Parents & enfants / Santé

Quand faut-il emmener son enfant chez le psy?

Temps de lecture : 4 min

Les symptômes des bambins, si tant est qu'ils en soient vraiment, expriment souvent des névroses qui ont à voir avec les parents.

Les enfants renvoient souvent à leurs parents une image déguisée et transformée d'eux-mêmes. | Cottonbro via Pexels
Les enfants renvoient souvent à leurs parents une image déguisée et transformée d'eux-mêmes. | Cottonbro via Pexels

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Il y a quelque temps, un homme de mon entourage m'a demandé si je pouvais recevoir son fils de 5 ans. Je lui ai répondu que dans l'idée, c'était possible, mais qu'il fallait m'en dire un peu plus. Pourquoi voudrait-il envoyer son fils chez un psy? «Il ne mange que six ou sept aliments, comme des nuggets ou des chips et pas de légumes.» J'ai un peu insisté, il me semblait que son fils était sociable et avait des amis. Il a confirmé. Et à l'école? Apparemment, aucun problème. L'enfant bouge un peu trop, n'écoute pas bien ce que ses parents lui ordonnent. J'ai enchaîné d'un «ça te tracasse?».

De toute évidence, je constate que ça lui cause du souci, et à sa femme aussi. Impossible de ne pas leur rétorquer que ce sont peut-être eux qui devraient aller voir un psy. J'entends qu'il est ennuyeux de gâcher les trois tomates et le chou-fleur du panier bio hebdomadaire, m'enfin voilà une raison bien légère pour imposer à son enfant des séances de thérapie. Quant à l'«hyperactivité», elle s’exprime ainsi: le petit dort la nuit et tient la main quand il le faut. En revanche, il rechigne à obéir, n'en fait parfois qu'à sa tête... comme le font les enfants. Enfin, et c'est le plus important: leur fils réclame-t-il de parler à quelqu'un de son désintérêt pour la cuisine de nos terroirs? Toujours pas. Ce sera donc un steak purée pour tout le monde au dîner.

Transmission

Je ne suis pas complètement stupide. Il y a très certainement derrière cette demande une véritable inquiétude, et loin de moi l'envie de la moquer. Je me le permets ici, parce que, avouons-le, cela prête à sourire. Cependant, le fait que ce père se pose la question dénote déjà une préoccupation pour le bien-être de son enfant et je trouve cela rassurant. En revanche, qu'il se focalise sur l'attitude de sa progéniture et qu'il construise des fixettes sur les problèmes éventuels que ça trahirait chez son fils n'aidera pas à les résoudre. Les symptômes des plus jeunes –si tant que ce soit bien des symptômes– expriment, dans la majorité des cas, des névroses qui ont à voir avec les parents. Non pas qu'ils soient forcément maltraitants ou à côté de la plaque. Ils sont ce qu'ils sont, avec leurs histoires, leurs oublis et leurs secrets, même ceux auxquels ils ne pensent jamais.

Quand la chair de leur chair leur renvoie ce dont ils n'ont parfois pas conscience sous le nez de façon déguisée et transformée, il est plus confortable pour les parents de se dire que c'est leur enfant qui est bizarre. À l'inverse, des parents réagissent en s'accablant eux-mêmes et en s'interrogeant sur ce qu'ils ont pu faire de mal pour que leur enfant soit comme il est. Est-ce à l'enfant, en premier lieu, d'entamer un travail sur lui-même? N'y a-t-il pas quelque chose à entendre et à écouter? Se pourrait-il que d'aller parler de lui, de sa venue, du désir de le concevoir, du fait qu'il soit arrivé par accident ou qu'il se soit produit un drame autour de sa naissance, bref que les parents réfléchissent au contexte qui les a amenés à le mettre au monde fasse du bien... à toute la famille? C'est probable.

Me vient un second souvenir. Une amie proche me parle de sa fille de 4 ans chez laquelle, depuis peu, se manifestent des tics au niveau du visage. Je les vois souvent et je peux le constater. C'est déroutant, mais pas si inquiétant, étant donné la situation conflictuelle qui s'est installée entre les parents. Je dis d'ailleurs à mon amie que cette situation doit la troubler et qu'elle n'a pas encore suffisamment de mots pour en parler.

Impossible de ne pas rétorquer aux parents que ce sont peut-être eux qui devraient aller consulter.

Après avoir fait passer des examens médicaux à sa fille pour écarter une pathologie somatique, la mère me réclame l'adresse d'un psy. Je lui donne le nom du meilleur praticien que je connaisse. Je sais qu'il travaille avec les enfants et avec les adultes. Il est psychiatre et psychanalyste et il est formidable. Elle l'appelle et lui expose le problème. Il lui fixe un rendez-vous très rapidement… mais sans l'enfant. Elle me demande si c'est normal. Je suis surprise et amusée. Je me dis: «Qu'il est fort!» Mais ça, je le garde pour moi. Je l'encourage à y aller.

Elle en sort enthousiasmée. Pour le deuxième rendez-vous, elle est invitée à revenir sans sa fille. Le psy a formulé cela ainsi: «Vous pourrez me la présenter un jour, je serai ravi de la rencontrer, mais c'est vous que je veux voir.» Les tics de l'enfant ont disparu aussi vite qu'ils étaient apparus. Rien de magique. Ces séances ont permis à la mère de renouer le dialogue vis-à-vis d'elle-même, et ça a bénéficié à la fois à elle et à son enfant. C'est apaisant de sortir la tête du guidon et cela peut soulager tout le monde. Si on peut transmettre sa névrose, les effets d'une thérapie profitent aussi à l'enfant.


Au pire, ça ne servira à rien

Évidemment, certains enfants ont besoin de consulter. Parfois, ils le demandent. Il n'est pas non plus interdit de leur faire cette offre si on sent que cela aura des vertus. À eux de s'en saisir. Attention, si vous lui proposez cinquante fois par jour, votre enfant risque de finir par accepter pour vous faire plaisir, mais quel en serait l'avantage? À part qu'il grandisse avec l'idée qu'un psy ne sert à rien... Vous pouvez aussi le forcer à y aller une fois pour voir, si vraiment ça vous soulage. Il n'en mourra pas. Au pire, ça ne servira à rien.

Pour qu'un psy soit utilisé à bon escient, il faut que la personne ait un minimum d'envie de le consulter. Si on comprend aisément cela pour les adultes, cela vaut aussi pour les enfants. En général, un enfant pose toujours des questions à ses parents. Toutes ne sont pas destinées à être formulées dans le cabinet d'un thérapeute. Ou plutôt, ce n'est pas toujours à l'enfant de devoir y répondre. Il pourra le faire bien plus tard. En revanche, si l'enfant est confronté au silence, à la conviction ou subit un comportement agressif de la part de ses parents, les troubles générés par ces types de situations peuvent le conduire à se saisir de l'opportunité de parler à un tiers. Qui n'est pas forcément un psy, d'ailleurs.

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