Société

Meurtre d’Eva Bourseau: «Comment la personne que je connais a pu en arriver là?»

Temps de lecture : 14 min

[38, rue Merly - Épisode 5] Personne n'aurait jamais imaginé voir ces vies basculer. Les proches des deux meurtriers, famille et amis, cherchent dans leurs souvenirs un début d'explication.

Illustration Mathilde Aubier pour Slate.fr
Illustration Mathilde Aubier pour Slate.fr

Le 10 décembre 2018 s'est ouvert à la cour d'assises de Haute-Garonne à Toulouse le procès de Zakariya et Taha, accusés du meurtre d'Eva Bourseau, 23 ans, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2015.

Amélie*, l’amie d’Eva, pose son regard sur les illuminations des quais de la Garonne: «Putain, à quel moment tu te réveilles et tu te dis: “Mon fils a tué une fille et a essayé de la dissoudre dans l’acide?” Qu’est-ce qui se passe?»

À Christophe Bourseau, ses amis répètent: «Tu es courageux.» Est-ce seulement du courage? Il n’a pas le choix. On sent que ça le fatigue, ce courage qu’on lui impute. Car d’une certaine façon, cela sous-entend qu’il est capable de l’encaisser. Et il n’encaisse rien du tout. «Avant, je regardais les émissions d’enquêtes criminelles et je me disais: “Comment font les parents?” Ben j’ai compris. Ils font pas. Ils subissent.»

«C’est ton Zakariya»

Olivier a rencontré Zakariya deux ans avant les faits: «Zakariya a été repéré en terminale. Comme il est brillant et d’un milieu modeste, il a été financé par la fondation de la Dépêche du Midi.» Chaque année, une bourse est délivrée à cinquante bachelières ou bacheliers de la région, renouvelable tous les ans pendant cinq ans. Olivier est son tuteur. «Je me suis engagé à le voir tous les deux mois. Je l’ai rencontré pour la première fois le 20 août 2013, et je m’en souviens très bien. J’ai vu un enfant.» Zakariya a alors 16 ans. Il a un an d’avance.

Août 2015, deux ans que Zakariya est financé par la fondation. Il a 18 ans. Olivier est en vacances quand le visage d’Eva Bourseau fait la une des journaux. Après leur arrestation, les prénoms de Zakariya et Taha sortent dans la presse. Sans aucun nom de famille. «Ma copine me fait: “Toi, avec le bol que t’as, ce mec en maths sup, c’est ton Zakariya.”» Olivier rigole.

«Et un mois plus tard… Putain, elle avait raison.» En septembre 2015, la fondation de La Dépêche du Midi l’appelle pour lui demander s’il a suivi l’actualité: «Je ne voyais pas où ils voulaient en venir. Ils m’annoncent que le meurtre, c’est Zakariya. J’ai demandé: “Mais il a eu un rôle périphérique? Il est témoin?” Ils m’ont répondu: “Ah non, non. Central.”» Au téléphone, la fondation lui annonce que le financement du tutorat s’arrête là. Sur la route qui mène à la maison d’arrêt de Foix, Olivier se souvient: «Je leur ai dit: “Vous arrêtez si vous voulez, mais moi je continue.”»

«Si lui, il a fait un assassinat, n’importe qui peut faire un assassinat. C’est extrêmement flippant.»

Olivier

Il explique: «Quand tu vois Zakariya, en vrai, tu te dis: “Mais c’est quoi cette histoire?” Si lui il a fait un meurtre avec préméditation –c’était un assassinat, à l’époque– si lui, il a fait un assassinat, n’importe qui peut faire un assassinat. C’est extrêmement flippant. Tu comprends pas le truc. Donc moi, je voulais comprendre.»

Olivier va le voir tous les quinze jours, le mardi ou le mercredi après-midi. C’est peut-être sa cinquantième visite à Zakariya depuis le début de son incarcération. Finalement, le tuteur l’aura plus souvent vu derrière les barreaux que dehors: «Un jour j’ai dit à Zakarya: “Mais je l’ai pas venu venir, ton truc.” Il m’a répondu: “Moi non plus.”»

«Je suis sa maman»

Au deuxième jour du procès devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, une femme s’avance à la barre sous les lumières tamisées. Elle porte un gilet en laine et une écharpe, une coiffe en laine marron dissimule un petit chignon. Elle décline son identité, marque un temps d’hésitation avant de lâcher son âge, «44 ans». Puis elle dit: «Je suis sa maman.»

La mère de Zakariya s'approche du micro. Cette déposition, elle l’attend et la redoute depuis longtemps: «Zakariya, déjà à neuf mois… J’ai eu plusieurs opérations. J’ai jamais parlé de ça, parce que pour moi, c’était personnel, mais depuis trois ans, j’ai réfléchi à pourquoi, pourquoi c’était arrivé tout ça et...»

Elle reprend un peu de souffle, puis se lance: «À neuf mois, je l’allaitais encore. Et je me suis fait opérer de l’oreille. J’étais pas capable de m’occuper de lui pendant plusieurs mois. J’ai eu trois césariennes par la suite. Pour moi, tout ça, ça n’avait pas de conséquence. À la naissance de son petit frère, j’ai failli rester paralysée, à cause de la péridurale et...»

La mère de Zakariya a cherché le moindre détail, dans son existence à elle, la plus petite déviation, pour expliquer le déraillement de la vie de son fils.

«Lui était là à cette époque-là, il était présent et je pense qu’il comprenait. Il était en CE1. On était encore au Puy-en-Velay. C’est un garçon qui s’adaptait facilement. Il était agréable, il était tout le temps… Dans mes souvenirs, il était très câlin, j’ai pas de souvenir qu’il réclamait des choses.»

«C’est un super garçon»

Elle raconte ses opérations, la période du collège pour Zakariya, où il est devenu un peu turbulent, mais avec qui les profs discutaient beaucoup. Elle raconte aussi les fréquentations de ses enfants –elle était vigilante– dans la cité du Puy-en-Velay, ce voyage en Angleterre offert à son fils et les organisateurs enchantés au retour: «C’est un super garçon!»

Les parents de Zakariya ont décidé de quitter le Puy-en-Velay pour acheter un terrain et faire construire une maison en banlieue de Toulouse, à Saint-Jory. La mère se rappelle de la pièce chauffée au pétrole pendant les travaux et une énième hospitalisation.

«J’ai eu un souci, une infection, on ne sait pas trop. Je suis restée une vingtaine de jours. En sortant de là, je ne pouvais même plus porter 500 grammes. Zakariya était là, il m’aidait énormément. Il me disait: “Maman, ne fais pas les choses. Je les ferai.”»

Dans sa vie d’avant, la mère de Zakariya faisait du bon boulot. Mais son fils avait commis un acte innommable. Son identité à elle aussi en avait été bouleversée: son gamin lui avait toujours donné l’impression d’être une bonne mère et aujourd’hui, elle était celle d’un criminel. Comment expliquer à la cour, et à travers elle, à la société tout entière?

Pendant qu’elle se livre à la barre, la mère de Zakaria se met à pleurer. Sans même s’en rendre compte.

«En détention, je lui dis: “Ton frère est un peu dur avec moi.” Il me dit: “C’est pas grave, maman. Il n’a pas vécu tout ce que tu as vécu avant.”»

Elle pleure, elle pleure, mais l’intensité de sa voix ne faiblit pas: «Même quand je faisais des gâteaux, il m’aidait à les faire pour ses professeurs, ses amis. Il était apprécié de ses professeurs. Ses frères et sœurs, ils n’apportaient jamais un morceau de gâteau, ils avaient trop honte.» Ses mots résonnent. «Lui, il n’avait jamais honte! Il n’avait pas honte de me faire la bise devant ses copains, de me les présenter.»

«Est-ce que c’était du vent?»

Une semaine avant le meurtre d’Eva, Zakariya est invité chez Nicolas, en Aveyron. Nicolas est un copain de première année de classe préparatoire au lycée Pierre de Fermat. À l’internat, Zakariya dormait deux étages en-dessous de celui de Nicolas. Ils ont de suite bien accroché. De temps à autre, le soir, pour relâcher la pression, ils fumaient un joint ensemble. Ils avaient un code pour ça, par SMS: «T’es chaud pour faire un foot?»

Nicolas se souvient encore de leurs discussions. Zakariya savait écouter. On pouvait tout lui dire. Il était intéressant. Nicolas lui parlait des filles; il n’y a qu’avec lui qu’il le faisait.

Quand Zakariya a arrêté la prépa au bout de sa première année pour se réinscrire en fac de maths à l’Université Paul Sabatier, Nicolas et lui ont continué à se voir. Zakariya l’appelait, et ils se retrouvaient à côté de Fermat avant que les portes ne ferment, vers 22 heures.

«C’est toi qui es bon en chimie? Parce que je veux monter un laboratoire de produits.»

Taha à Nicolas

Nicolas savait que Zakariya s’était mis à dealer. Un soir, il l’a vu avec Taha. Taha venait de recevoir un colis de cocaïne via le darknet, il lui a montré. Il n’était gêné de rien. Il lui a demandé: «C’est toi qui es bon en chimie?» Sur le coup, Nicolas s’est senti flatté par la question. Il s’apprêtait à passer ses concours. Alors Taha a enchaîné: «Parce que je veux monter un laboratoire de produits.» Nicolas a refusé net. Il n’a pas eu l’impression d’une blague.

Quand il découvre l’affaire, par un lien vers un article qu’on lui a envoyé, Nicolas ne percute pas de suite. Il y est fait mention d’un élève en prépa à Fermat. Il tente de se rassurer, se dit que ça ne peut pas être Zak: il n’est plus à Fermat. Mais le souvenir du trafic lui reste en tête.

«Quand il est reparti d’Aveyron, avant de l’emmener à la gare, je lui ai dit que s’il voulait revenir le week-end prochain, y'avait pas de souci. Il a même laissé des affaires à la maison. Il pensait revenir.»

Zakariya avait promis d’appeler Nicolas le jour de ses résultats de concours. Il ne le fait pas. En lisant la presse, Nicolas l’appelle –en vain. «Je n’ai plus eu de nouvelles du tout.» Les deux prénoms des meurtriers présumés d’Eva Bourseau tombent. Nicolas n’a plus de doute.

«J’ai dû faire quasiment deux nuits blanches coup sur coup. Comment? Comment la personne que je connais, qui n’aurait jamais fait de mal à qui que ce soit et qui jouait la veille au trampoline avec mon petit frère de 10 ans, avait pu en arriver là? Ça a été une vraie claque.»

Nicolas se repasse son histoire avec Zakaryia. «J’ai passé une soirée à… J’ai été m’isoler et j’ai fondu en larmes. Je me suis demandé si en fait, je le connaissais vraiment. Un sentiment de trahison, ou quelque chose qui s’en rapproche. Le choc de ce qu’il avait fait. Notre amitié était peut-être basée sur quelque chose de faux. Est-ce que c’était du vent, basé sur des mensonges?»

«Il m’appelait Tatie!»

À la barre, la mère de Zakariya raconte: «Il a toujours ramené ses copains à la maison. Il me les présentait, me demandait ce que j’en pensais. Un jour, il m’a présenté Taha. J’ai discuté avec Taha. Moi, je ne connais pas trop les études, je n’ai qu’un CAP, il était en troisième année je crois... Petit à petit, il venait manger à la maison, discuter.» Le père de Zakariya lui souhaite la bienvenue, se souvient d’un garçon rassurant, sans vice apparent. Un enfant de bonne famille.

Walid*, un ancien ami de Taha, l’a connu durant cinq ans au lycée et en classe préparatoire au Maroc, avant de poursuivre lui-même ses études en France. Il explique: «Mrani Alaoui –c’est son nom de famille–, c’est une famille considérée comme assez noble au Maroc. Le roi s’appelle Mohamed Alaoui. Ils sont dans la lignée royale, mais ne font pas partie de la famille royale.»

La mère de Zakariya se souvient: «Il m’appelait Tatie!» Un long silence, puis elle poursuit: «Chez nous, Tatie, ça veut dire beaucoup de choses. Ça veut dire qu’on fait partie de la famille. Je lui préparais des couscous, des pastillas, des gâteaux. Une fois, on était en train de manger un tajine sur la terrasse, Taha m’a dit: “Je comprends pas tous ces délinquants, tous ces jeunes qui font n’importe quoi. Si nous on valide pas nos études, on est renvoyé au Maroc.”»

Elle, assistante maternelle, et son mari, le père de Zakariya, ouvrier, voient d’un bon œil cette nouvelle fréquentation de leur fils. Ce nouvel ami se révèle être un garçon brillant, fort en maths, de trois ans l’aîné, issu d’une famille réputée au Maroc.

«Au début, j’ai cru qu’il était innocent. Je lui ai envoyé un message de soutien. Je croyais à sa version du Chinois. Quand ils ont avancé sur l’enquête, je me suis rendu compte de ma connerie.»

Walid

Walid se souvient: «On avait les mêmes délires. On jouait à DOFUS, un MMORPG pas violent ni rien, quand on était en troisième. Il était parfaitement normal, voire même surdoué.»

Un jour, il rentre de vacances et apprend qu’un ancien élève de son lycée Elbilia, à Casablanca, est impliqué dans l’affaire à Toulouse: «Je me suis dit: “Wow, c’est fou” et “Bah, c’est un taré qui a été dans mon école, c’est tout.” Et puis j’ai vu un reportage sur BFM et là, j’ai vu sa photo apparaître. Franchement, j’ai été choqué. Au début, j’ai cru qu’il était innocent. Je lui ai envoyé un message de soutien. Je croyais à sa version du Chinois. Quand ils ont avancé sur l’enquête, je me suis rendu compte de ma connerie. Je l’ai bloqué sur Facebook, parce que je ne voulais pas que des enquêteurs voient que je lui envoie un message d’encouragement dans cette épreuve, alors que voilà… Je te jure, je comprends pas que Taha ait pu faire ça. Ça me parait tellement inhumain.»

Walid y pense souvent: «Le coup de l’acide, je m’en remets pas. Pendant une semaine, ils sont revenus voir le corps se décomposer. Ce niveau d’atrocité est irréel. Ça colle pas.» Il a refusé d’être cité comme témoin par la défense, par respect pour la famille d’Eva Bourseau.

Il a lu tous les articles sur l’affaire, à la recherche d’un début d’explication: «Ça colle pas. C’était vraiment un mec doux. Il était vraiment timide, il ne regardait pas les professeurs dans les yeux. En seconde, c’était la mode de la tektonik et il dansait ça, tu vois. C’est pas du tout le profil des “Faites entrer l’accusé”. Taha, c’était pas possible. Il a grandi dans une famille qui lui a tout donné.»

«Taha vient avec toi?»

Le père de Taha, journaliste, confirme à l’enquêtrice de personnalité: «On a tout investi.» Sa mère a quitté son travail –elle était chef de laboratoire– pour se consacrer entièrement à ses enfants. «Elle était douce et attentive au moindre détail. Elle choisissait la musique, les histoires à nous faire lire, depuis sa grossesse», dit la grande sœur de Taha. Elle est devenue ingénieure en génie civil.

Depuis son arrestation, la famille de Taha n’est jamais venue le voir en France. Ils ne lui payent pas d’avocat: Me Pierre Alfort et Me Edouard Martial ont accepté l’aide juridictionnelle.

Il n’aurait jamais dû se retrouver dans un box des accusés.

Un jour, Zakariya confie à sa mère que Taha est tout seul pour les fêtes de fin d’année. Elle lui propose de l’inviter chez les grands-parents, à Agen, pour fêter le réveillon de la Saint-Sylvestre.

«À chaque fois que Zakariya m’appelait, je ne sais pas pourquoi je demandais ça: “Taha vient avec toi?” et puis il rentrait avec lui. Je lui avais dit, je cuisine pour deux, pour neuf, c’est la même chose! Pour moi, c’était un enfant, je m’occupe d’enfants.»

Aux jurés, elle explique qu’un jour, elle avait lavé le linge de Taha et qu’à partir de là, elle n’avait plus cessé de le faire. Le soir du 5 août, quand la police a arrêté Zakariya à la maison, elle avait encore plein d’affaires de Taha chez elle –propres.

C’est une phrase qui revient sans cesse: «Les parents de Zakariya sont des gens formidables.» Me Jonathan Bomstain le reconnaît: dès le début, il a eu envie de se battre pour eux. Les parents de Zakariya ont donné et donneraient encore tout à leur fils. Même couverts par la honte, le désespoir et l'angoisse paralysante, ils souhaitent lui offrir la meilleure chance.

Au cours de l'instruction, ils font appel au plus grand avocat de Toulouse, Me Georges Catala. L’année du procès coïncide avec sa cinquantième année de barreau. Son vocabulaire est joliment suranné –«PTT», «Chichon», «K7 VHS»– mais de son expérience, il sait que la jeunesse perdue fera toujours partie de l’humanité.

«Est-on aveugles à ce point?»

La mère de Nicolas, qui a accueilli Zakariya en Aveyron une semaine avant le meurtre d’Eva, appelle son fils. Elle vient de voir le reportage de «66 minutes» à la télé. Elle a entendu le prénom de Zakariya: «Mais ça peut pas être Zak? Ça peut pas être lui?» Nicolas répond que si. «Elle a commencé à m’engueuler au téléphone. Je lui ai raccroché au nez pour la première fois de ma vie. Elle m’a rappelé, en s’excusant. Je lui ai dit que j’étais au courant pour le trafic.»

L’autre frère de Nicolas, plus jeune de trois ans, l’appelle à son tour le lendemain: «Rappelle maman. Il faut que tu la calmes, elle est en train de retourner la chambre pour voir si Zak a pas caché de la drogue ici.»

Deux enquêteurs se rendent chez Nicolas, dans l’Aveyron: «Après le premier interrogatoire, j’en ai eu un second. J’en suis venu à expliquer à ma mère. Elle avait déjà tiré sur un joint quand elle était plus jeune, mais ça ne lui avait pas plu et elle avait arrêté. Elle m’a demandé ce que ça faisait, la différence entre l’alcool et le cannabis. J’ai eu ce genre de discussions. Mais c’était pas méchant. C’était pour comprendre ce qui m’avait attiré là-dedans. Pourquoi j’avais franchi le pas.»

À quel point connaît-on ses propres enfants? Nicolas n’est pas le seul. Maud et Amélie, les grandes amies d’Eva, avoueront elles aussi leur consommation de drogue à leurs mères. C’est l'une des conséquences de la tragédie: terrorisés, les parents parlent avec leurs enfants.

À la barre, les amis d’Eva ou de Zakariya –aucun proche de Taha n’a voulu être cité comme témoin– se succèdent avec la liste des stupéfiants déjà pris en soirée: MDMA, ecstasy, champignons hallucinogènes, cocaïne, voire morphine, LSD et kétamine. Des étudiants en médecine, en droit, des infirmières et des futurs ingénieurs. Tous décrivent avec plus ou moins de bonne volonté les effets à court terme, leur durée, les couleurs qui changent, la joie ressentie, les comportements tactiles, les portes de la conscience qui s’ouvrent, «l’âme qui se dissocie du corps».

Me Édouard Martial, l’avocat de Taha, s’emportera auprès d’une témoin: «Mille dieux, mais dites-nous pourquoi vous prenez ces saloperies? Vous êtes dans un univers qu’on essaye de comprendre. Est-on aveugles à ce point?»

«Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Pourtant, j’ai toujours fait attention.»

La mère de Zakariya

Devant la cour, le père de Zakariya, digne et grave, éclatera en sanglots: «On n’a rien vu. On n’a rien vu!» À sa droite, assis à côté de son avocate Me Dhuiege, le père d’Eva baissera la tête et pleurera.

Un peu plus tôt, la mère de Zakariya se cramponnait au pupitre des témoins, la voix presque suppliante: «Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Pourtant, j’ai toujours fait attention.»

Devant la cour d’assises, Olivier, le tuteur de Zakariya, rappellera ses propos tenus à l’époque à l’enquêtrice de personnalité, au sujet de la prépa du prestigieux lycée Pierre de Fermat: «J’ai dit que Zakariya n’avait pas les anticorps...»

Il voudrait ajouter quelque chose: «... mais je pense que nous non plus, on avait pas les anticorps.»

* Les prénoms ont été changés.

Élise Costa Chroniqueuse judiciaire

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