Santé

À chaque profil son type de psy

Temps de lecture : 4 min

[Épisode 7] Les modes de prise en charge sont multiples, variés, chacun correspondant à des besoins bien spécifiques.

Même les patient·es qui consultent ne sont pas toujours au clair avec ces différentes catégories de métier. | Milan Dobrić via Unsplash
Même les patient·es qui consultent ne sont pas toujours au clair avec ces différentes catégories de métier. | Milan Dobrić via Unsplash

Derrière l'étiquette «psy» se cachent en réalité différentes écoles et professions. De la psychiatrie à la psychothérapie en passant par leurs sous-genres, les patient·es ont la possibilité d'être pris·es en charge par un éventail très large de praticiennes et praticiens, chacun avec des spécificités, qualités et défauts.

Dans son essai Pop & Psy, le psychiatre Jean-Victor Blanc revient sur ce flou qui règne encore chez le grand public:

«Psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute… Beaucoup de confusion entoure les métiers de la santé mentale. Même pour les patients qui consultent, la distinction n'est pas toujours claire lorsqu'il s'agit de savoir ce qui se cache derrière “mon psy”. À l'écran également, incarné par Meryl Streep (Petites confidences (à ma psy)), Jennifer Lopez (The Cell), ou Halle Berry (Gothika), pour ne citer que la fine fleur du cinéma des années 2000, la distinction n'est pas claire. Cela pose de réels problèmes dans l'accès aux soins, car il s'agit de professions bien différentes, qui répondent à des situations bien précises. Or, aller consulter à l'aveuglette revient à entrer dans une salle de cinéma au hasard. Il y aura certes un film, mais peu de chance que l'on saisisse de quoi il s'agit, ni que ce soit celui que l'on voulait voir.»

La psychiatrie, Lecter et les autres

Les psychiatres sont des médecins qui suivent six années de cursus général de médecine avant de se spécialiser pendant quatre années supplémentaires dans le diagnostic et le soin des maladies mentales. À ce titre, il leur est possible de prescrire des médicaments. Leurs consultations sont aussi remboursées (partiellement ou totalement) par la sécurité sociale.

Au cinéma, le plus célèbre des psychiatres s'appelle Hannibal Lecter, qui décide ensuite de se réorienter et de devenir tueur en série. Le psychiatre est souvent un personnage contre lequel on s'oppose. Dans Rois et Reine d'Arnaud Despleschin, le personnage interprété par Catherine Deneuve est la cible de nombreuses attaques, souvent sexistes, à propos de ses compétences, par un Ismaël (Mathieu Amalric) lui reprochant son internement.

Psychologues, pas leur genre

Dans le drame de Lars Von Trier, Antichrist, le personnage incarné par Willem Dafoe, psychologue, s'oppose à la façon dont sa femme est prise en charge par un médecin psychiatre appelé Wayne: «J'ai traité dix fois plus de patients que lui.» La réponse de sa femme est laconique: «Mais tu n'es pas un médecin.» Plein de morgue, le psychologue conclut: «Et j'en suis fier quand je croise un docteur comme lui.» Pour lui, la souffrance de sa femme est pathologisée et surmédicamentée: «Le deuil n'est pas une maladie.»

Les psychologues sont des professionnel·les titulaires d'un master de psychologie, acquis après cinq ans d'études. Cette profession est réglementée et les consultations sont parfois remboursées par les mutuelles. Sur grand écran, les psychologues sont largement représenté·es dans le cinéma de genre, Sixième sens en tête, ce qui est probablement le symptôme du flou qui règne sur la profession. Jugé·es moins sérieux et sérieuses que les psychiatres, les psychologues sont une catégorie psy à qui les scénaristes peuvent plus ou moins tout faire faire, même si le résultat ne correspond en rien aux méthodes ou à la déontologie de cette profession dans la vraie vie.

Les psychothérapeutes, agents d'entretien

La dernière grande catégorie est la psychothérapie, méthode de travail fondée sur la parole lors d'entretiens réguliers. Ces derniers peuvent se dérouler individuellement ou en groupe. Le titre de psychothérapeute est cumulable avec celui de psychiatre ou de psychologue.

Différentes méthodes et écoles de psychothérapies existent: la Gestalt-thérapie, la thérapie cognitive-comportementale, l'analyse transactionnelle ou encore la psychanalyse font partie de la grande et vaste famille de la psychothérapie. Dans le film Jimmy P. (Psychothérapie d'un indien des plaines) d'Arnaud Desplechin, la psychothérapie du titre est menée par un anthropologue psychanalyste, Georges Devereux (Mathieu Amalric).

Psychanalyse, référence sur le déclin

La psychanalyse, elle, n'est pas réglementée, mais correspond à une thérapie menée par un·e professionnel·le selon la méthode fondée par Sigmund Freud au XIXe siècle. Il est possible de devenir psychanalyste en suivant une formation, mais surtout en suivant soi-même une analyse. Elle reste aujourd'hui une méthode pertinente de thérapie pour certaines pathologies. Popularisée au milieu du XXe siècle par la culture populaire, en particulier le cinéma, cette technique de psychothérapie a longtemps été une référence de la thérapie par la parole.

Il est vrai que cette méthode, articulée autour de l'inconscient, de la sexualité et des symboles, est extrêmement cinématographique. Elle peut servir à la fois de procédé utile d'avancée du scénario (quand, par exemple, le personnage sur le divan s'ouvre directement sur ses intentions) mais également d'outil dans l'intrigue.

Pourtant, la psychanalyse, telle qu'elle a été définie par Freud, est de plus en plus souvent remise en cause. La YouTubeuse diplômée en psychologie clinique Emmanuelle Laurent le rappelle dans son essai Comme psy comme ça: «C'est quand même pénible de se dire que la norme en psychanalyse a à voir avec le phallus. Le phallus par-ci, la castration par-là. Pourquoi ce choix théorique de nommer nos bases psychiques par des termes qui renvoient aux organes sexuels? […] Ce que je retiens avec la psychanalyse, c'est qu'en différenciant les hommes des femmes, elle n'en fait pas une vérité essentielle, vouée à rester figée. Elle fait le constat clinique d'une époque. Si l'époque et les codes changent, la psychanalyse évoluera avec. Ça a déjà commencé. Elle n'a pas le choix, au risque sinon de finir au cimetière de l'ancien monde.»

Tout un éventail

Au fur et à mesure des évolutions de la société, et de notre compréhension de la psyché humaine, les différentes approches thérapeutiques, qu'elles soient médicalisées, réglementées ou non, évoluent à leur tour. Face à un blocage, un traumatisme, une souffrance épisodique ou permanente, ou encore une pathologie spécifique, c'est tout un éventail de professions qui proposent des approches différentes plus ou moins pertinentes selon les cas et les besoins.

Sous ces différentes étiquettes, c'est aussi une quantité impressionnante de praticien·nes et thérapeutes, tous et toutes uniques, qui obligent parfois les patient·es à frapper à plusieurs portes avant de trouver une réponse adaptée à leur personnalité et à leurs problèmes. Mais comme le soulève Jean-Victor Blanc, avoir une idée des spécificités de chaque profession permet déjà de circonscrire son champ de recherche. Et, à défaut de tomber sur le film idéal du premier coup, au moins de commencer à chercher parmi ceux qui font partie du même genre.

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