Santé

Mon psy me rend-il dépendante de lui?

Temps de lecture : 3 min

Pour le dire autrement: suis-je devenue accro à mon analyste?

À moins d'être tombé sur un charlatan qui vous explique que sans lui vous êtes foutu, ça reste peu probable. | Mark Williams via Unsplash
À moins d'être tombé sur un charlatan qui vous explique que sans lui vous êtes foutu, ça reste peu probable. | Mark Williams via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Pour les cures qui durent un certain temps, difficile d'échapper à cette question. Avant d'entrer dans le vif du sujet, il faut poser une chose: nous sommes globalement et profondément des êtres dépendants.

Nous naissons dans un état assez inédit de dépendance: nous mettons du temps avant de marcher, de parler, de pouvoir nous nourrir seul et même notre maturité biologique met un temps considérable à se développer. Nous dépendons très souvent des autres pour être équilibré: nous avons besoin de parler, d'écouter, d'interagir. Nous sommes entourés de tout un tas de substances addictives: alcool, tabac, sucre... desquelles nous nous protégeons avec non pas moins d'addiction par le sport, la lecture, les écrans suivant nos préférences.

Une fois ce tableau posé, oui, il est fort possible de devenir accro à son psy. Quant à savoir si votre psy vous rend dépendant de lui, à moins qu'il n'utilise le chantage ou d'être tombé sur un charlatan qui vous explique que sans lui vous êtes foutu, ça reste peu probable. Pourtant, la question se pose inexorablement.

C'est vivant, voire exaltant

J'y ai moi-même pensé plus d'une fois. Notamment dans ces moments où les limites de la relation sont testées: en oubliant une séance, en ne venant pas sans prévenir, ou en affirmant comme sorti de nulle part que ça y est c'est décidé j'arrête de venir, tout en pleurant la minute d'après, ou en pondérant tout de suite le propos par un doute. J'avais toujours dans ces cas-là une sorte d'espoir que la cure s'arrête en eau de boudin, dans un silence commun, une brouille qui n'en est pas vraiment une, bref, un non-dit confortable à l'instant T.

Manque de pot, j'avais toujours le droit à un appel de ma psy pour me signifier mon oubli, pour me proposer une autre date de séance, et dans les cas où j'étais en face d'elle mais peu sûre de moi quant à la fin de la cure, elle me donnait systématiquement rendez-vous pour la semaine d'après.

Et là, la facilité, si je peux l'appeler ainsi, est de s'énerver et de se demander si c'est pas le psy qui me met dans cette situation. Je sais pas, elle est bête ou quoi? Je préviens pas, je viens pas, pourquoi elle me rattrape? Le message est clair, non? Non. Déjà, au premier appel je réponds, signe que je ne suis pas si sûre de l'ignorer ad vitam æternam et je reprends rendez-vous. Je suis si faible que ça? Non plus.

Ce sont, à mon sens, des moments d'impasse, de stagnation thérapeutique. Il pouvait parfois se passer des mois sans qu'il n'y ait aucune lumière nouvelle sur mes problèmes, sur ma psyché. S'il y a bien quelque chose à laquelle j'étais accro, sans que cela ne me pose aucun scrupule, c'était la réflexion, l'éclairage d'une situation par une découverte, une élaboration qui, enfin, fait sens, décale une vision, permette un mouvement. Ça oui, sans l'ombre d'un doute, consulter peut rendre dépendant à l'analyse, parce que c'est vivant et même parfois exaltant.

Seulement, ce n'est pas toujours aisé que de pouvoir chaque semaine faire cet exercice. Les défenses se remettent en place, et alors, il est possible de se demander ce qu'on vient chercher chez son psy, cette impression de payer à ne rien dire, à ne rien faire et lui il est là tranquille, le cul posé sur son fauteuil et il me dit à la semaine prochaine. Et c'est là que la dépendance qui ne nous gênait pas jusqu'ici prend des allures limite persécutrices.

Un moment de résistance

Il y a sans doute deux choses à se demander alors. Se sent-on capable et a-t-on envie d'arrêter ce travail? Tout en se disant que le mieux, c'est quand même de pouvoir en dire quelque chose au psy. Sinon tant pis, c'est un travail sans doute interrompu. Mais honnêtement, mettre fin à sa cure par peur de la dépendance ne me semble pas une très bonne raison; il y a même certainement beaucoup à raconter à ce sujet… à votre psy! Si vous ne comptez pas y mettre un terme, il y a l'option d'en parler directement, comme je viens de le mentionner.

Il est courant qu'au fond il y ait peut-être des thèmes, des souvenirs, des sensations que vous n'osez pas aborder, que vous soyez dans un moment de résistance. C'est le plus souvent inconscient, sinon ce serait trop simple. Moi, je me disais: «Mais non ça y est, je n'ai plus rien à amener en séance, ma tête est vide, tout va bien!»

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Et paf! Deux nuits plus tard ça part sur un rêve érotique avec ma mère unijambiste qui se transforme en chat. Et au réveil, il n'y a rien de drôle, c'est sérieux et c'est reparti.

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