Société

«Il sait qu'il est passé très près de son dernier jour, je lui ai bien expliqué»

Temps de lecture : 13 min

[Épisode 3] C. est relâché. Il accepte à contre-cœur de parler aux gendarmes. Un détail de son récit fait écho à une autre affaire, et des suspects ne tardent pas à être identifiés.

L'enquête se concentre rapidement sur plusieurs braqueurs multirécidivistes. | Élise Costa
L'enquête se concentre rapidement sur plusieurs braqueurs multirécidivistes. | Élise Costa

Le docteur Alain Penin retrousse ses manches; il va être entendu, en visioconférence, par la cour d'assises de la Gironde. Le psychologue a rencontré C. à deux reprises, en 2015 et en 2017.

La voix teintée «de tristesse et de lassitude», C. lui a raconté avoir été attiré dans «un guet-apens». Il a raconté son mauvais pressentiment avant, cette phrase prononcée par ses agresseurs pendant –«Ce n'est pas un film»–, et ses insomnies depuis. Il a raconté ces sept semaines à huis clos avec John, le cerveau de la bande, Bob, le gardien, Didier, le logisticien, et Jean, l'exécutant polyvalent. Il a aussi raconté la relation particulière qui s'est nouée entre lui, l'homme fortuné, isolé dans sa chambre avec des cahiers de sudokus comme seul remède à la neurasthénie, et ces quatre inconnus qui venaient de lui confisquer sa vie.

Au terme de sa séquestration, C. a fini par proposer des choses jamais demandées par ses ravisseurs, allant au-delà de leurs exigences: «Et si je vous récupère de l'or, ça vous intéresse?» Eux ont pris le parti de C., en se mettant de son côté contre l'administration fiscale quand ils ont découvert le montant de ses impôts: «Ah, ils te prennent tout ça? Ils abusent, hein. Ils abusent!»

C. a regardé le docteur Penin. «Ils m'ont fait peur, mais ils étaient gentils», a-t-il glissé, avant de conclure: «Finalement, quand je suis parti, je leur ai dit merci.»

Dans son rapport, le psychologue note: «La durée de l'exposition [de Monsieur C.] aux agresseurs est à l'origine du début d'un syndrome de Stockholm.» Face aux magistrats, l'expert répète: «Quand je le vois, Monsieur C. a clairement le sentiment de les avoir trahis.»

Fin juillet 2015, C. veut bien revenir sur son histoire auprès des gendarmes puis du chef d'enquête Éric Carbonnel, mais il refuse de porter plainte.

«Finalement, quand je suis parti,
je leur ai dit merci.»
C.

Parce qu'il s'agit de faits d'extorsion en bande organisée, la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Bordeaux est automatiquement saisie. C. s'oppose à un entretien avec le juge d'instruction: «Je ne voulais pas parler. Je ne voulais pas rompre le pacte.»

En parlant avec les enquêteurs, C. comprend que l'action publique est engagée. Éric Carbonnel le prend à part: «Quoiqu'il arrive, quoique vous fassiez, cela ira jusqu'au bout.» Il insiste: «Si vous ne portez pas plainte, jamais ils ne vous laisseront tranquille. Ils connaissent votre patrimoine. Ils ont lu vos papiers. Et vu leur profil...»

Connu des forces de l'ordre

Avant de relâcher C., les ravisseurs lui ont confié une feuille de route. Sur le document figure une adresse mail créée spécialement pour lui, à laquelle il doit se connecter une fois libéré pour poursuivre ses échanges avec John, le cerveau.

Mais il y a aussi un nom. La page de directives indique: «On te rappelle que les vendredi 29, samedi 30 et dimanche 31 mai, tu as hébergé un ami à Platja d'Aro. […] Il s'appelle Alain Raspaut, il a 55 ans.» Alain Raspaut: un profil connu –ou plutôt, comme on dit dans le jargon, très défavorablement connu– des forces de l'ordre.

Alain Raspaut commence sa carrière carcérale en 1977, à l'âge de 18 ans. Avec son petit frère, Raspaut commet un hold-up. Son premier séjour en détention se déroule à la maison d'arrêt de Perpignan.

Il sort en 1979, se marie en 1980, tombe la même année pour vol et escroquerie, replonge en 1982 pour attaque à main armée. Condamné à dix ans de réclusion criminelle, il se coupe le petit doigt de la main gauche et l'envoie au procureur de la République.

Lors d'une permission en 1988, Alain Raspaut s'évade. Durant sa cavale, il braque une bijouterie à main armée. Une fusillade éclate durant l'attaque; deux policiers sont tués, un autre est blessé. Touché de trois balles, le fugitif est arrêté. Cette fois, la cour d'assises de Perpignan le condamne à la perpétuité, assortie d'une période de sûreté de vingt ans.

En 2013, Alain Raspaut se tient à carreau depuis longtemps. Après avoir rédigé un mémoire intitulé «Dans le cadre d'un aménagement de peine», long de quarante pages, il obtient sa libération conditionnelle.

À sa sortie, Alain Raspaut a passé trente-deux ans derrière les barreaux, soit seulement quatre en liberté depuis sa majorité.

Le 1er juin 2015, tandis que C. était séquestré dans une villa en location à Roses, en Espagne, Alain Raspaut est repéré à bord d'une Citroën C2 au péage du Perthus, dans le sens Espagne-France. Les forces de l'ordre enquêtent alors sur le braquage d'une armurerie à Carmaux, non loin d'Albi, dans le Tarn.

Le 19 mai 2015, deux hommes sont entrés dans l'armurerie de Carmaux, ont menacé le gérant avec une bombe lacrymogène puis ont volé un fusil à pompe. Dehors, les policiers les attendaient. L'un des braqueurs a réussi à s'emparer de l'arme de service d'un policier et à lui tirer dans la cuisse. Le duo est parvenu à s'échapper.

La réputation d'Alain Raspaut lui vaut d'être inscrit sur la liste des suspects. Il est interpellé à La Palme, dans l'Aude, avec divers éléments en sa possession: des clés de maison avec une adresse, des moyens de paiements –cartes bleues et chéquier–, deux téléphones portables et 3.375 euros en petites coupures.

Raspaut se justifie auprès du magistrat instructeur: les clés lui ont été confiées par un ami, monsieur C., pour relever son courrier. Il revient justement de sa résidence secondaire à Platja d'Aro, en Espagne, où monsieur C. lui a proposé de passer quelques jours. Ils s'apprécient beaucoup, fait-il remarquer.

Très vite, Raspaut livre au magistrat le nom des deux braqueurs de l'armurerie de Carmaux: François Decline et Jean-Pierre Jourda, deux braqueurs multirécidivistes rencontrés en prison. Les enquêteurs savent qu'Alain Raspaut ne bluffe pas: sur les lieux du braquage, ils ont bien retrouvé l'ADN de François Decline.

Alain Raspaut sort du bureau du juge avec le statut de témoin assisté. Une fois à l'air libre, il jette ses téléphones dans une poubelle et disparaît de la circulation.

Trois ADN, quatre noms

Un fusil à pompe volé à l'armurerie de Carmaux, un Sig Sauer pris au policier lors de l'intervention. C. a dit aux enquêteurs avoir été menacé avec un fusil à pompe, et avec un pistolet automatique de type Sig Sauer.

Dans les Pyrénées-Orientales, la police retrouve la trace de l'ancienne propriétaire du camping-car Hymer acheté par les ravisseurs. Sur le tapissage photo, la dame reconnaît formellement l'homme qui s'est présenté sous le nom de monsieur C. Elle pointe une photo avec son doigt: Alain Raspaut.

Avant d'être transbahuté dans le coffre de sa BMW X3 jusqu'en Espagne, C. se souvient d'avoir d'abord fait une vingtaine de minutes de trajet dans le coffre d'une Renault noire de type SUV.

Il s'était retrouvé dans le garage d'une maison inhabitée; il avait vu les cannes à pêche accrochées au mur et les racks de bouteilles de vin, quand il avait pu enlever son masque pour répondre au coup de fil de Nora.

François Decline conduit une Renault Koleos noire appartenant à sa mère.

Durant l'été, des propriétaires ont contacté les gendarmes pour signaler l'effraction de leur maison inhabitée de Quint-Fonsegrives. Les barreaux de la salle de bain donnant sur l'extérieur ont été sciés, avant d'être scotchés avec du ruban adhésif noir.

Il faut vingt minutes en voiture pour rejoindre la maison depuis le lieu du rendez-vous avec monsieur Todd.

Sur le scotch, un ADN est retrouvé: celui d'Alain Raspaut. Celui de François Decline est identifié un peu partout dans la BMW X3 de C.: sur le volant, le levier de vitesse, la manette de réglage du siège conducteur, la ceinture de sécurité et l'appui-tête. Plus discrètement, l'ADN de Jean-Pierre Jourda apparaît sur le dossier «Camping-car» remis à C. à sa libération.

Alain Raspaut, François Decline, Jean-Pierre Jourda.

Reste un ravisseur.

Le relevé des lignes téléphoniques placées sous surveillance montrent plusieurs échanges entre Alain Raspaut, François Decline et un autre vieux braqueur, André Heitz.

C. a décrit la voix de Jean comme marquée par un fort accent, très particulier, peut-être du Nord ou de l'Est. André Heitz vient d'une famille de vanniers alsaciens.

Retour sous haute protection

Le 7 août 2015, C. décide finalement de porter plainte. Le soir même, en rentrant chez lui, il découvre un mail. Les instructions des ravisseurs se poursuivent: «Bonsoir C. […] Dimanche soir, je te ferai un mail avec l'IBAN + swift du compte. Il serait conseillé d'y transférer un minimum de 100.000 euros très rapidement. Pour le solde, on attendra comme convenu que tu puisses libérer quelques avoirs. Passe de bonnes vacances, dans la sérénité et la joie de vivre. Cordialement, JOHN.»

C. s'est libéré de ses chaînes en Espagne et de son secret, mais il vit toujours un enfer.

Avec sa compagne Nora, il a récupéré le camping-car au sud de l'Espagne le week-end de sa libération. C'était son obsession. L'énorme véhicule est désormais garé sur sa propriété et lui rappelle chaque jour ses ravisseurs.

C. se sait surveillé: John a les accès à sa boîte mail, ses identifiants bancaires, la clé de son domicile.

«Passe de bonnes vacances,
dans la sérénité et la joie de vivre. Cordialement, JOHN.»
Extrait du mail reçu par C. le 7 août 2015

Nora retourne à la gendarmerie pour confier son inquiétude quant à l'état de santé de C. Il ne dort plus. Il parle de tout vendre pour échapper à ses agresseurs. Il cherche à se procurer du cyanure sur internet, pour le cas où il viendrait à retomber entre leurs mains. Nora informe les enquêteurs: avec C., il faut qu'ils partent, loin. Ils ont décidé de se réfugier à l'étranger pour deux semaines.

Pendant ce temps, les enquêteurs ne bougent pas. Ils poursuivent leurs investigations. La carte bancaire de C. est toujours en activité, pour retirer de l'argent ou effectuer des achats dans un supermarché de Marbella.

Les gendarmes travaillent en coordination avec leurs homologues espagnols pour analyser les caméras de vidéosurveillance des distributeurs automatiques et des magasins de la ville. Alors qu'ils se repassent en boucle les images, ils reconnaissent soudain deux visages: ceux de Jean-Pierre Jourda et François Decline.

Seulement, la filature joue dans les deux sens: de leur côté, John, Bob, Didier et Jean surveillent C. En fonction des achats qu'il effectue, ils peuvent savoir où il se trouve et quand, quel vol il a réservé et s'il a pris un billet pour revenir.

Le 22 août 2015, Nora et C. contactent les enquêteurs: ils vont rentrer à Toulouse. Les gendarmes sont inquiets. N'avaient-ils pas écrit, à propos des individus recherchés pour le braquage de l'armurerie de Carmaux: «En fuite. Armés et extrêmement dangereux»? N'avaient-ils pas suspecté Alain Raspaut dans ce «vol à main armée et tentative d'homicide par arme à feu sur agent de la force publique» parce qu'il était justement connu pour des faits similaires? N'avaient-ils pas noté, à la fin du rapport: «À interpeller de toute urgence», avant de perdre la trace de Raspaut? La menace des quatre braqueurs multirécidivistes doit être prise au sérieux. Il faut protéger Nora et C. pour leur voyage retour.

Une cellule du GIGN réfléchit à un stratagème. En lien avec la brigade de gendarmerie des transports aériens (BGTA), l'avion atterrit sur une piste dite «invisible» où personne, au sein de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, ne peut voir le débarquement.

Une équipe accueille le couple dès sa sortie de l'avion, une autre se charge de récupérer leurs bagages en soute. Nora et C. sont escortés dans les bureaux de la BGTA, le temps pour les militaires de visionner les bandes des caméras de surveillance du hall d'arrivée. Aucune présence suspecte.

Les gendarmes ont réservé une voiture de location, qu'ils ont garée sur une aire d'autoroute. À l'aéroport, Nora et C. sont invités à monter à bord d'un véhicule aux vitres teintées. Les militaires emmènent le couple «en périphérie de Toulouse pour effectuer diverses démarches», puis les conduisent sur l'aire d'autoroute. Ils leur remettent les clés de la voiture de location. Fin de la mission.

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Dossier «OP CONDOR»

Avec l'aide des policiers espagnols, John, Bob, Didier et Jean sont localisés. Pendant plusieurs jours, dans l'attente de la signature des quatre mandats d'arrêt, le groupe des secuestros prennent en filature et observent le moindre mouvement des ravisseurs.

Depuis les années 1980, les kidnappings, des crimes importés d'Amérique du Sud, sont en forte augmentation en Espagne. Une unité spéciale a été mise en place pour lutter contre les enlèvements: les secuestros, sorte d'équivalent du RAID français.

Le 7 septembre 2015, une opération d'interpellation est menée en simultané sur le territoire espagnol et en France. Au petit matin, les secuestros débarquent dans un appartement de la banlieue de Marbella et arrêtent Jean-Pierre Jourda et Alain Raspaut. À Toulouse, André Heitz est cueilli à son domicile.

François Decline, lui, manque à l'appel. Les secuestros l'attendent dans son logement. Quand il arrive à 16h30, ils se jettent sur lui sans qu'il ait le temps de sortir le pistolet automatique Sig Sauer, chargé de six balles.

Les perquisitions sont fructueuses. Des lingots d'or, de l'argent liquide, un fusil à pompe, des cartes SIM, des cagoules, des clés de moto, un gyrophare de police, entre autres, mais surtout des téléphones portables, des ordinateurs et des disques durs sont saisis.

Les données ont été effacées, compressées et modifiées grâce à des logiciels de camouflage utilisant des techniques de cryptologie et de stéganographie«des fichiers musique qui ne sont pas du tout des fichiers musique, par exemple», expliquera plus tard un expert en informatique à la barre.

Le travail d'analyse prend plusieurs semaines. Il finit par payer.

Les ingénieurs parviennent à extraire une «masse impressionnante de données exploitées». Sur les ordinateurs, clés USB et téléphones portables sont stockés quantité de documents écrits à la main ou dactylographiés, de fichiers audio et vidéo. Le rapport d'expertise livré en cours d'instruction compte quatre-vingt-quatre pages.

L'enlèvement, la séquestration et l'extorsion de fonds de C. a un nom: opération Condor.

John, le cerveau, avait préparé le dossier «OP CONDOR» comme d'autres montent un business plan. Tout est anticipé, prévu et rédigé noir sur blanc, le mode opératoire comme les préparatifs.

Dans la section pré-opération, on peut lire: «1.1. Trouver 2 maisons isolées non habitées pour squatter 8 jours (il faut changer une serrure dans chacune des maisons)», «1.8. Poser cam face à l'entrée de son logement afin de voir ses allées et venues, s'il rentre avec une gonzesse, s'il reçoit beaucoup, etc.».

Le paragraphe suivant, intitulé «Investissements», liste le matériel à fournir: «2.1. Plastifieuse et imprimante pour refaire DNI avec ma photo au cas où nous en aurions besoin», «2.8. Un enregistreur pour garder les réponses aux questions qu'on lui posera», «2.11. Somnifère puissant».

Au sous-chapitre «Grosses lignes & stratégies», l'introduction montre l'étendue des recherches: «En France et chaque année, des milliers de personnes sont considérées comme disparues, certains que l'on retrouve (la majorité) et d'autres jamais. Ceux que l'on retrouve disparaissent volontairement, pour des motivations différentes.»

«1.8. Poser cam face à l'entrée
de son logement afin de voir
ses allées et venues.»
Extrait du dossier «OP CONDOR»

Dans la partie «Avantages de cette cible», John avance plusieurs points: «1) un minimum d'investissement [...] 4) on autofinance l'opération au fur et à mesure qu'on le ponctionne.»

«Liquidation de tous ses biens: c'est l'étape la plus longue, mais pas forcément la plus compliquée», pointe John.

S'en suit le mode opératoire de l'exfiltration, avec divers scénarios détaillés, tel que: «Le faire venir sur un terrain un matin de très bonne heure, on le maîtrise en douceur en lui présentant carte de police, brassard au bras: “Vous êtes bien monsieur...?” Il répond oui et on enchaîne: “Je suis le commissaire Brousse de la brigade financière, nous intervenons sur commission rogatoire du juge Boyer, parquet de Paris. Nous avons des questions à vous poser, veuillez nous suivre.”»

Un listing de questions très précises sur l'état civil de C., son entreprise, ses relations, son patrimoine et ses cartes bancaires complète le tout.

John est Alain Raspaut. Bob est François Decline. Didier est Jean-Pierre Jourda. Jean est André Heitz.

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«Tous les trucs affectifs»

Dans son long mémoire de quarante pages pour sa libération conditionnelle, Alain Raspaut procédait à un découpage en trois axes: «Décrire les mécanismes et la genèse de ma délinquance», «Dépeindre les processus d'évolution» et «Projection de projets d'avenir», eux-mêmes découpés en chapitres et sous-chapitres: «4. La longue période de reconstruction et d'amendement»; «4.1. Le travail en prison», «4.2. Prise de conscience (mea culpa)»; «4.4.3. Du bonheur à la compassion», etc.

Au chapitre 6, section 6.5., la toute dernière du mémoire, Alain Raspaut offrait une conclusion sonnant comme une promesse: «Ma maturité, ma vision présente du monde font que je ne pourrai jamais refaire des erreurs aussi malignes, stupides, contre-productives et inintelligibles que celles du passé.»

Pendant sa détention, Alain Raspaut a suivi des cours de marketing, de commerce, de droit, d'espagnol et de psychologie.

Un disque dur contient un enregistrement audio de près de quatre heures datant du 2 août 2015, soit quinze jours après la libération de C.. John, Bob et Didier débriefent sur l'opération Condor: «Je vous ai dit que j'avais passé plus de deux ans à travailler la cible, des nuits sous la pluie et le froid passées dans le parc du château», geint John.

Le carillon de la pendule sonne. Les ravisseurs s'enthousiasment: «Ça me plait, ça! Ça rappelle nos grands-mères», «Moi aussi, c'est pour ça que je l'ai mis en route».

Mais John veut parler des défaillances: «Bob, à Rosas, au moins six fois tu m'as dit: “Celui-là on le tue, celui-là on le tue”, alors que j'ai bien expliqué dès le début qu'il fallait jouer sur l'évitement, la discrétion, la fluidité. Si on commence à tuer les gens les uns derrière les autres, on ne va pas se faire oublier.»

Bob, le plus gentil des quatre ravisseurs, qui apportait des cahiers de sudokus dans la petite chambre de C. et jouait avec lui aux échecs. Bob, qui promettait à C. de faire en sorte qu'il s'en sorte.

Finalement, la décision de laisser C. en vie a toujours appartenu à John.

Plus tard dans le débriefing, John énonce à ses comparses pourquoi il a voulu le relâcher. Il argumente sur le travail psychologique effectué sur la cible en deux points: «l'axe de la peur et de la crainte» et «l'axe de la reconnaissance».

«Il sait qu'il est passé très près de son dernier jour, je lui ai bien expliqué que c'était plus simple pour nous de le faire disparaître, on prenait donc un gros risque, expose-t-il. Il est donc, inconsciemment, reconnaissant que nous l'avons relâché, et c'est une force qui le pousse à suivre le deal». John ajoute: «Vous n'imaginez pas mon potentiel... J'ai une force et une énergie intérieures sans limite.»

La tête dans les mains, C. fait face au docteur Alain Penin. C'est leur second et dernier entretien. L'expert psychologue note dans son carnet: «Aujourd'hui, monsieur C. en veut à ses ravisseurs de lui avoir appliqué “tous les trucs affectifs”.»

C. regarde le docteur Penin, et lâche d'un air incrédule: «Quels salauds!»

Il n'a toujours pas vu le visage de John, Bob, Didier et Jean. La cible ne sait pas à quoi ses bourreaux ressemblent. Il faudra pourtant les affronter au procès.

Élise Costa Chroniqueuse judiciaire

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