Santé

J'ai honte de voir un psy et d'en parler autour de moi

Temps de lecture : 3 min

Et vous en avez le droit. Mais cela pourrait peut-être vous desservir.

Vos symptômes, eux, n'ont pas forcément honte d'exister, au contraire, ils veulent même être entendus. | CDD20 via Pixabay
Vos symptômes, eux, n'ont pas forcément honte d'exister, au contraire, ils veulent même être entendus. | CDD20 via Pixabay

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

La honte semble être le sentiment à abattre de ces dernières années. Il y a quelques temps, j'ai même été invitée à une rencontre universitaire autour de ce thème. La proposition visait à identifier les affects négatifs de honte et noter qu'ils se transformaient parfois en revendication et reconnaissance via la création artistique, ce qui, apparemment, leur conférait de suite un caractère positif. De l'ombre à la lumière pourrait-on dire. Mais ce qui m'avait le plus interpellée était le titre équivoque donné à cet événement: «Réparer la honte.» Comme l'aveu inconscient qu'on en manquait tout de même un peu ces derniers temps.

Toute honte est-elle négative? Doit-elle forcément s'affranchir et passer du côté de la fierté? Ou existe-t-il une métamorphose plus discrète du côté de la pudeur?

Je reprends, vous allez donc voir un psy et vous ne participez pas en ligne à un hashtag qui dirait «je vois un psy et alors, tu vas faire quoi?» ou «tous sur le divan» ou encore «la psychothérapie est mon amie». Vous ne passez pas non plus des heures à décortiquer avec vos proches votre dernière séance, vous avez dans l'idée que vos soucis et vos questions ne regardent que vous, pour le moment ou pour toujours. Vous avez même un peu honte de votre phobie, de vos tocs, de votre dépression, de votre jalousie maladive et vous ne souhaitez pas que le monde entier multiplie ses conseils foireux, ses encouragements vides, ses interminables et insupportables «prends soin de toi» ou pire «ça va mieux?» ALORS QUE NON, ÇA VA PAS MIEUX!!!!! Vous avez honte et vous en avez le droit.

Sortir du bois

Échanger avec ses proches peut être bénéfique, c'est sûr, si on maîtrise un minimum le malentendu du langage, si on supporte les paroles creuses, si on n'attend pas une validation totale de notre démarche. Parler avec eux peut soulager et enrichir la réflexion mais cela peut tout aussi bien être l'inverse. La honte permet de prendre son temps, elle est la première étape vers l'affirmation publique ou la pudeur ou un savant mélange des deux. Enfin, ce n'est pas parce que quelqu'un crie sur tous les toits qu'il n'a pas honte de voir un psy que cette assertion est vraie –parole magique, fierté de vitrine visant à court-circuiter de potentiels détracteurs...

De toute façon, vos symptômes (produits par vous) prendront peut-être eux-mêmes la décision d'avertir les autres que vous avez un «petit» problème. Vos symptômes, eux, n'ont pas forcément honte d'exister, au contraire, ils veulent même être entendus et ils risquent de mettre tout en œuvre pour sortir du bois. Imaginons, vous faites une attaque de panique devant du monde, vous tremblez comme une feuille, impossible à masquer, vous êtes pris de tics incontrôlables et vous persistez: «Non non tout va très bien, j'ai juste mangé un truc qui ne passe pas.»

C'est à cet instant que la honte peut vous desservir. Il serait dommage (ou pas, au fond, qui suis-je pour affirmer ça, mais tentons l'hypothèse) qu'elle se transforme en déni, que vous ayez si honte de vous-même que vous vous désavouiez en public, pensant maintenir une illusion de puissance.

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Alors qu'au fond, c'est sans doute le signe que la honte commence à s'étioler. Vous vous exprimez enfin! Vous montrez au monde qui vous êtes vraiment! D'une façon peu orthodoxe, je vous l'accorde, un peu gonflée, la honte, de se pointer comme ça pendant une présentation au boulot. Mais ça y est, il est enfin temps de glisser à la machine à café qu'il vous arrive d'angoisser et que vous y travaillez chez un psy, que vous cherchez pourquoi. Et là, patatras. Il y a plus de chances que votre interlocuteur en profite pour d'abord vous faire la morale. «Mais enfin, il fallait le dire, il n'y a aucune honte à aller voir un psy.»

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À dire sur un ton nasillard et condescendant. Une fois cette petite messe contemporaine dite, il ou elle enchaînera sur ses propres névroses, celles de ses parents, de sa fille, de son petit voisin bizarre, et même celle de son chien qui depuis quelque temps a un comportement anormal avec les vieilles dames... Dis, tu savais qu'il y avait des psy pour chiens?

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