Égalités / Santé

«J’ai senti que je tombais enceinte. Ça a été un stress immédiat»

Temps de lecture : 3 min

Sur le web, Gosia a trouvé une communauté de femmes solidaires pour l’aider à avorter illégalement.

Gosia, une Polonaise qui a avorté clandestinement, sur le toit d’un bâtiment à Varsovie. | Kamila Stepien
Gosia, une Polonaise qui a avorté clandestinement, sur le toit d’un bâtiment à Varsovie. | Kamila Stepien

Notre série «En Pologne, l'impossible IVG» raconte les histoires de quatre femmes polonaises confrontées à l'avortement dans leur pays, où un projet de loi menace de restreindre davantage l'accès à l'IVG, déjà difficile.

C’était une interview sous le soleil et dans le vent, avec tout autour, la ville de Varsovie s’étendant à perte de vue. Sur le toit de l’immeuble où nous retrouvons Gosia, on aperçoit une grande tour avec une horloge: le palais de la culture et des sciences, un cadeau de Staline à la Pologne, que les Varsoviens n’apprécient guère. En face, un immeuble Novotel, symbole d’une autre mainmise.

Sur le toit de l’immeuble, on discute liberté. Celle de cette jeune femme, âgée de 28 ans, dirigeante d'une entreprise qu’elle possède, voyageuse, amoureuse, «ouverte d’esprit» selon ses propres mots, et qui a refusé qu’on lui dicte son destin. Dans une relation à distance avec son petit ami depuis un an, Gosia est tombée enceinte en février. «J’ai su tout de suite que je ne voulais pas d’enfant, ce n’était pas le bon moment», explique-t-elle, ajoutant que cette nouvelle l’avait tout de suite «stressée».

Alors comme d’autres jeunes femmes, Gosia compulse son copain internet. À deux, ils écrivent des dizaines de mails à des amis, des connaissances et des organisations féministes, à la recherche d’informations. Elle tombe sur un forum, celui des «Femmes sur le web» (Women on web, en anglais), qui aide les infortunées à se débarrasser de leurs fœtus non désirés. La plateforme a été créée par une ONG néerlandaise en 2013 et fournit informations et conseils aux femmes qui souhaitent avorter par voie médicamenteuse dans les pays où l’IVG n’est pas accessible.

C’est là qu’elle trouve l’aide la plus efficace. À quatre semaines de grossesse, il ne faut pas tarder. Sur les conseils des militantes, Gosia commande en Inde les fameuses pilules abortives. Deux longues semaines d’attente s’écoulent encore, que la cheffe d’entreprise passe à lire en long et en large les informations du forum, pour anticiper au maximum cette délicate opération qu’elle va devoir affronter sans accompagnement médical.

Gosia a 28 ans, pas d’enfant, et se dit «très ouverte d'esprit». | Kamila Stepien

L’avortement se passe sans encombre. Entre-temps, Gosia a tellement appris sur l’avortement illégal qu’elle est devenue une sorte d’«experte», dit-elle. Elle décide de mettre à profit ses connaissances pour d’autres femmes. «Ces filles m'ont aidée alors aujourd'hui c'est un plaisir de pouvoir les aider. Ce n'est pas difficile pour moi, je le fais d'une manière très technique, sans juger. C'est une grande communauté où toutes les femmes sont magnifiques», déclare-t-elle à propos de Women on web. À ces mots, son visage s’illumine: «J'ai été impressionnée par les femmes de ce réseau, à la fois par la vitesse de leurs réponses et leurs connaissances. Ce serait bien que les organisations pro-life soient autant au taquet pour aider les femmes qui ont des enfants handicapés que Women on web pour aider les femmes qui veulent avorter».

En Pologne, l’avortement est encore très mal vu par une grande partie de la population. La chanteuse pop Natalia Przybysz, qui a osé raconter publiquement son avortement clandestin, a déclenché une vague de haine à son encontre. Ses concerts ont été annulés, elle a reçu des tombereaux d’injures sur les réseaux sociaux et a été traitée de «criminelle» par des députés polonais. «Beaucoup de femmes ont des familles qui ne comprennent pas et des médecins qui les font culpabiliser», renchérit Gosia. Dans ce contexte difficile, Women on web leur apporte le soutien qu’elles ne trouvent pas dans leur entourage.

Que changera la proposition de loi, qui veut supprimer l’un des trois seuls critères autorisant l’avortement, en cas de malformation du fœtus? Elle n’effraie pas Gosia, qui déambule pieds nus, fluide et sans peur, sur le toit de son immeuble: «Ça ne sert à rien d'interdire, car les femmes avortent de toute façon. Et même si cela devenait légal, les femmes n’en n'abuseraient pas. J'aimerais bien que tout le monde sache que ça n'est pas aussi facile que d'aller s'acheter un sac à main».

Aude Lorriaux Journaliste

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