Santé

Comment convaincre un proche de consulter un psy?

Temps de lecture : 4 min

Il faut parfois une rupture, un isolement soudain ou une confrontation avec un élément trop intense pour qu'enfin, dans un soulagement général, une personne souffrante se décide à y aller.

Vous avez sans doute déjà recouru au «ça t'aiderait beaucoup» avec en sous-texte «ta névrose m'horripile, fais quelque chose ça urge, je n'en peux plus de t'écouter». | Neil Thomas via Unsplash
Vous avez sans doute déjà recouru au «ça t'aiderait beaucoup» avec en sous-texte «ta névrose m'horripile, fais quelque chose ça urge, je n'en peux plus de t'écouter». | Neil Thomas via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Mes premiers symptômes phobiques sont apparus quand j'avais 13 ans. Un an plus tôt, ma tante et marraine tentait de mettre fin à ses jours pour la énième fois, sauf que cette fois-là fut la dernière. Elle avait réussi –si tant est qu'on puisse employer ce terme pour qualifier un suicide.

À la suite de mes nombreuses crises d'angoisse, ma mère m'a convaincue d'aller au rendez-vous qu'elle m'avait pris avec une psychologue. Je ne lui lâcherai pas un mot, resterai dans le fauteuil à la toiser et n'y retournerai jamais. Pourtant, je souffrais, je paniquais, le quotidien était plus que compliqué.

Après ses multiples tentatives de suicide, ma tante avait séjourné plusieurs fois en clinique et avait rencontré de nombreux professionnels de santé mentale. Cause toujours, qu'elle leur lançait. Pourtant, sa vie était truffée de désespoir, de mélancolie et de traumatismes.

Je suis devenue psychanalyste. Elle est morte.

Je ne suis pas sûre qu'on puisse convaincre quelqu'un de consulter. N'est-ce pas le symptôme plutôt qui nous y amène par la force des choses? Quand mes troubles phobiques ont refait surface à l'âge de 19 ans, j'ai fait le choix de voir un psychiatre. C'était le bon moment puisque j'en étais à l'origine. Dans le cas de ma tante, sa solution fut radicale et réitérée un tel nombre de fois qu'il est difficile d'imaginer que la fin de sa souffrance pouvait trouver un autre destin.

En revanche, il est possible de cultiver l'idée autour de soi que le travail thérapeutique est souvent salutaire. C'est ce qu'a fait ma mère quand j'étais adolescente. Elle a semé les graines me permettant d'envisager la psychothérapie non comme une honte mais comme un lieu intéressant, qui produirait des bénéfices. Il fallait que ça germe.

On ne peut pas obliger quelqu'un à parler

De mon côté, je me souviens d'un ex qui tournait autour du pot depuis des mois. Nous ne sortions pas vraiment ensemble, on se fréquentait, on picolait, on couchait. Il était fasciné par la psychanalyse et m'encourageait à lui raconter mes séances. Mais quand je lui demandais s'il allait enfin sauter le pas, il trouvait toujours des excuses: pas assez d'argent, pas assez de temps, et puis en avait-il seulement l'envie ou même le besoin? Un soir, ça m'a tellement gonflée que j'ai écrit le nom d'une psychanalyste sur un bout de papier et le lui ai glissé dans la poche de son manteau sans qu'il s'en aperçoive. Il l'a appelée... Quatre ans plus tard.

Maintenant que j'y songe, si, j'ai bien réussi à convaincre quelqu'un de consulter. Encore un ex-petit ami. Celui-ci plus sérieux, nous habitions sous le même toit. Un soir, il est rentré ivre mort et je lui ai posé l'ultimatum suivant: il allait parler à quelqu'un, sinon je le quittais. Je lui ai filé le nom d'un des meilleurs psys que je connaisse à Paris. Il y a été, bon élève, et m'a quittée six mois plus tard.

Il y a quelques jours, il m'a envoyé un texto avec en pièce jointe une photo de sa nouvelle copine et lui à la maternité avec leur bébé tout juste éjecté, tout frais, adorable. Comme quoi. Réfléchissez bien avant de générer des vies meilleures que la vôtre! Je plaisante. Je ne lui aurais jamais fait d'enfant, il a très bien fait de se diriger là où était son désir au lieu de stagner dans une vie emplie de plaintes et de complaintes.

Pour ce qui est de ceux qui ne se laissent pas convaincre, je ne sais que vous dire. Je compatis. J'en connais aussi quelques-uns. Ce n'est pas faute de leur rappeler le bien-fondé de la démarche. Vous savez, cette façon un peu ambivalente de dire «ça t'aiderait beaucoup» avec en sous-texte «ta névrose m'horripile, fais quelque chose ça urge, je n'en peux plus de t'écouter». Ces soirées en boucle sur le même thème, déclinées en cinquante nuances de paranoïa, de colère et de tristesse où la conversation est rendue presque impossible. Vous subissez un monologue. Vous savez que la personne va finir par partir ou s'endormir mais vous ne pouvez vous empêcher d'en douter.

Il faut parfois une rupture, un isolement soudain ou une confrontation avec un élément réel trop intense pour qu'enfin et dans un soulagement général, une personne souffrante se décide à aller voir un psy.

Il y a une différence fondamentale entre se rendre chez le psy et utiliser cet espace comme un lieu de parole.

Mais il n'est pas rare que cela ne suffise pas non plus. Les illusions ont la vie dure et plutôt que de mettre le nez dans les conflits, la personne change de fréquentations, dissémine ses symptômes ailleurs, butine la réalité en espérant qu'elle finira par s'adapter à elle, pensant que ce qui lui cause autant de peine n'a aucun lien avec elle et n'est que le fruit du hasard.

On ne peut pas obliger quelqu'un à parler. On peut le menacer, l'encourager, le forcer à consulter. Oui, bien sûr. Après tout, c'est le cas de nombreux prisonniers ou de patients sous contrainte dans les hôpitaux psychiatriques. Or, il y a une différence fondamentale entre se rendre chez le psy et utiliser cet espace comme un lieu de parole. Certains parviennent à faire des injonctions de soins un véritable parcours singulier; à l'inverse, des patients s'y rendant de leur plein gré mettent parfois des années avant de pouvoir utiliser la cure comme levier efficace d'une meilleure connaissance de soi.

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Car oui, il y a bien une obligation initiale à toute consultation, qu'elle vienne de l'autre ou du symptôme intolérable qui nous habite. Dans les deux cas, il faut franchir cette étape de contrainte pour s'autoriser à formuler une demande et, soyons fous, peut-être même un désir.

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