Santé

Pourquoi mon psy accorde-t-il tant d'importance à mes rêves?

Temps de lecture : 4 min

Se loge dans ces histoires rocambolesques une mine d'or pour qui cherche à en savoir un peu plus sur ce qui l'anime.

Le rêve, selon Freud, est la voie royale vers l'inconscient. | Matheus Vinicius via Unsplash
Le rêve, selon Freud, est la voie royale vers l'inconscient. | Matheus Vinicius via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Quelques jours avant d'annoncer à mon premier psy que je le quittais pour une autre, j'ai rêvé que je me tenais face à lui. Avec solennité, il levait au-dessus de moi une bouteille de ketchup et m'aspergeait abondamment. Était-ce la métaphore d'une éjaculation faciale? D'un don du sang? D'un don du sans? Dindon du sens? Suis-je le dindon de la farce? Voulait-il m'assaisonner pour me manger? Était-ce l'image d'une relation thérapeutique qui s'était avérée fructueuse? Lui, en riant, m'avait lancé: «Vous m'avez laissé vous adouber!» Chevalière de la psychanalyse, je galopais fièrement vers ma deuxième quête!

Le rêve, selon Freud, est la voie royale vers l'inconscient. Pour le dire plus simplement, le rêve est une formidable introduction à la vie psychique pour de multiples raisons. Même si la censure ne se lève jamais complètement, j'en veux pour preuve la bouteille de ketchup qui jute sa sauce (ai-je besoin de vous faire un dessin?), le rêve reste le moment où les défenses psychiques sont les moins efficaces. Une explosion d'images nous parvient avec plus ou moins de cohérence, obligeant le rêveur à créer à son réveil un récit à partir de ce qu'il juge le plus souvent comme une totale absurdité. Pourtant, se loge dans ces histoires rocambolesques une mine d'or pour qui cherche à en savoir un peu plus sur ce qui l'anime.

Le rêve écrit pour nous ce qui compte

En soi, il n'y a de sens que pour celui qui veut en trouver. Et l'interprétation, je l'ai déjà dit ici, échoit au rêveur. En psychanalyse, c'est la parole qui nous intéresse, les mots employés pour raconter le rêve seront donc les porteurs de sens de ce rêve. Il n'existe pas une interprétation meilleure qu'une autre et je suis profondément sceptique vis-à-vis des mantras qui assènent des soi-disant vérités universelles, du type «tu as rêvé que tu perdais tes dents, c'est que tu vas avoir une entrée d'argent». Malheureusement, on sait tous que la petite souris n'existe pas.

Un rêve se raconte et c'est là le point le plus important. Il est avant tout le témoin du récit intime d'un sujet. Il met en scène des personnages plus ou moins connus, des situations plus ou moins vécues, et il se dit avec des mots plus ou moins choisis. Parfois, ces mots s'imposent tant l'image est claire; parfois, le rêveur les change pour censurer un sens qui serait trop violent; à d'autres moments, les mots nous échappent et leur sens nous saute aux oreilles en même temps qu'ils sont prononcés. «J'ai rêvé que mon frère était un blaireau... l'animal!», m'a confié récemment un ami, mort de rire. Voilà un bel exemple où l'image prend tout son sens en la disant!

Le rêve permet d'introduire en séance les personnages de nos vies et des souvenirs. Un rêve anodin de ma mère qui achète des crevettes au marché m'amène à parler de mon père qui m'emmenait les pêcher quand j'étais petite, rares moments seuls tous les deux. Le rêve possède cette vertu d'élaborer quasi à notre place des moments marquants. Il fait trace. Il écrit pour nous ce qui compte. À nous aussi d'être courageux et d'entrer dans cette caverne mal éclairée. Osons y allumer quelques lumières même si celles-ci sont faibles, tronquées, insuffisantes.

J'entends souvent que des personnes ne sont pas sûres de l'interprétation à donner à leurs rêves, comme s'il fallait que cela passe devant une commission d'enquête. L'interprétation est une construction subjective à partir d'un récit. Il n'y a rien de plus vrai et de plus faux dans le même temps. Ce qui peut être jugé, c'est l'effet que produit cette interprétation: un rire libérateur, un autre rêve qui complète le précédent, un souvenir même anodin qui revient, une prise de décision qui tardait, un point de vue différent sur une situation, un proche, un mal-être...

Et si je ne rêve pas?

Ou plutôt, et si je ne me souviens pas de mes rêves? C'est une possibilité. Certaines personnes n'en ont aucun souvenir, jamais. Il y a aussi des périodes où on ne rêve plus. Quand cela m'arrive, je me dis que je suis dans l'ultra-concret et que je n'ai aucune envie d'affronter ma vie psychique. Je me concentre sur le tangible, le pragmatique. Ce sont des pauses. Parce qu'il faut bien l'avouer, passer du temps à décortiquer ses rêves ressemble parfois à un documentaire complotiste sur le secret des pyramides d'Égypte.

Il ne s'agit pas de faire des rêves ou de leur absence une obsession. Ce qui compte, c'est la capacité de rêver au sens large. C'est-à-dire de créer une histoire, un roman subjectif, avec nos propres mots et le sens que nous leur conférons, non pas pour se regarder le nombril mais pour apprendre à se situer dans le monde et faire la part des choses. Se reconnaître soi, pour pouvoir reconnaître l'autre et prendre la mesure de l'importance du langage dans nos relations intra- et inter-personnelles. Saisir que la mise au jour d'une équivoque peut véritablement soulager.

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Pour l'illustrer, je finirai avec un dernier résumé de rêve honteux, celui où je vivais une histoire d'amour avec Gérald Darmanin. C'était pendant le confinement et j'ai décidé que l'interprétation qui était la bonne s'énonçait ainsi: j'avais besoin que quelqu'un administre mon intérieur. Ce qui, je vous l'accorde, veut tout et rien dire, je vous laisse juge. (Ma fausse vérité, si vous me le permettez, je la garde pour moi!)

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