Politique

La semaine imaginaire de Sibeth Ndiaye

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Sibeth Ndiaye en conférence de presse à l'Élysée, après le conseil des ministres du 13 mai 2020. | Julien de Rosa / Pool / AFP
Sibeth Ndiaye en conférence de presse à l'Élysée, après le conseil des ministres du 13 mai 2020. | Julien de Rosa / Pool / AFP

Lundi 11 mai

Loin de moi l'idée d'être paranoïaque, mais en allumant la radio ce matin j'ai eu comme un doute. Première chanson, Sylvie Vartan, «L'amour c'est comme une cigarette». OK, un peu bizarre mais passons. La suivante, «Dieu est un fumeur de havanes» fredonné par Catherine Deneuve et Serge Gainsbourg. Avant de savoir si le programmateur avait prévu de passer «Smoke Gets in Your Eyes» des Platters, j'éteins mon poste. Et ma clope. Ce que j'aurais peut-être dû faire hier avant de passer sur BFM.

Bref, aujourd'hui c'est le premier jour du reste du Covid-19 et pour fêter ça, on déconfine un max. On est super ready, complètement calé dans les calls. Ça ne peut que bien se passer. Push sur un de mes douze téléphones. Apparemment mon collègue Jean-Michmich a dit hier que les enfants étaient plus en sécurité à l'école que chez eux. Après leur avoir ordonné justement de rester à la maison pendant huit semaines, je me demande si on n'a pas un potentiel de boulette, là. Et je m'y connais en boulette.

Mardi 12 mai

Effectivement, Jean-Michmich a bien fait une boulette, surtout avec les photos qui circulent depuis ce matin de ces enfants dans une cour de récré, parqués un par un comme des colis suspects dans leurs zones de 3 mètres carrés tracées au sol. Bon, l'avantage de ce pays, c'est qu'on peut toujours compter sur les autres. Pour faire pire.

Hier soir, à Paris, alors que les mesures de confinement étaient à peine et un peu assouplies depuis quelques heures, des dizaines de personnes sont venues s'agglutiner sur les bords du canal Saint-Martin pour y prendre l'apéro. Apparemment le rosé tiède et les TUC sont les nouveaux emblèmes d'une liberté retrouvée. Autant dire qu'on a vite oublié ma clope et le reste.

L'actualité va presque aussi vite que les démonstrations de grand professionnalisme du président Trump. En moins d'une minute, lors de sa dernière conférence de presse Covid-19, le mec a réussi à enchaîner racisme, goujaterie et crise de nerfs. Et c'est passé quasiment aussi discrètement que les nouvelles pistes cyclables qui fleurissent chaque nuit dans Paris. Quasiment.

Mercredi 13 mai

Avant, le mercredi, c'était le jour de sortie des nouveaux films. Mais ça c'était dans le monde d'avant. Maintenant, le mercredi, comme tous les autres jours, les cinémas sont fermés, les films passent en VOD. Heureusement, le mercredi demeure le jour du conseil des ministres, et ça, ça reste un grand divertissement à petit prix.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, alors que le déconfinement débute à peine et que les services de réanimation sont encore exsangues des dernières semaines, on a eu une bonne idée que j'ai eu l'honneur d'annoncer. On a trouvé mieux que les applaudissements, et déjà c'était plutôt pas mal. Le personnel hospitalier veut des sous? On va lui donner une médaille. Une médaille des épidémies, même. C'est un peu comme le flocon en ski, mais pour les gens qui soignent les gens qui toussent.

J'ai vu les photos, elle déchire. Elle brille, elle a un ruban tricolore et tout. Les personnels soignants voulaient du pain, on leur a donné de la brioche plaqué or. Et s'ils sont sages et pas tous morts, ils pourront peut-être même venir défiler le 14 juillet. En évitant de prendre le métro aux heures de pointe, bien sûr.

Jeudi 14 mai

Faut reconnaître que parfois, être porte-parole c'est presque aussi compliqué que de porter un masque. Prenons par exemple les infos du jour. Édouard Philippe, mon N+0,5, pour une fois, annonce une bonne nouvelle: cet été, les Français·es pourront circuler à leur guise sur l'ensemble du territoire. Autrement dit, partir se mettre en slip de bain trop petit sur des plages trop remplies. Joie dans les ménages, chez les vendeurs de slips trop petits et sur le site de la SNCF qui a doublé sa fréquentation en quelques heures. Le Paris-Bordeaux en prem's est en passe de devenir le nouveau PQ. Il n'y en aura pas pour tout le monde. Ou alors faudra prendre ses vacances d'été en octobre.

En même temps, savoir faire preuve de patience va sans doute nous servir, va même falloir s'habituer à poireauter comme de vrais pros quand Sanofi trouvera un vaccin et en arrosera d'abord les États-Unis, bien meilleur client que nous. C'est le patron du labo lui-même qui l'a annoncé. Apparemment, dans les locaux de ce laboratoire qui se définit comme «leader français de la santé», personne ne cherche un remède à l'indécence.

Vendredi 15 mai

J'ai remis la radio ce matin, mais j'ai changé de fréquence, je me méfie des playlists. Si c'est pour entendre «Allô maman bobo» ou «La maladie d'amour» alors que le président est en ce moment même en visite à la Pitié-Salpêtrière, non merci.

Tiens, la reine d'Angleterre s'est mise au chômage technique jusqu'à nouvel ordre. Qui aurait pu croire qu'un jour, la plus vieille souveraine au monde et le type qui agrafe au sol le tapis rouge à Cannes auraient un point commun? C'est beau quand on y pense.

Une qui aurait peut-être dû profiter de cette disposition de chômage partiel, c'est la députée Laetitia Avia. C'est quand même fort de faire passer une loi sur la cyberhaine la même semaine que fuitent des messages pas très jojo de boulot. Un peu comme un ministre de l'Intérieur qui visiterait une usine de masques, et qui enlèverait son masque à la fin pour faire une photo de groupe. Parfois, je me dis que le matin, le mieux, ça serait encore d'écouter Rire & Chansons. Tiens, le volume baisse tout seul. Y a plus de piles. Yes, la radio est dead.

La semaine imaginaire
La semaine imaginaire d'Archie Mountbatten-Windsor

Épisode 10

La semaine imaginaire d'Archie Mountbatten-Windsor

La semaine imaginaire d'un élève de CP

Épisode 12

La semaine imaginaire d'un élève de CP

Newsletters

Où en sont les «gilets jaunes» à l'heure du déconfinement?

Où en sont les «gilets jaunes» à l'heure du déconfinement?

Au-delà de la nécessité d'improviser de nouvelles formes de mobilisation, la crise sanitaire a été l'occasion de réfléchir à la suite à donner au mouvement contestataire.

Politique pestacle

Politique pestacle

La France, en manque de confiance, déprime

La France, en manque de confiance, déprime

La défiance vis-à-vis des institutions est un trait structurel de la société française, un trait stable et déjà ancien.

Newsletters