Santé

Peut-on et pourquoi changer de psy?

Temps de lecture : 3 min

«Mais tu vas devoir tout reprendre depuis le début, ça va pas être pénible de raconter de nouveau ton histoire?»

Je m'étais tellement métamorphosée qu'il devenait invraisemblable de ne pas me séparer de ce premier lieu. | Ioana Cristiana via Unsplash
Je m'étais tellement métamorphosée qu'il devenait invraisemblable de ne pas me séparer de ce premier lieu. | Ioana Cristiana via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Les raisons d'un changement sont évidemment multiples: ça ne passe pas avec la personne qu'on voit; elle se permet des remarques idéologiques et désobligeantes sur ma façon de vivre; j'aimerais essayer une autre méthode; j'ai le goût du crash-test, j'en tente plein avant de choisir et propose des revues sur YouTube... Tout est possible! Mais ici, j'aimerais parler d'un cas précis: j'ai consulté la même personne des années et soudain (est-ce si soudain d'ailleurs?) je décide de changer. Quel intérêt?

J'avais 19 ans quand j'ai pris rendez-vous avec le psy qui allait me suivre neuf ans, à raison d'une fois par semaine. J'étais une jeune femme très angoissée, subissant mon mode de fonctionnement phobique qui prenait –comme c'est souvent le cas dans la phobie– toute la place. Je l'avais choisi parce qu'en plus d'être psychanalyste, il était psychiatre et ce statut prévalait au premier. J'y allais avec l'envie d'obtenir ma dose de médicaments.

Mais très vite, les traitements ne suffisaient plus à me calmer, il allait falloir parler, donner de sa personne pour que le travail opère. Au fond, j'étais aussi soumise dans ma vie que dans la cure. Je pressentais qu'y mettre du sien était inévitable mais comme nombre de personnes souffrantes, j'espérais que le psy me trouve une solution miracle qui évacuerait tous mes problèmes en quelques semaines. Je n'avais pas anticipé la longue traversée à la rame qui m'attendait.

Mon premier psy incarnait un moment d'urgence à consulter

J'ai mis six ans avant d'envisager une existence véritablement subjective. Les premières années, je restais inlassablement l'objet de mes symptômes, l'objet des névroses et secrets familiaux, l'objet des hommes et surtout l'objet d'une dépression qui ne faisait qu'empirer. Il m'était impossible de formuler un souvenir et de le mettre en lien avec mon état actuel. Je n'étais sûre que d'une chose: j'étais à l'origine de mes paniques, ma phobie pointait des éléments intimes que je me refusais à reconnaître. Ouvrir les yeux fut intense et laborieux. Puis, j'ai eu suffisamment de courage pour me représenter mes conflits, notamment l'amour concomitant de la haine que j'avais pour ma mère et surtout la crainte qu'elle ne le découvre et me le fasse payer. Bisou Maman si tu passes par là. Je sais que tu me lis. Je t'aime (et je te hais un peu aussi).

Petit à petit, la cure est devenue un long fleuve tranquille alors que j'avais encore pas mal de choses à régler. Cette première tranche (comme on l'appelle dans le jargon psychanalytique) était finie. Mon psy incarnait ce moment d'urgence à consulter et ces symptômes hyper violents. Il a aussi joué un rôle majeur dans la découverte de mon origine familiale. Il était là pour le concret et une fois ces secousses réelles apaisées, le temps pour moi était venu de les interroger avec une autre personne.

Certains amis qui n'ont jamais vu de psy n'ont pas bien compris pourquoi je changeais. La remarque qui revenait le plus souvent était: «Mais tu vas devoir tout reprendre depuis le début, ça va pas être pénible de raconter de nouveau ton histoire?» Alors que c'est précisément là que ça devient intéressant.


Mon récit de vie n'était plus du tout présenté de la même façon, les éléments se rassemblaient, se synthétisaient. Comme si les neuf dernières années devenaient une historiette connue tellement par cœur qu'on en maîtrise les ressorts tragi-comiques. L'humour a fait partie intégrante de cette seconde traversée, même si le bateau a pris la flotte encore pas mal de fois. Ma nouvelle psy posait des questions autrement, différemment, rebondissait sur des souvenirs que je jugeais encore anodins. Ce n'était pas un autre regard sur la même histoire. L'histoire en elle-même avait évolué avec moi. Ma demande de départ, ne serait-ce que cela, n'était plus du tout la même. Je n'y allais pas pour traiter un symptôme, je venais avec une question sur ma féminité et mon désir (frénétique? Pathologique? Obsessionnel?) d'être en couple.

Bien sûr que nous pouvons changer de psy. Cependant, je mettrais juste en garde sur cette attente démesurée qu'on exige de la cure et sur l'immédiateté de ses effets. J'entends qu'on veuille plusieurs avis, plusieurs façons de nous envisager, c'est humain et cela répond à une angoisse qui craint de ne jamais cesser. Pourtant, cela risque de générer déception sur déception. Oui, il y a des psys mieux que d'autres, c'est certain. Mais cette quête s'avère absurde si vous n'êtes pas prêt à vous engager vis-à-vis de votre parole. Vous pourriez même être en face du meilleur psy de la Terre que vous ne seriez pas en mesure de le reconnaître.

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Je n'ai pas changé de psy pour répéter les mêmes litanies en boucle. Où est le changement là-dedans? C'est moi qui m'étais tellement métamorphosée qu'il devenait invraisemblable de ne pas me séparer de ce premier lieu. Et puis... ma deuxième psy était moins chère! Dans tous les sens du terme, et ça aussi, ça m'a fait du bien!

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