Santé

Faut-il prendre des notes sur ce qu'on compte dire à son psy?

Temps de lecture : 2 min

Certains patients ont besoin d'établir une liste des thèmes à aborder, d'autres écrivent dans leur tête, d'autres encore n'écrivent pas mais vous le font savoir.

Vous faites bien ce que vous voulez, et vous préparez votre séance comme bon vous semble. | Aaron Burden via Unsplash
Vous faites bien ce que vous voulez, et vous préparez votre séance comme bon vous semble. | Aaron Burden via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Jusqu'à preuve du contraire, votre psy ne vous suit pas dans votre chambre, votre bureau ou aux toilettes. Vous faites donc bien ce que vous voulez, et vous préparez votre séance comme bon vous semble.

Une de mes patientes me signifie presque toutes les semaines qu'elle a eu un souvenir qui lui est remonté mais qu'elle ne l'a pas écrit et donc qu'elle ne peut pas me le livrer. J'exagère, ce n'est plus tellement toutes les semaines, et si ça l'est, c'est presque devenu une phrase doudou, rassurante avant de se mettre à parler. Mais pendant plusieurs mois, ces souvenirs qui ne s'écrivaient pas m'obligeaient à entendre la défense massive de cette patiente.

Il n'y a pas à écrire ou à ne pas écrire. Vous pouvez rédiger des récits et les interpréter au moment de votre séance, baliser suffisamment le propos pour qu'aucun décalage, aucun jeu ne vienne s'immiscer dans votre prise de parole. Ou, comme cette patiente, rappeler méthodiquement que vous n'écrivez pas, comme pour insister sur le fait que vous NE venez PAS faire d'analyse. Forme de dénégation, puisqu'elle vient chaque semaine.

De manière plus théorique, on pourrait souligner qu'il vaut mieux ne rien préparer et laisser libre cours à l'association libre (justement). Sauf que dans les faits, tout le monde sait pertinemment qu'il est très difficile de ne rien penser avant la séance. Certains ont besoin d'établir une liste des thèmes à aborder, d'autres écrivent dans leur tête, et d'autres encore n'écrivent pas mais vous le font savoir. Enfin, quelques-uns semblent s'autoriser l'impréparation, mais jusqu'à quel point?

Lire est une marque de contrôle: la pensée est déjà organisée, les lapsus corrigés [...], à savoir tout l'inverse de ce qui peut advenir dans une séance.

En revanche, j'ai le souvenir qu'une fois, pendant ma première tranche de psychanalyse, j'avais écrit un texte et je voulais absolument le lire à mon psy. Je ne saurais pas vous raconter de quoi il s'agissait, ce qui est sans doute le signe que cela n'avait pas tellement de poids symbolique. J'étais très angoissée, j'avais parfois du mal à m'exprimer et lire me paraissait la bonne façon de traverser cela. Je remarque qu'une bonne part de mes patients ont eu, à un moment ou à un autre, l'envie aussi de me lire un texte rédigé, un mail envoyé ou reçu, un texto. Mon psy m'avait empêchée de lire mon texte et m'avait encouragée à le dire sans regarder mes notes. Dans la majorité des cas, c'est ce que je demande aussi aux patients, sauf rares exceptions.

Peut-on établir un plan avant chaque séance? Suivre ce qui s'est déjà écrit pour ne pas risquer d'écrire en direct et faire survenir à la mémoire des choses jusqu'ici inconscientes? Pourquoi vouloir faire la lecture à son psy? N'y a-t-il pas ici le besoin de faire valider sa pensée? Rien ne nous empêche d'écrire, d'établir une narration personnelle, mais pourquoi ne pas la dire à l'oral? Quel serait le danger?

Une thérapie n'est pas un commentaire de texte

Évidemment, ce n'est pas non plus une règle stricte et non négociable. Il s'agit d'avoir du bon sens et de ne pas paralyser toute initiative du sujet que nous avons en face de nous. Seulement, dans bien des cas, lire est une marque de contrôle, la pensée est déjà sous vos yeux, organisée, avec méthode et chronologie, les mots sont bien ordonnés, les lapsus corrigés (même si ceux-ci sont parfois tellement insistants qu'ils apparaissent aussi quand on lit!), à savoir tout l'inverse de ce qui peut advenir dans une séance.

J'entends que se diviser face à son psy, à savoir vaciller, transpirer, être décontenancé, voire prendre peur et angoisser, n'a rien de confortable ni d'agréable. Malheureusement, à la fin de votre lecture, tout ceci redeviendra d'actualité, à un moment ou à un autre. Une psychothérapie n'est pas un commentaire de texte. Lire bride le surgissement d'un «mais pourquoi je vous parle de ça?». Et ça, ce serait dommage.

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