Égalités / Monde

«La directrice de la douane a commencé à me gueuler dessus»

Temps de lecture : 2 min

Pour récupérer le colis contenant ses pilules abortives, Magda a dû envoyer une mise en demeure à la douane.

Magda, 37 ans, a avorté deux fois: la première en clinique et la seconde de façon médicamenteuse. | Kamila Stepien
Magda, 37 ans, a avorté deux fois: la première en clinique et la seconde de façon médicamenteuse. | Kamila Stepien

Notre série «En Pologne, l'impossible IVG» raconte les histoires de quatre femmes polonaises confrontées à l'avortement dans leur pays, où un projet de loi menace de restreindre davantage l'accès à l'IVG, déjà difficile.

Elle arrive en baskets, avec un jean déchiré et des yeux légèrement maquillés. L’air décontracté, à l’aise dans ses vêtements amples et la clope au bec.

Magda, 37 ans, travaille dans le secteur de la musique à Varsovie, et sur bien des points, sa vie n’est pas très différente de n’importe quelle Parisienne branchée évoluant dans le milieu de la culture.

Ajoutez à cela un caractère bien trempé –«Je suis une femme indépendante, je fais ce que je veux, quand je sens qu'une chose n'est pas bonne, je ne le fais pas»– et vous aurez les ingrédients pour comprendre pourquoi être mère à 22 ans n’était pas du tout son truc.

«J'étais étudiante en relations internationales. C'était mon copain, mais c'était la fin de notre relation. C'était évident pour moi. Je n'ai jamais regretté.» Point barre. Rien d’anormal pour celle qui vit entourée d’électrons libres: «Plusieurs de mes amies l'avaient déjà fait.»

C’était il y a quinze ans –autrement dit, dans un autre monde. À l’époque, l’avortement était certes illégal (sauf exceptions), mais la situation politique beaucoup moins tendue qu’après le retour au pouvoir en 2015 de Droit et justice (PiS), un parti très conservateur fleurtant avec les idées d'extrême droite.

Quand Magda a avorté pour la deuxième fois, il y a deux ans, elle a senti le vent du changement. Au lieu de passer par une clinique, elle décide de commander des pilules abortives sur le web, comme nombre d’autres femmes polonaises.

Le paquet reste bloqué à la douane: «J'attendais, j'attendais, mais le paquet ne venait pas. J'ai compris qu'il y avait un problème, alors je suis allée là-bas avec ma voiture, et j'ai cherché quelqu'un qui pouvait me renseigner. J’ai été mise en relation avec la directrice de la douane, et elle a commencé à me gueuler dessus. Elle m'a dit qu'elle savait ce que c'était. Elle m’a menacé en me disant que la police allait arriver.»

La douane polonaise n’a théoriquement pas le droit de retenir des colis. Une organisation aide Magda à lui écrire une lettre, assortie d’une mise en demeure. Le colis va finalement arriver, après des jours de frayeur et plusieurs tentatives de Magda pour en obtenir par d’autres biais: «J’avais contacté tous mes amis de tous les pays et j'étais sur le point d'aller à Berlin», raconte-t-elle.

Magda s’est sentie «soulagée», mais elle demeure inquiète pour ses amies et elle-même. Elle craint que l’avortement ne devienne encore plus difficile encore en Pologne sous le gouvernement actuel.

Si le projet de loi des conservateurs venait à passer, l’avortement deviendrait illégal, même en cas de malformation du fœtus. Ce qui terrifie Magda, dont une amie a donné naissance à un enfant atteint de microcéphalie (une boîte crânienne plus petite, qui occasionne un déficit cognitif).

«Tout le monde s'occupe de ton enfant quand tu es enceinte, mais dès qu'il est né, plus personne en a rien à faire. Mon amie a gâché sa vie», déplore-t-elle. Si la loi passe, elle ira à l’étranger. Mais elle veut encore croire que la société civile sera capable de résister.

Aude Lorriaux Journaliste

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