu fou aussi, bien avant même que Zemmour commence à dire n'importe quoi sur n'importe qui. C'est vous dire si ça date.

Mardi 14 septembre

C'est bizarre, mais depuis que je suis presque entièrement recouvert, j'ai l'impression d'être tout nu. Je suis habitué à être regardé, pris en photo, je sais même me tenir bien droit et bomber le torse quand passe la patrouille de France le 14-Juillet, pour ne surtout pas que Macron me dispute à me dire que j'aurais pu faire mieux quand même.

Non, malgré tous ces entraînements, armistices après armistices, journée sans voiture les jours où il pleut après journée sans voiture les jours où il pleut un peu moins, tous ces regards qui sont posés sur moi, depuis hier, me font me sentir un peu comme un fan de Michel Sardou à l'inauguration de la statue hommage à Johnny ce matin.

J'adore que l'actuelle maire de Paris –et actuel unique espoir d'une gauche aussi en forme qu'un correcteur orthographique devant le dernier livre de Zemmour– ait eu l'idée d'installer cet hommage rutilant, devant un endroit que l'idole des plus si jeunes connaissait bien pour y être souvent allé, et un autre qu'il connaissait mieux pour n'y avoir jamais foutu les pieds.

Mercredi 15 septembre

Ça y est, je suis comme Jeanne-Claude et Christo m'avaient rêvé: au cœur de toutes les discussions. Comme à l'époque où mon collègue le Pont-Neuf avait lui aussi eu la chance d'avoir des sous-vêtements quelque temps, pas une minute ne passe sans que quelqu'un donne son avis sur mon nouveau look, qui sera pourtant un lointain souvenir dès les premiers jours d'octobre.

Comme en 1985, il est toujours très important d'avoir son avis sur les choses, même si personne ne vous l'a vraiment demandé. Mais contrairement à 1985, il y a désormais beaucoup d'endroits où le donner. J'ai aimé cette petite dame qui, interrogée par un micro-trottoir du Parisien alors qu'elle se promenait place de l'Étoile a dit, dans un petit rire malicieux: «Je dois vous avouer que je ne suis pas très... emballée!»

J'ai moins aimé cet éditorialiste qui est venu fourrer de la cancel culture dans mon relooking comme on essayerait de farcir une caille avec une autruche. Cet homme n'a pas compris que Jeanne-Claude et Christo cachaient pour mieux révéler l'objet. Un peu comme parfois le silence est le plus doux des bruits médiatiques.

Jeudi 16 septembre

J'ai bien fait de me passer un coup de peigne, y en a du beau monde qui vient pour mon inauguration. Un président pas encore candidat, une candidate pas encore présidente, une ministre de la Culture qui a pas mal de temps libre grâce à une astuce efficace comme un cachet de citrate de bétaïne les lendemains de fête: se consacrer uniquement à des artistes déjà morts. C'est beaucoup moins d'emmerdes et de revendications pour l'avenir, qu'ils n'ont plus.

Il y avait aussi l'ancien ministre de la Culture qui, il y a plus de trente ans, inaugurait la pyramide du Louvre et plus récemment mais de façon tout aussi controversée, la mode des colorations maison, un peu comme un revival du premier confinement, mais qu'on aurait laissé poser vingt minutes de trop. Ou trois ans.

Enfin il y avait, car ils sont toujours là, les fameux pigeons qui me tiennent compagnie le reste de l'année, quand je ne suis pas empaqueté. Ils avaient deux, trois mots à dire au président sur les chasses traditionnelles. Mais j'ai peu d'espoir, car les pigeons ne votent pas. Enfin, pas ceux-là.

Vendredi 17 septembre

Ce week-end, je crois qu'il n'est pas prévu beau temps mais je m'en fous, pour une fois j'ai un K-way. Quand je parle de pluie, je pense toujours à ce pauvre François Hollande qui, sur un des défilés du 14-Juillet, avait remonté toute l'avenue sous le crachin. Quand je parle de François Hollande, ça me fait toujours penser à des pachydermes en danger critique d'extinction et justement, j'ai vu un truc à ce propos dans le journal.

Oui, je lis le journal, y en a plein qui m'arrivent dessus, suffit qu'un Parisien ne le mette pas à la poubelle et il vole jusqu'à moi comme un masque FFP2 ou un tir de LBD. Autant vous dire que j'ai des nouvelles fraîches tous les jours.

Bref, j'ai lu que les scientifiques n'étaient plus très loin de faire revivre les mammouths. C'est fou, il nous reste douze éléphants sur Terre et nous, on sue du front pour refaire des mammouths. Je sais bien que le résultat de la primaire des écolos est attendu ces jours-ci, mais est-ce que c'est une bonne raison pour rajouter des futures créatures à la liste des espèces en voie de disparition? Et dans ces cas-là, pourquoi ne pas commencer par un candidat de gauche qui a ses chances?

Ce serait emballant.

La semaine imaginaire
La semaine imaginaire de Jean-Paul Belmondo

Épisode 55

La semaine imaginaire de Jean-Paul Belmondo

La semaine imaginaire de Sandrine Rousseau 

Épisode 57

La semaine imaginaire de Sandrine Rousseau 

Newsletters

Guerre et paix

Guerre et paix

Rester ami avec son ex n'est pas si bizarre

Rester ami avec son ex n'est pas si bizarre

Certains couples décident, une fois l'amour envolé, de prolonger leur relation sous une forme amicale. Cela n'est pas toujours bien perçu.

Après avoir emménagé chez leurs parents pendant la pandémie, ces adultes font le bilan

Après avoir emménagé chez leurs parents pendant la pandémie, ces adultes font le bilan

Leurs fortunes furent diverses.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio