Santé

Pourquoi dit-on qu'il ne faut pas prendre de décisions importantes au début de son analyse?

Temps de lecture : 3 min

La règle semble dure, un brin puriste et difficilement applicable dans un monde qui, de toute façon, n'encourage plus à faire des choix définitifs.

Freud relativise: les décisions prises sur un coup de tête sont parfois la condition pour les analyser. | Héctor García via Flickr
Freud relativise: les décisions prises sur un coup de tête sont parfois la condition pour les analyser. | Héctor García via Flickr

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Cette règle vient de Freud et à l'époque elle devait s'appliquer pour toute la durée de la cure. Notons qu'alors les cures s'effectuaient tous les jours, sauf le dimanche, ce qui aujourd'hui d'un point de vue pratique –tant temporel que financier– serait aberrant.

Mais on peut comprendre qu'avec un tel rythme, une psychanalyse s'envisageait comme une parenthèse dans la vie des sujets et les traitements excédaient rarement trois années. Par ailleurs, Freud concède que certains patients contournent cette règle et qu'il est impossible de les contrôler. Qu'en est-il aujourd'hui?

Se remémorer plutôt qu'agir

La règle semble dure, un brin puriste et difficilement applicable dans un monde qui, de toute façon, n'encourage plus à faire des choix définitifs. La flexibilité s'est aussi invitée dans le cabinet du psychanalyste. Pourtant, cette recommandation a un fondement extrêmement pertinent.

Elle oblige le sujet à se remémorer plutôt qu'à agir, considérant que l'action sans réflexion aboutie, sans avoir fait le tour des tenants inconscients qui la sous-tendent, a valeur de répétition. Au mieux, cela ne change rien, au pire cela crée des dégâts. Elle fait le postulat que cette urgence à agir, cette actualité de l'action trouve son origine dans le passé.

Freud relativise son conseil et remarque que ces décisions prises sur coup de tête sont parfois la condition pour les analyser. Mais cela comporte un risque. Le risque que cette action sature tout travail d'élaboration.

Comprendre les dynamiques sous-jacentes

Imaginons une femme qui viendrait consulter parce que son couple ne l'épanouit pas, elle a des récriminations contre son partenaire, bref plus rien ne va. La situation n'est pas urgente, elle n'est pas en danger, elle est mécontente et bloquée dans une relation délétère. L'arrivée en thérapie va libérer sa parole, elle va se sentir plus forte, avec l'idée souvent illusoire que tout va déjà mieux. C'est ce qu'on appelle la lune de miel. Ce début du traitement qui donne l'impression que le ciel se dévoile et que tout est désormais possible.

Elle quitte son mec. Elle croit supporter sa décision quelques temps et puis la dépression s'installe et parfois très durablement. Pourtant c'était ça qu'il fallait faire, non? Il la traitait mal, ne la regardait plus, se moquait d'elle, tout son entourage l'y encourageait depuis des années et elle l'a enfin écouté!

Cette femme s'est séparée avant d'avoir pu identifier les raisons qui l'avaient conduite à se lier à cet homme. Que représentait-il pour elle? Le chagrin et la sidération l'envahissent et il est d'autant plus difficile de saisir les dynamiques sous-jacentes de cette ancienne union. La patiente est coincée dans le regret et l'auto-dénigrement.

S'arrache-t-on définitivement de nos répétitions?

Les cures ont lieu désormais une à deux fois par semaines et on peut se demander si la durée d'analyse qui, aujourd'hui, a fortement augmenté n'est pas due au fait qu'on empêche moins les patients de prendre des décisions importantes.

Pour ma part, ça aura duré dix-huit ans. Et j'en aurais pris des décisions à la con pendant toutes ces années. J'ai beaucoup agi pour ne pas réfléchir. J'en ai parfois payé le prix fort. Mais l'exigence freudienne est particulièrement élitiste, intellectuellement et matériellement et s'inscrit dans un contexte radicalement différent.

En revanche sa pensée théorique, à ce propos, est toujours d'actualité. Les ressorts psychiques de remémoration et de répétition existent toujours. Mais je ne sais pas si, à 20 ans, j'aurais été capable de faire un travail purement remémoratif. Ce sont mes conneries, mes impasses et surtout le fait d'en avoir sacrément marre qui m'ont permis d'analyser le plus profondément possible ma manière de fonctionner.

C'est ça le plus long, d'en avoir suffisamment assez de se retrouver dans la même galère. On s'y accroche dur comme fer à la petite jouissance qui consiste à manger dans la poubelle plutôt que de mettre tout ça au recyclage.

Et puis s'arrache-t-on définitivement de nos répétitions? Je n'en suis pas si sûre. D'aucun dirait qu'on trouve le moyen de les circonscrire dans un endroit psychique acceptable. Elles ne nous débordent plus en fin d'analyse, elles sont là et je les considère comme de très vieilles amies, pleines de défauts mais avec tendresse.

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