Société

«On ne tue pas gratuitement, n'est-ce pas Jonathann?»

Temps de lecture : 13 min

[Épisode 7] À Vesoul, le procès de Jonathann Daval pour le meurtre de sa femme Alexia touche à sa fin. Pour les Fouillot, c'est la dernière chance d'obtenir des réponses. Pour l'accusé, la dernière occasion de se livrer.

La tombe d'Alexia Fouillot, au cimetière de Gray (Haute-Saône), le 16 novembre 2020. | Patrick Hertzog / AFP
La tombe d'Alexia Fouillot, au cimetière de Gray (Haute-Saône), le 16 novembre 2020. | Patrick Hertzog / AFP

Vous lisez le septième et dernier épisode de notre série Alexia Fouillot, épouse Daval. Le sixième est à retrouver ici.

Avant de s'effondrer devant la cour à cause d'une chute de tension, Jonathann Daval avait commencé par ceci: «Je voudrais d'abord avoir des excuses, mais c'est pas excusable ce que je leur ai fait.»

Il s'était tourné vers Jean-Pierre et Isabelle Fouillot, Stéphanie et Grégory Gay, assis au premier rang du palais de justice de Vesoul: «Je leur ai enlevé leur fille. Je leur ai menti, ensuite. L'histoire du complot a détruit votre vie. La vie de ma famille aussi.» Il avait regardé les policiers un à un dans la salle d'audience: «Les gendarmes aussi, à qui j'ai menti, et qui ont dû faire des recherches supplémentaires»; et la salle d'audience, tout entière: «Aux médias. À la France, pareil.» Au président de la cour d'assises, il avait réservé un sourire désolé: «Donc oui, c'est pas pardonnable ce que j'ai fait. Mais je voulais quand même le dire.»

Il est difficile d'admettre qu'un si petit homme ait pu causer tant de chagrin.

Tout au long de son procès, on demande aux gendarmes et aux parties civiles: «Qui parle d'Alexia partie faire son jogging?» C'est Jonathann, disent-ils. C'est par lui que les médias sont arrivés. Peu après la disparition d'Alexia Daval, les habitants de la ville de Gray déclaraient tous, au micro des journalistes, avoir peur. Une amie d'Isabelle Fouillot se souvient: «À Gray, on était dans la psychose. On disait “n'allez pas courir”». Face à la cour, l'adjudante Adeline Pillot rappelle que ce faux témoignage l'a poussée à aller «à la rencontre de la population de Gray pour les rassurer».

Il y a eu le jogging, la marche blanche, le complot familial, la crémation du corps. À chaque mensonge s'est substitué un autre plus gros encore. Un mouchoir entre ses doigts, Jonathann Daval jure: «On a envie d'arrêter tout ça.»

Matthieu, son meilleur ami, baisse la tête: «Il était pris dans l'engrenage. Il s'est débattu comme il a pu. C'est impardonnable ce qu'il a fait.» Il retient le Jonathann qu'il a connu, celui avec qui il jouait au foot enfant, et qui l'a aidé dans ses propres moments difficiles. Il souffle: «C'est facile de jeter la pierre à quelqu'un, de lui cracher dans le dos... Lui tendre la main, c'est beaucoup plus dur.» Quand il quitte la barre, Matthieu se retourne vers son ami dans le box des accusés et lève la main en guise d'au revoir.

Pour l'expert psychologue, «le mensonge n'existe pas, en psychologie». Dans le monde judiciaire, si.

«Je savais que je ne pourrais pas... accomplir l'acte. C'était humiliant»

Vendredi 27 octobre 2017, 23h30. La soirée raclette vient de se terminer. On s'embrasse sur le pas de la porte. Dans l'Audi qui les ramène à leur maison rue Sonjour règne un silence glacial entre Alexia et Jonathann. En rentrant, Jonathann se sert un digestif –pour retarder le moment du coucher. Il s'assoit dans le canapé. Alexia monte dans la salle de bains. Quand elle revient au salon, habillée en tenue décontractée –short et t-shirt–, elle lui demande une relation sexuelle.

Jonathann rapporte: «Je savais que ça allait finir en dispute. Parce que ce problème d'érection, je l'avais depuis un moment et je savais que je ne pourrais pas... accomplir l'acte. C'était humiliant.» Alexia «se fâche». Les reproches se mettent à pleuvoir. Elle lui reproche de ne plus la désirer. Elle lui reproche de ne plus avoir envie d'elle. Elle lui reproche de ne pas s'être occupé d'elle à la soirée, elle lui dit: «Tu préfères servir les autres plutôt que moi.»

Jonathann décide de faire ce qu'il fait à chaque fois, quand il sent le conflit monter: quitter la maison; partir en voiture, ou à pied, pour se réfugier chez sa sœur qui habite à côté. Ce soir-là, il attrape les clés de la voiture.

Alexia tente de les lui prendre des mains. Elle s'énerve: «T'as pas à partir, en plus t'as bu!» Elle aussi connaît cette mauvaise habitude. Elle ordonne: «Arrête de fuir, faut que t'affrontes!» Ils se poussent l'un l'autre dans le couloir. Jonathann tente de passer. Alexia réussit à se saisir des clés. Cette fois, Jonathann la plaque violemment contre le mur.

«Quand on étrangle quelqu'un comme ça, c'est pour donner la mort»

Tandis qu'il la tient pour récupérer le trousseau de clés, Alexia le mord à l'intérieur du coude.

Il dit que cette morsure l'a mis hors de lui. Qu'il a «pété un câble». À la cour, Jonathann explique: «J'avais jamais ressenti cette douleur-là, physiquement ou psychologiquement. C'était l'accumulation de toutes ces choses.» «C'est une fureur qu'il avait probablement en lui», indiquera à son tour l'expert psychologue Tony Arpin.

Il lui assène des coups au visage. Entre cinq et dix, selon les médecins légistes. Lui n'a pas compté. Avant ça, il n'avait jamais donné de coups «à qui que ce soit». Il a eu du mal à admettre qu'il ait pu y avoir une première fois. Il n'a pas su s'arrêter, dit-il, à cause de «toutes ces années qui sont remontées et des mots qui continuaient malgré tout à sortir». Il voulait qu'elle se taise. Il a saisi Alexia par le cou, et a serré.

Le président lui fait remarquer: «Vous avez dit “pour se taire”. Donc se taire à jamais.»

Jonathann Daval ne pleure pas. Il hoche la tête: «Quand on étrangle quelqu'un comme ça, c'est pour donner la mort.»

Il n'a pas senti qu'elle perdait connaissance. Alexia était contre la rambarde, il la tenait. Quand le corps s'est affaissé, quand il a senti ce poids tomber, il l'a lâchée. Elle s'est écroulée dans les escaliers. Tout le reste n'est que panique.

Au petit matin, il a pris la décision de se «débarrasser du corps».

«Il accumule tellement qu'il finit par exploser»

Fin août 2019, le docteur Canterino est le dernier expert à rencontrer Jonathann Daval à la maison d'arrêt de Dijon. Face à la cour, le psychiatre rappelle brièvement l'enfance de l'accusé, la perte de son père, ses rites hygiénistes, et les portes que l'on vérifie bien fermées. Il souligne: «Les TOC sont des troubles importants. On est dans la pathologie psychiatrique.» Il raconte cette anecdote d'un patient dont le TOC était devenu «si envahissant qu'il fallait qu'il vérifie tous les arbres de la forêt en les touchant tous». L'homme a fini en hôpital psychiatrique. «Si on le laissait faire, il mourrait», précise le psychiatre.

Pour Jonathann Daval, les TOC apparus à la puberté ont «évolué vers une névrose nette». Le docteur Canterino parle du refoulement de l'agressivité chez les obsessionnels. Il lâche du ton de l'évidence: «C'est dans tous les livres!» avant de préciser, à propos de Jonathann Daval: «Il présente l'image d'un homme juste, droit, pondéré, ce qu'il est. Mais aussi un trop grand refoulement, ce qui a causé l'agressivité des faits.» L'expert insiste: «Il accumule tellement qu'il finit par exploser, et ça c'est typique de l'obsessionnel.» Enfin, il conclut, en une phrase: «Pas de dangerosité psychiatrique, nécessité d'une injonction de soins.»

Jonathann Daval a enfilé les baskets aux pieds de sa femme. Il a attrapé la bombe inflammable et un briquet. Sur la route, il a tourné au premier embranchement, s'est enfoncé avec le Citroën Nemo dans la forêt. En apprenant qu'un drap recouvrait le corps de sa fille Alexia, Isabelle Fouillot a pensé: «Quand on cache une personne avec un drap, c'est qu'on ne veut pas la voir. On regrette.» Jonathann Daval, lui, dira: «[C'était] pour ne pas qu'elle ait froid.»

Le docteur Canterino déclare: «Monsieur Daval, pour moi, ce n'est pas un manipulateur: il répond aux questions.»

«Ce qu'il raconte de sa vie conjugale évoque quand même pas beaucoup la toute-puissance»

Le président demande à Jonathann Daval:

Pourquoi ça a été aussi difficile à admettre, de l'avoir brûlée?
– Je voulais oublier. Mettre ces choses-là de côté. Mettre le feu à un corps, c'est pour effacer les traces, de toute façon.

Au docteur Canterino, l'avocat général oppose les conclusions de l'autre expert psychiatre, le docteur Carpentier. Qu'en est-il de la «toute-puissance» et de la «dangerosité criminologique» de Jonathann Daval relevées lors de son entretien? Sur l'écran de visioconférence, le docteur Canterino ouvre grand les yeux: «Non. Je ne vois pas comment on peut dire ça. Comment une personne qui a besoin de vérifier quarante fois si la porte est bien fermée pourrait être dans la toute-puissance? C'est quelqu'un qui n'est fondamentalement pas sûr de lui.» Sur l'écran de visioconférence, il hausse les sourcils: «Ce qu'il raconte de sa vie conjugale évoque quand même pas beaucoup la toute-puissance...»

Le docteur Canterino raille: il a le temps de «répéter six fois les choses» à la cour, cela ne lui pose pas de souci, il est à la retraite. Alors, il répète: «C'est pas une opinion personnelle, c'est pas une philosophie. Les TOC, c'est une pathologie psychiatrique.»

Emmener un corps dans la forêt, mettre le feu, effacer les traces. L'expert explique: «[Jonathann Daval] est toujours en train de faire le ménage, au propre comme au figuré.» La marche blanche, les dîners chez ses beaux-parents, le complot familial. «Il y avait une agressivité refoulée qui a explosé. Et puis après, comme il est toujours obsessionnel, il y a une tentative dérisoire de refouler à nouveau ce qui s'est passé.» Levant les bras au ciel, l'expert ajoute: «C'est vraiment maladif, hein! D'un point de vue psychiatrique, il vaut mieux être hystérique, je vous assure. C'est plus bruyant et spectaculaire, mais c'est moins problématique!»

Pour lui, si Jonathann Daval est un obsessionnel, il est aussi un meurtrier, avec tous les réflexes irrationnels que cela comporte: «Il ne faut pas oublier le désir d'échapper à la sanction judiciaire.»

«Si tu embêtes un faible, tu risques un coup de couteau»

Les familles Fouillot et Gay, parties civiles, attendent d'autres réponses. Être désolé, «c'est si peu», déplore la mère d'Alexia. Elles attendent «mieux» de Jonathann.

À la barre, Isabelle Fouillot lui demande pourquoi ne pas être venu lui dire que leur couple n'allait pas. Ils étaient là pour tous les deux, de toute façon. Elle le supplie: «S'il te plaît, lâche-toi» avant de l'avertir: «Tu sais qu'aujourd'hui, c'est la dernière fois qu'on se voit Jonathann? C'est la dernière fois qu'on discute.» Elle veut comprendre. Elle affirme que ça ne veut rien dire, «éviter le conflit». Quel couple ne se dispute pas? Elle ne peut pas concevoir qu'on peut mourir pour quelques mots.

En réalité, la mère d'Alexia ne sait pas si elle peut encore croire Jonathann. Elle le reconnaît: «Chaque fois ce sont des mensonges. La vérité, je voudrais l'entendre. Mais j'espère que je pourrai le croire.»

Isabelle fixe Jonathann dans le box des accusés. Alexia voulait-elle divorcer? Est-ce donc ça, qu'il n'aurait pas supporté? Jonathann secoue la tête, la penche légèrement sur le côté. Il lui dit: «C'est une dispute Isabelle, faut le croire. C'est une dispute.» Isabelle ne renonce pas: «Je ne sais pas ce qu'elle a pu te dire, si c'est juste “T'es pas un homme”... C'est vrai que t'es pas un homme.» Jonathann acquiesce.

L'expert psychiatre Canterino, quant à lui, insiste: «Un couple incapable de se séparer et de vivre ensemble, ça c'est très dangereux. Parce qu'on ne peut pas s'échapper, donc il va y avoir une montée de l'agressivité.»

Jonathann Daval admet qu'ils ne parlaient pas de leurs problèmes de couple. Ils n'en parlaient pas car il réussissait toujours à fuir. «Qu'est-ce qui a changé ce soir-là?» s'enquiert l'avocat général. «Elle m'a retenu», répond l'accusé.

Plus tard, quand on lui posera la question: «Qu'est-ce que vous voyez, comme verdict?», Jonathann Daval haussera les épaules: «Peu importe, faut que je paye pour ce que j'ai commis.»

Le docteur Canterino cite un adage italien, qu'il traduit à la cour: «Si tu embêtes un costaud, tu risques un coup de poing. Si tu embêtes un faible, tu risques un coup de couteau.»

«S'il y a eu relation sexuelle avec éjaculation in situ, il peut rester du sperme au moment du décès»

Les avocats des parties civiles, Me Portejoie et Me Richard, insistent: comment expliquer l'ovule gynécologique retrouvé dans le vagin d'Alexia Daval? Comment une femme pourrait demander un rapport sexuel habillée en simple short et t-shirt? Pourquoi retrouve-t-on du sperme au fond de son vagin, et des traces de médicaments, du Tétrazépam, du Zolpidem, du Stilnox, dans son sang et ses cheveux? N'y aurait-il pas eu viol post-mortem? N'y aurait-il pas eu un empoisonnement des mois durant, une soumission chimique, pour déjà, faire taire la victime?

À propos du viol post-mortem, le médecin légiste répond: «Non seulement je n'ai pas de preuve, mais je n'ai pas d'arguments positifs en faveur de ceci.» Il parle de «résidus», sans pouvoir déterminer s'il s'agit d'ovule gynécologique ou de glaires. Il ne peut pas non plus en connaître la date. Jonathann Daval a indiqué avoir eu un rapport sexuel avec Alexia deux jours avant le meurtre. «S'il y a eu relation sexuelle avec éjaculation in situ, il peut rester du sperme au moment du décès, dans la nuit de vendredi à samedi», observe l'expert légiste.

À propos des médicaments, il note dans son dernier rapport: «Les produits en question apparaissent dans leur ensemble conformes aux différentes pathologies et problématiques médicales déjà décrites par les époux Daval» puis, plus loin: «Surtout, il n'est mis en évidence dans la liste en question aucun produit dont la présence puisse apparaître surprenante, inadaptée ou incohérente, au vu des dossiers médicaux susvisés.»

La dernière version de Jonathann Daval, celle mise à l'épreuve lors de la reconstitution, est «parfaitement cohérente» avec les constatations médico-légales et celles des gendarmes. Ainsi, le dossier d'instruction s'est refermé jusqu'au procès en novembre 2020.

***

Les lieutenants pénitentiaires sont rarement cités à la cour d'assises. Christophe M. s'occupe du quartier isolement à la maison d'arrêt de Dijon. Il connaît Jonathann Daval depuis son arrivée, il y a trois ans. Il explique les trois raisons pouvant conduire à placer un détenu à l'isolement: à la demande du magistrat instructeur, à la demande du détenu, ou par mesure de sécurité. «Pour monsieur Daval, c'est par rapport à la médiatisation», indique Christophe M. Ce n'est pas une mesure de sanction, précise-t-il. Au départ, il s'agissait d'une demande du magistrat instructeur. C'est, aujourd'hui, une mesure de sécurité.

«Son affaire passe souvent à la télévision», rapporte le lieutenant pénitentiaire. Après chaque émission, «il est victime d'insultes de la part des autres détenus». Les cris passent de fenêtre en fenêtre. Les injures s'infiltrent sous les portes. «Le quartier disciplinaire est à côté, et il y a des échos également», expose Christophe M.

Jonathann Daval est seul dans sa cellule. Au début, il allait en promenade pour la cabine téléphonique. Depuis, ils ont mis une cabine à l'intérieur: «Il peut plus facilement parler à sa famille.» Le lieutenant admet qu'il «tranche un peu avec le reste de la population pénale». En prison, Jonathann Daval lit, fait du vélo, nettoie sa cellule: «Sa cellule est propre, rangée. Son lit fait. Ce qui est plutôt agréable. Il est patient, ne demande pas beaucoup de choses. Il demande poliment à chaque fois: pour avoir son pécule, son parloir...»

«Il a eu des moments plus bas que d'autres. Trois ans, c'est long», témoigne le lieutenant pénitentiaire. L'accusé a fait deux séjours à l'unité de soins psychiatriques. La psychologue qui le suit en détention dit que son patient «adhère aux soins et s'implique». Il n'a jamais demandé à consulter son dossier.

«On en devient beubeu, à poser des questions à Happy en espérant des réponses!»

À la barre, Isabelle Fouillot s'adresse directement à Jonathann Daval: «J'aimerais qu'aujourd'hui, une fois dans ta vie, tu sois un homme [...] si tu veux sortir grandi de cette histoire, si tu veux pouvoir te regarder dans une glace. Je ne sais pas si Alexia te manque, peut-être que pour toi, c'est loin. Happy [le chat du couple, ndlr] est avec nous, elle va bien. Voilà où mène le mensonge: à la destruction.»

Isabelle et Jean-Pierre Fouillot ont fermé leur bar, puis l'ont vendu. «C'était trop difficile», confie le père d'Alexia. Depuis son décès, «nous sommes passés en feu de guerre, cette lumière sur les chars qui nous permettent d'avancer dans l'ombre». Il ne leur reste que ça, révèle-t-il, un combat pour la vérité, pour quelque chose dont ils ne sont pas responsables. Pour prouver qu'Alexia, leur fille, est une bonne personne.

Face aux jurés, il s'emporte: «Est-ce une femme forte? Dominante? Castratrice? J'en perds mon latin. Médicaments? Pas médicaments? Tout n'est que supposition. Pourquoi, Jonathann? Pour une dispute? Pour un refus de rapport sexuel? Parce qu'elle voulait te quitter?» Isabelle poursuit, en direction du box des accusés: «On ne tue pas gratuitement, n'est-ce pas Jonathann? On ne tue pas pour une petite griffure, pour une morsure. Il faut une raison.»

«Happy était-elle là? A-t-elle tout vu? Est-ce qu'elle t'a regardé faire? On en devient beubeu, moi et mon épouse, à poser des questions à Happy en espérant des réponses!», pleure Jean-Pierre Fouillot.

Il est difficile d'admettre qu'un si petit homme ait pu causer tant de chagrin. Qu'une tragédie aussi immense que la perte d'un enfant ne connaisse de grande vérité.

Isabelle Fouillot a deux hypothèses. Au président de la cour, elle demande si elle peut les exposer. Elle se tourne ensuite vers Jonathann: «Je pense qu'elle en avait marre. Elle voulait un enfant et elle voyait que tu ne t'impliquais pas. La seule fin quand ça ne va pas, c'est le divorce. Tu ne voulais pas en entendre parler. Tu perdais tout. Tu perdais elle, et tu nous perdais nous.» Puis, elle livre sa seconde hypothèse: «L'enfant, c'est toi. Ça se voit dans ton comportement. Tu ne pouvais pas t'occuper d'un enfant. Tu étais le veuf éploré et on te gardait auprès de nous, comme notre fils.»

Jonathann Daval ne répond pas. Il baisse les yeux.

À la fin de sa déposition, Stéphanie Gay, la sœur d'Alexia, avait un message à faire passer à la cour. Il était de la part de son fils: «Elle s'appelle pas Alexia Daval. Dis-leur maman, qu'elle s'appelle Alexia Fouillot.»

Le samedi 21 novembre 2020, après deux heures de délibéré, les jurés de la cour d'assises de la Haute-Saône ont condamné Jonathann Daval à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme.

Au cimetière de Gray, en Haute-Saône, la stèle de la tombe a été changée. Au-dessus des fleurs et du portrait d'une jeune femme blonde aux lunetttes foncées, on peut désormais lire: «Alexia Fouillot, 1988-2017».

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