Société

«Il a pris mon bébé, et il ne va pas me la rendre»

Temps de lecture : 13 min

[Épisode 2] Il y a des choses qui rendent malade. Quand dans la nuit du 26 août 2017, les convives du mariage s'affairent à retrouver Maëlys, Nordahl Lelandais s'enferme aux toilettes. En flairant sa voiture à la recherche d'odeurs humaines deux jours plus tard, les chiens policiers vomissent.

Des gendarmes et des experts médico-légaux fouillent une cabane de jardin le long d'une route près du domicile de Nordahl Lelandais, à Domessin (Savoie) le 14 février 2018, dans le cadre de la disparition de Maëlys de Araujo en août 2017. | Philippe Desmazes / AFP
Des gendarmes et des experts médico-légaux fouillent une cabane de jardin le long d'une route près du domicile de Nordahl Lelandais, à Domessin (Savoie) le 14 février 2018, dans le cadre de la disparition de Maëlys de Araujo en août 2017. | Philippe Desmazes / AFP

Le numéro qui s'affiche sur le portable d'Eddy ne lui dit rien. Il préfère ne pas répondre et de toute façon, il se marie demain, il a autre chose à faire. Un SMS: «Salut tapette, tu décroches?» Puis un second: «Réponds, c'est Nono.» Eddy avait deviné au premier message. Nordahl Lelandais. Cela fait cinq ans qu'ils se sont perdus de vue. Il rappelle. Nordahl veut le féliciter pour son mariage avec Anne-Laure. Il l'a appris par le témoin, Ludovic, qu'il a aidé à déménager le samedi précédent. Eddy sourit. Nono n'a pas changé. Il est resté ce mec avenant, rigolard, toujours le premier à aider et jamais le dernier pour faire la fête. «Passe au vin d'honneur!» Nordahl accepte. Il ne lui a pas dit, parce que ces choses-là se gardent pour soi, mais au fond, il était un peu vexé de ne pas être invité.

Le samedi 26 août 2017, à 17h39, Nordahl Lelandais arrive à bord de son Audi A3 à la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin. Il connaît pas mal de monde –«vingt-trois ou vingt-quatre personnes», estime Eddy. Nordahl trempe ses lèvres dans un verre de rouge. Il se fait cette réflexion, que c'est vraiment du «vin de mariage», un vin sans grande qualité. Il en prend un deuxième. Certains amis de jeunesse, de ceux qui ne reviennent plus dans les parages que pour les fêtes familiales, haussent un sourcil. Nordahl porte un bermuda blanc, un t-shirt bleu mal ajusté et des claquettes. Ce n'est pas tant la tenue vestimentaire –après tout, il fait encore chaud à cette saison, et d'autres invités portent aussi des sandales. Ce sont les kilos en trop. Ils ont connu Nordahl toujours apprêté, du genre beau gosse. Là, il a «l'allure de quelqu'un qui se laisse aller». À moins que ce ne soit, comme il l'a affirmé à des copains au bar, parce que le mariage est une institution absurde.

En 2017, Nordahl Lelandais est aussi connu pour autre chose. Au vin d'honneur, Ludovic et Nelson, les témoins d'Eddy, lui demandent s'il a de la cocaïne. «C'est de notoriété publique qu'il consomme cette substance», commente Nelson. Nordahl répond par l'affirmative. Le repas va bientôt commencer. Eddy propose à Nordahl, entre autres amis, de revenir au moment du dessert.

Entre-temps, Nordahl se rend à un anniversaire. Dans ce coin où tout le monde connaît tout le monde, les occasions ne manquent pas: on passe chercher une bouteille de whisky au supermarché, on croise un copain, on l'invite. En arrivant, Nordahl salue la personne fêtée. Il lui demande si elle est bien la maman de Cinthia*. À la façon dont il prononce son prénom, la mère de Cinthia dessaoule «de suite». Elle ne sait pas pourquoi. Cela ne lui plaît pas, qu'il se souvienne du prénom de sa petite. Ni qu'il lui dise qu'elle est «jolie, gentille et polie». Il ne la connaît pas.

De retour à la soirée de mariage, vers minuit et demi, Nordahl se dirige vers Ludovic et Nelson. Ils vont dans les toilettes de la salle des fêtes. Nordahl prépare trois lignes de coke sur son téléphone, une pour chacun. Puis il va s'asseoir à la table des mariés. Il allume l'écran de son téléphone pour avoir l'heure. Derrière lui, une petite fille brune à la peau mate s'arrête: «Ce sont tes chiens?» Il répond que oui, lui demande si elle en a.

Tandis que les convives font la fête, Nordahl pense à sa petite amie Anouchka. Ce mariage n'a «rien d'exceptionnel» et la cocaïne lui a «juste piqué le nez». Il préférerait passer la soirée avec elle. En ce moment, leur couple «part en cacahuète». Elle est folle amoureuse de lui, mais lui ne sait pas ce qu'il veut. Il n'a pas de travail, pas de réveil le matin. Son relevé de carrière à la caisse de retraite affiche: vendangeur, électricien, cariste, vendeur, conducteur ambulancier, dresseur canin en autoentreprise. Dès qu'il le peut, que son dos tire ou qu'il est fatigué, il se met en arrêt maladie. Le matin, il prend de la coke au petit déjeuner, un gramme tous les deux jours. Ses copains le chambrent, ils le surnomment «Belle vie», parce qu'il est tout le temps là, à proposer de boire un café ou d'aller au lac d'Aiguebelette, alors qu'eux travaillent et doivent s'occuper des enfants. Ça met Nordahl en colère. Il n'a pas de belle ou de mauvaise vie, il n'a juste «pas de vie». Il fait «n'importe quoi». Son ex-compagne Céline est revenue et il accumule les rencontres sexuelles d'un ou deux soirs avec des hommes, des femmes, des couples. Sur le parking de la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin, Nordahl fume une cigarette avec ses amis. À 1h38, il envoie un sms à Anouchka: «Tu dors?» Elle ne lui répond pas.

«Nordahl est en train de vomir»

Eddy demande à Ludovic, son témoin, s'il a vu Nordahl. Ludovic secoue la tête. Le plus simple est de l'appeler. Il essaie par trois fois, entre 3h15 et 3h18. Il tombe directement sur son répondeur. De ses vaines tentatives, Ludovic ne se souviendra jamais. Il est pris, avec les autres, dans les recherches de la petite Maëlys. Tout le monde court dans tous les sens, «de manière désorganisée», se rappelle Nelson, l'autre témoin d'Eddy.

Jennifer se précipite dehors. Elle a enfin retrouvé l'homme au t-shirt bleu qui parlait de ses chiens avec sa fille Maëlys. Sur le parking, il s'allume une cigarette. Elle lui demande: «Vous avez pas vu ma fille?» Nordahl Lelandais recrache la fumée de cigarette dans l'air de la nuit et répond: «Non.» Jennifer lui trouve un air blasé. Elle se remet à chercher.

Dans sa robe de mariée, Anne-Laure arpente les pièces de la salle des fêtes. À son tour, elle croise Nordahl. Il lui lance: «Mais c'est quelle gamine qu'on cherche?» Anne-Laure décrit Maëlys et sa petite robe blanche. Ça lui revient: «Ah oui, c'est celle avec qui j'ai parlé des chiens.»

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D'un coup, Nordahl ne se sent pas bien. Il retrouve Ludovic, lui demande de l'accompagner aux toilettes, et s'enferme dans une cabine. Ludovic entend des bruits de vomissements. Cela le rend malade, alors il laisse Nordahl à ses affaires. Il part là où il sera plus utile.

À l'extérieur, les invités attendent. Jennifer a contacté les gendarmes, ils ne devraient pas tarder. Ludovic prévient Eddy: «Nordahl est en train de vomir aux toilettes.» Eddy trouve ça curieux: il l'a vu juste avant, il allait bien. Quelques minutes plus tard, une Audi A3 sort par le portail de la salle des fêtes. Les amis d'Eddy le rassurent: Nordahl a sûrement du shit dans sa voiture. Peut-être qu'il ne veut pas «en rajouter une couche».

Le véhicule bleu de la gendarmerie se gare sur le parking. Description de l'enfant. Noms des personnes présentes. À une gendarme, Eddy donne le nom de Nordahl Lelandais. Il mentionne: «C'est bizarre, avant que vous n'arriviez il est parti, ça ne lui ressemble pas.» À la réflexion, cela ne lui ressemblait vraiment pas. Alors Eddy explique à la gendarme: Nordahl vit à Domessin, à cinq minutes de là. Il n'a pas l'adresse exacte, mais s'ils veulent il peut les accompagner pour leur montrer où il habite. Mais les gendarmes ne sont «pas du tout dans cet esprit-là», relève Eddy. Leur priorité est de «recenser les invités du mariage».

«Ah, mais vous l'avez pas retrouvée la petite?»

Le lendemain, ils se retrouvent tous à la mairie de Pont-de-Beauvoisin, côté Isère, pour être auditionnés par les gendarmes. Eddy jette un œil autour de lui et se retourne vers le frère de son témoin: «Il est où Nordahl?» Le frère du témoin attrape son téléphone. Il l'appelle: «Nono, on t'attend, faut que tu viennes déposer.» À l'autre bout du fil, Nordahl est étonné: «Ah, mais vous l'avez pas retrouvée la petite?» Quand il arrive, Mickaël vient de terminer son audition. À 16h25, Nordahl Lelandais est entendu.

Mickaël va récupérer ses enfants pour rentrer chez eux, à Lyon. Heureusement, songe-t-il, sa femme les avait emmenés chez leur grand-père juste avant la soirée. Il regarde sa jauge d'essence. Il faut faire le plein. Mickaël s'arrête au centre E.Leclerc de Pont-de-Beauvoisin. Du côté de la station de lavage, il reconnaît la silhouette de Nordahl, en train d'astiquer sa voiture, torse nu. Il le salue. Nordahl demande à Mickaël s'il n'aurait pas un truc à boire, il crève de soif. Mickaël sort une boisson sucrée de son coffre.

Les heures suivantes, les invités les ont tous passées au téléphone. «On essayait de se contacter pour savoir si quelqu'un savait quelque chose de plus qu'un autre», relate un cousin. C'est comme ça que Mickaël a su: à la mairie, Nordahl a affirmé aux gendarmes ne pas avoir parlé avec la petite Maëlys durant la soirée.

Il l'a pourtant vu. En tentant de rejoindre la salle des fêtes, avant d'y renoncer à cause de ses crampes intestinales, Mickaël a vu Maëlys suivre Nordahl, et entendu l'homme dire à la petite: «Toi tu passes par là, moi je passe par là-bas», en désignant respectivement l'entrée principale, pour elle, et la porte du DJ où se trouvaient tous les câbles électriques, pour lui. Mickaël sent la culpabilité l'envahir. Nordahl est un ami. Il ne veut pas le mettre dans l'embarras. Mais tout de même, pourquoi lavait-il son Audi A3 moins de quinze heures après la disparition de Maëlys? Pourquoi est-il le seul à ne pas demander de nouvelles à Eddy et Anne-Laure?

Le lundi 28 août 2017, Mickaël demande donc à être réentendu. Il raconte tout ça, la petite suivant Nordahl à l'intérieur, Nordahl lui indiquant par quel chemin passer, et la station de lavage. Il ne le sait pas encore, mais Nordahl Lelandais est déjà dans le viseur des enquêteurs. Depuis la diffusion de la photo de Maëlys dans les médias, ils reçoivent des renseignements de la France entière –le début d'une longue série de lettres, de mails, de messages de médiums. Ils sont obligés de les réceptionner, de les lister et de les garder. Mais ils ont déjà repéré plusieurs suspects potentiels.

Parmi les personnes présentes sur la zone au moment de la disparition, ils se sont arrêtés sur «un grand oncle connu pour des faits sur mineurs, un homme qui sort de prison, et Nordahl Lelandais». Ce dernier leur avait soutenu: s'il avait parlé à la petite Maëlys, il s'en serait souvenu. Ils savaient que c'était faux, car trois témoins, dont sa mère Jennifer, l'avaient vu et entendu parler avec l'enfant. Aucun ne l'avait vu, en revanche, participer aux recherches, alors qu'il maintenait l'avoir fait. Le marié lui-même avait réitéré sa surprise lors de son audition à la mairie: Nordahl Lelandais était parti «sans s'annoncer», «sans dire au revoir ni rien» peu avant l'arrivée des gendarmes.

«Pas de temps en ce moment, mais t'inquiète»

Quand les enquêteurs arrivent route du Genin, à Domessin, Nordahl Lelandais nettoie encore sa voiture dans l'allée. Les Saint-Hubert, ces chiens spécialisés dans la recherche de personnes disparues, ont du mal à passer le portail. Les enquêteurs insistent un peu, ils veulent les faire renifler l'intérieur du véhicule. Les odeurs humaines s'estompent au bout de soixante-douze heures. Si Maëlys de Araujo y est entrée, ils le sauront. En ouvrant la portière de l'Audi A3, les effluves des produits de nettoyage prennent les gendarmes au nez. Les chiens ne peuvent rien faire. Leur flair est 200 fois plus puissant que l'odorat humain. Ils se mettent à vomir. Un vétérinaire doit les examiner.

À 18h, ce lundi 28 août, Nordahl Lelandais est à nouveau auditionné en qualité de témoin. Il explique: il doit vendre sa voiture à un ami. Il est très méticuleux et souhaite la lui laisser dans un état irréprochable. Il l'a bien lavée à la station E.Leclerc pendant trente minutes. Un médecin l'examine et le prend en photo: son épaule gauche, sa main gauche, son genou et l'arrière de son mollet présentent des griffures. Nordahl Lelandais admet qu'une petite fille a pu lui parler de ses chiens. Il ne sait pas s'il s'agissait de Maëlys. À la fin de son audition, il dit: «Je vous prie de croire que je n'ai rien à voir avec la disparition de la petite.» Le lendemain, on lui rend sa voiture. Il est libre.

Après vérification, le numéro de téléphone que Nordahl Lelandais a donné aux enquêteurs ne correspond pas à la ligne utilisée pendant le mariage. Ce soir-là, il avait un second téléphone. Sa ligne principale. Le 28 août, jour de son audition, il la résilie par internet.

Les enquêteurs pensent: Nordahl Lelandais ne dit pas tout.

Le surlendemain, il reçoit un message d'une jeune femme rencontrée sur Tinder quelques mois plus tôt. Elle a envie de le voir. Même si elle a bien conscience que leur relation n'est que physique, elle s'est attachée à lui. Il suffit qu'il lui écrive «Dispo dans une heure?» pour qu'elle prenne sa voiture et fasse le trajet depuis Lyon jusqu'à Pont-de-Beauvoisin, 85 bornes en pleine nuit. Dans son téléphone, elle l'a enregistré sous le nom de «Jordan», car c'est celui qu'il lui a donné. Ce 30 août 2017, elle lui propose une rencontre. Nordahl-Jordan répond: «Pas de temps en ce moment, mais t'inquiète.»

Noël Gravier, gendarme à la section de recherches de Grenoble, est chargé d'accompagner les parents de Maëlys de Araujo. «La pratique, c'est plutôt de cloisonner les informations, car la famille est souvent la première hypothèse…» déclare-t-il. Mais vu «la particularité des faits», les gendarmes ont préféré faire ainsi. Ils ne parviennent pas à tout contrôler: le dossier connaît une médiatisation hors norme. «Les journalistes font très bien leur travail de journaliste: ils arrivent à nouer des liens partout.» Alors, Noël Gravier est chargé d'anticiper les sorties dans la presse. Le but n'est pas d'empêcher quoi que ce soit; ils n'en ont ni les moyens, ni le pouvoir. Mais ils peuvent faire en sorte que Jennifer et Joachim de Araujo apprennent les avancées de l'enquête de leur bouche plutôt que dans la presse. Par l'AFP, les gendarmes sont prévenus la veille de la publication des articles.

Ainsi, le jeudi 31 août 2017, Noël Gravier appelle Jennifer. Nordahl Lelandais est placé en garde à vue.

«Quand on va dormir, on s'en veut»

Les caméras de vidéosurveillance de la station de lavage E.Leclerc montrent bien Nordahl Lelandais affairé au nettoyage de sa voiture. Il n'y a pas passé trente minutes comme il le prétendait, mais près de deux heures –de 17h23 à 19h16. L'exploitation de sa ligne téléphonique principale, celle utilisée lors de la soirée du mariage, montre quant à elle que son portable s'est éteint de 2h46 à 3h25. Puis à nouveau de 3h57, au moment de son départ de la salle des fêtes, jusqu'à 7h06.

Quand les gendarmes arrivent chez lui pour procéder à son interpellation, ils lui demandent où est son bermuda blanc. Sur toutes les photos et vidéos du mariage, il apparaît vêtu d'un bermuda blanc, et non du pantacourt noir qu'il leur a dit avoir porté ce soir-là. Nordahl Lelandais est gêné. Il répond: «J'ai vomi dessus, je suis rentré me changer et j'ai jeté mon bermuda dans la benne à ordures au bout de la rue.» Le container a été vidé deux jours auparavant, comme tous les mardis.

Les enquêteurs pensent: Nordahl Lelandais ne se contente pas de mentir, il cache ses traces.

Cette semaine-là, le gendarme Noël Gravier ne dort qu'une à deux heures par nuit. «Et quand on va dormir, on s'en veut, confie-t-il. Parce qu'il y a une petite qui est dans la nature…» Comme le souligne le procureur de la République Jean-Yves Coquillat, les enquêtes pour enlèvement, «c'est le seul type d'enquête où un magistrat peut faire des erreurs avec des conséquences tragiques». L'affaire Marc Dutroux a durablement marqué les esprits: à l'époque, les gendarmes auraient pu sauver les deux fillettes terrées dans la maison du principal suspect. Elles étaient encore en vie lors de la perquisition et ils sont passés à côté.

Quand, à l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), le lieutenant-colonel Emmanuel Pham-Hoai reçoit l'Audi A3, il comprend l'urgence. Son équipe et lui s'attèlent à effectuer des prélèvements sur les sièges, les ceintures de sécurité, les poignées, les miroirs, le volant, et le tapis du coffre.

En garde à vue, Nordahl Lelandais reconnaît pour le bermuda blanc, la cocaïne, et les griffures. Le bermuda a été changé parce qu'il l'avait taché. Si la ligne téléphonique montrait des déplacements, c'est parce qu'il était rentré chez sa mère et allé chercher de la cocaïne. Les griffures ont été faites pendant son jardinage.

Les enquêteurs pensent: Nordahl Lelandais s'adapte à ce qu'on lui montre.

«Dans un dossier, il y a ce qu'on pense, et il y a ce qu'on trouve», signale le procureur Coquillat. Certes, Anouchka, présente lors de l'interpellation de Nordahl et entendue dans la foulée, a raconté aux enquêteurs avoir trouvé un jour sur le bureau de son petit ami un bout de papier avec le nom d'un site internet. Quand elle l'avait consulté, elle s'était aperçue qu'il s'agissait d'un site pédopornographique. Nordahl s'était fâché, lui avait dit que c'était n'importe quoi, qu'elle était «tarée».

Les enquêteurs ne pensent pas qu'Anouchka soit tarée. Mais ils n'ont pas encore assez d'éléments.

Et s'ils n'avaient pas assez d'éléments parce que Nordahl Lelandais n'avait rien fait? Personne n'a envie de déférer un innocent. Et personne n'a envie de déférer quiconque sans preuves irréfutables. Ce serait risquer de voir tout un dossier s'écrouler.

Alors, le procureur de la République prend une décision. Il ne prolongera pas la garde à vue. Après tout, ce n'est pas Nordahl Lelandais qui va les aider à avancer. Et les techniciens en identification criminelle de l'IRCGN ont besoin de davantage de temps pour analyser le siège passager et le coffre de sa voiture. Dans ce métier, il faut être à la fois stratège et tacticien. Pour le procureur, son motto est le même que le serment d'Hippocrate pour les médecins: Primum non nocere. «D'abord, ne pas nuire.» Maëlys de Araujo est peut-être encore en vie, et il ne faut pas la mettre en péril si c'est le cas. De plus, «s'il est dehors, il peut faire des choses plus intéressantes pour la suite de l'enquête», se dit le procureur Coquillat.

Mais la photo de Nordahl Lelandais circule déjà sur toutes les chaînes d'information.

Au même moment, Jennifer et sa meilleure amie s'appellent. La conversation tourne en boucle. Au téléphone, Jennifer n'arrête pas de répéter: «Carole, c'est horrible. Carole, il me l'a prise. Il a pris mon bébé, et il ne va pas me la rendre.»

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* Le prénom a été changé.

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