Santé

Le Covid-19 peut-il se transmettre sexuellement?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #44] Non, mais ça ne l'empêche pas de se joindre à la fête.

Si le coronavirus ne semble pas se transmettre par voie sexuelle, ce n'est évidemment pas le cas pour toute l'activité qui entoure ce type de rapports. | Womanizer Toys via Unsplash
Si le coronavirus ne semble pas se transmettre par voie sexuelle, ce n'est évidemment pas le cas pour toute l'activité qui entoure ce type de rapports. | Womanizer Toys via Unsplash

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Le masque, nouvel accessoire sexuel indispensable de l'année 2022? Ou serait-ce le gel hydroalcoolique, sensuellement déposé avant l'acte pour désinfecter des mains qui ne demandent qu'à batifoler au plus vite?

Le monde ne tourne pas rond, certes, mais l'heure de la sexualité masquée et de la distanciation sociale en plein coït n'est pas à l'ordre du jour. Cela veut-il pour autant dire que le Covid-19 n'est pas sexuellement transmissible? Faut-il oublier enlacements, positions farfelues et menottes pour adopter l'austérité d'une sexualité avec gestes barrières?

Du sperme positif

Le Covid-19 n'est franchement pas le meilleur amis des relations amoureuses et des ébats sexuels. Les douze travaux d'Hercule ne sont rien comparés aux flirts en période de pandémie, qui entrave les rassemblements, les rencontres et les contacts. Choper le virus, c'est parfois même la seule chose que certains ont chopé de l'année. Et pour celles et ceux qui arrivent à surmonter ce défi, la question de la transmission du virus reste importante –surtout avec ce contagieux variant Omicron lâché en pleine nature.

En mai 2020, une étude chinoise avait interpellé la communauté scientifique: le sperme de plusieurs personnes ayant contracté le coronavirus avait été testé positif au virus. Cela concernait six personnes exactement –dont deux en période de rémission–, sur un panel de trente-huit hommes passés par l'hôpital de Shangqiu, dans la province du Henan. Un sperme positif est-il capable de transmettre le virus?

Y a-t-il un risque d'être infecté par le coronavirus lors d'un rapport sexuel? Oui et non. Si le coronavirus ne semble pas se transmettre par voie sexuelle, ce n'est évidemment pas le cas pour toute l'activité qui entoure ce type de rapports. Plusieurs études sont encore en cours, mais pour l'heure, la recherche s'accorde à dire qu'il n'existe aucune preuve que le Covid-19 se transmette par le sperme ou les fluides vaginaux. Un sperme positif n'est pas forcément susceptible d'induire une transmission du virus, sans compter que l'étude présentée n'est que peu significative en raison de sa petite représentativité. L'OMS se veut également rassurante: les coronavirus ne sont, d'habitude, pas transmis par la voie sexuelle, explique l'organisation.

Gare aux gouttelettes

Le moins que l'on puisse dire c'est que si transmission il y a, elle se fait bien avant de s'envoyer en l'air. Le virus n'attendra pas le moment du sexe pour passer à l'attaque. Salive, projections respiratoires, souffle: difficile d'échapper à ces moyens de transmission avant un rapport. Pendant, n'en parlons même pas.

S'embrasser, c'est d'ores et déjà faire pénétrer le virus dans l'organisme par la grande porte et, même si le Covid-19 n'est pas transmissible par voie sexuelle, il est donc bien possible de l'attraper par d'autres biais. Sans oublier qu'il est presque impossible d'appliquer la distanciation sociale en plein coït. Sauf si vous êtes sacrément inventif... ou Canadien.

Si vous jugez futile cette question qui nous turlupine aujourd'hui, sachez qu'elle interpelle pourtant bel et bien les politiques –qui ne manquent pas d'imagination pour se protéger du Covid-19. En juillet 2020, les autorités canadiennes conseillaient par exemple à ses citoyens d'utiliser le glory hole: un trou percé dans un mur pour y insérer son sexe et recevoir une fellation.

Ces recommandations du B.C. Centre for Disease Control, l'agence de santé publique de la province canadienne de Colombie-Britannique, avaient alors pour objectif de limiter les risques d'infection au coronavirus en proposant une alternative sexuelle –très phallocentrée– sans risque de contamination. Il était également conseillé de garder son masque, de mettre un préservatif, de se laver entièrement avant et après l'acte, et d'éviter des positions en face-à-face. Romantique.

Spermatozoïdes endommagés

Le Covid-19 n'est donc pas une maladie sexuellement transmissible, bien que l'acte sexuel en soi expose fortement à une contamination par voie respiratoire. En revanche, le virus peut avoir de multiples effets sur l'appareil génital et sur la sexualité.

Chez les hommes, le virus pourrait notamment entraîner un dysfonctionnement érectile. Une hypothèse confirmée, entre autres, par une étude publiée dans la revue scientifique Science Direct, qui explique que le Covid-19 peut endommager la couche de cellules tapissant les vaisseaux des tissus qui se gorgent de sang pendant la phase d'érection. Les flux sanguins sont ainsi perturbés, empêchant parfois la verge de se dresser normalement.

Contracter le virus ne serait pas non plus sans conséquence pour les spermatozoïdes, selon une étude belge réalisée fin 2021 auprès de 120 hommes guéris du Covid-19. L'étude montre que si le virus ne peut pas se développer dans les cellules productrices de sperme, il peut réduire en revanche le nombre total de spermatozoïdes ainsi que leur mobilité, jusqu'à deux mois après l'apparition des premiers symptômes.

Un mois après l'infection, 60% des hommes testés présentaient en effet des troubles de la mobilité de leurs spermatozoïdes, tandis que 37% en avaient une quantité trop faible dans leur sperme. Au total, seuls 24,6% des échantillons analysés étaient normaux, précise Futura Sciences.

Une autre étude allemande, publiée dans la revue scientifique Reproduction, rapporte des résultats similaires. Mais en plus d'une quantité et d'une mobilité réduites, les spermatozoïdes des hommes ayant contracté une forme grave du Covid-19 présentaient également des marqueurs d'inflammation et de stress oxydatif deux fois plus élevés par rapport à un groupe témoin n'ayant pas contracté la maladie. Ces altérations pourraient diminuer les chances de concevoir un enfant, selon les membres de l'étude. Pas de panique pour autant: pour l'heure, aucune preuve de dommage à long terme du virus sur le système de reproduction masculin n'a encore été établie.

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Il reste donc de multiples zones d'ombre autour du Covid-19 et de ses conséquences, notamment sur le système de reproduction masculin, mais aussi féminin, pour lequel les études sont réduites à peau de chagrin. Pour ce qu'il en est de la transmission du virus, il n'y a aucune raison de lever le pied en matière de sexualité. Au contraire, dans cette période anxiogène, une vie sexuelle épanouie –et protégée– peut être une source de bien-être mental et physique opportun.

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