Santé

Vivre éternellement: pourquoi, et dans quel état de santé?

Temps de lecture : 6 min

Les progrès de la médecine et de la science pourraient nous faire vivre beaucoup plus longtemps. Avec, à la clé, de nombreuses questions.

Dans la série Ad Vitam, actuellement diffusée sur Arte, Yvan Attal a dépassé le siècle et demi d’existence mais paraît toujours la fringante cinquantaine. | Arte
Dans la série Ad Vitam, actuellement diffusée sur Arte, Yvan Attal a dépassé le siècle et demi d’existence mais paraît toujours la fringante cinquantaine. | Arte

Après avoir essuyé quelques coups dans une bagarre improvisée au coin d’une rue, Yvan Attal plonge dans une cuve de régénérescence et en sort beau comme un sou neuf, les nombreux hématomes de la rixe disparus. Car dans la série Ad Vitam, actuellement diffusée sur Arte, Yvan Attal a dépassé le siècle et demi d’existence mais paraît toujours la fringante cinquantaine. Dans cette dystopie, l’homme ne vieillit plus et, par conséquent, ne meurt plus, grâce aux progrès de la médecine.

L’immortalité, un doux rêve tant la mort peut effrayer nombre de nos contemporains. Ne plus avoir peur que tout se termine demain pourrait peut-être nous libérer d’une certaine forme de pression. «Le propre de l’humain c’est la finitude, rétorque Jean-Michel Besnier, auteur de Les robots font-ils l’amour? Le transhumanisme en douze questions co-écrit avec Laurent Alexandre. L’immortalité nous fermerait aux autres, nous perdrions toutes propensions à communiquer les uns avec les autres.»

Remporter la bataille contre les maladies

Voilà un pavé jeté dans la mare d’une conviction qui commence à faire du bruit, le transhumanisme. Cette branche de croyance qui promeut l’utilisation des découvertes scientifiques et technologiques pour améliorer les performances humaines. Et donc, à terme, toucher du doigt l’immortalité, ou du moins la très longue vie, de différentes façons, grâce à la cyborgisation de l’humain, la fusion avec la machine, ou la bionisation, qui passerait plutôt par des technologies pour booster la biologie humaine. «Il faut s’entendre sur les mots. Le mot éternel, ce n’est pas la même chose que de dire immortel, ou encore amortel, pas tout à fait la même chose que dire vivre très longtemps. La grande majorité des transhumanistes ne parlent pas d’immortalité, précise Marc Roux, président de l’Association française transhumaniste. Il est davantage question de ce qu’Edgar Morin a appelé “amortalité” qui se résume simplement à dire qu’on pourrait bien remporter la bataille contre la plupart des maladies. C’est un cadre rationnel, c’est de la prospective», affirme-t-il, semblant ouvrir une troisième voie.

Il y a deux siècles, l’espérance de vie à la naissance en France atteignait péniblement les 40 ans. Aujourd’hui, celle-ci a doublé. Et c’est ainsi que Marc Roux fait le pari de continuer à voir cette espérance de vie augmenter graduellement jusqu’à la très longue vie, au gré des avancées scientifiques. Un calcul qui peut paraître terre-à-terre mais qui n’en est pas moins naïf, selon Jean-Michel Besnier. «Une espérance de vie allant au-delà de 130 ans paraît impensable en terme de biologie», pense celui qui rappelle que l’allongement de la vie a provoqué l’apparition de maladies nouvelles, comme Alzheimer. «Avec notre espérance de vie, des maladies sont apparues, et d’autres maladies apparaîtront pour accompagner une longévité accrue. Il m’arrive de fréquenter des centenaires, ils vivent dans la solitude, ils ne sont plus impliqués dans la dynamique d’activités et sur le plan sentimental ils n’ont pas le sentiment d’avoir quoi que ce soit à voir avec leurs arrières petits enfants

Chemin long et tortueux

Ca passe légèrement l’envie de chercher la cure de jouvence. «Il n’y a pas de raison de penser qu’on n’arrivera pas à vaincre les maladies même si notre environnement mute, réplique Marc Roux. On peut continuer à faire baisser le taux de mortalité». Et, avec ceci, changer de paradigme: ne plus voir la thérapie médicale comme une fonction pour un retour du corps à la normale, mais plutôt la médecine comme voie d’amélioration du corps humain. Et donc, ne pas maintenir dans un état de vieillissement avancé des personnes qui ne le veulent plus, comme peut le sous-entendre Jean-Michel Besnier, mais bien allonger considérablement le temps du bien-être du corps.

«La question reste, c’est vrai, de savoir si on peut repousser le plafond de verre, c’est à dire qu’une personne arrive à vivre par exemple 125 ans»

Ce sera, Marc Roux l’admet, un chemin long et tortueux, en prime. «La doyenne de l’humanité actuelle à 115 ans, et chaque année, à son âge, la probabilité de décéder est multipliée par deux dans les conditions médicales actuelles. Mais imaginons que, dans deux-trois ans, on trouve quelque chose qui permette de tenir le coup, et ainsi de suite… Une personne pourrait arriver alors jusqu’à 122 ans, par exemple. Ce sera une personne dans un état de vieillissement avancé. Mais les gens de 80-90 ans bénéficieront alors aussi de cette thérapie, et ils pourront aller plus loin encore». Un long cycle «sans rupture», loin de ce qui est proposé dans l’imaginaire de certaines séries ou des transhumanistes les plus excentriques. Pas pour demain, donc, a priori. «Aujourd’hui, on a rien de plus que le sport, le chocolat noir, le vin rouge, plaisante Marc Roux. Je ne fais pas dans les prophéties, il faut y aller avec des pincettes. Il est imprudent de la part de certains scientifiques de dire qu’on ne va jamais y arriver. La question reste, c’est vrai, de savoir si on peut repousser le plafond de verre, c’est-à-dire qu’une personne arrive à vivre par exemple 125 ans».

Un transhumanisme soft et modéré, loin des aspirations qu’on peut entendre et lire ici et là. Sur ce point, l’historien co-fondateur de l’association transhumaniste et le philosophe se rejoignent: il ne faut pas céder à l’hyperbolique, à l’exagération ou aux effets d’annonce. Ils éloignent, alors, le fantasme de transférer notre conscience à une machine pour dépasser la mort, via l’homme bionique ou le cyborg. «Comme s’il y avait le corps d’un côté et l’esprit de l’autre alors que les deux choses sont parfaitement indissociables, peste presque de son côté Jean-Michel Besnier. Le cerveau a besoin de stimuli sensoriels, corporels, d’un système nerveux central, ce qui ne peut aller qu’avec un corps».

Et si l’on se concentre sur la très longue vie biologique, et purement celle-ci, elle-même ne paraît pas souhaitable. «Une longévité indéfinie jouerait sur notre pro-activité. Si vous vous donnez des centaines d’années, vous ne serez pas dans le désir et l’intensité de la vie active», continue le philosophe. Pour Marc Roux, ce constat d’échec prophétisé est fait parce qu’on imaginerait la très longue vie arriver dans nos sociétés comme une rupture –d’un coup nous mourrions à 80 ans, et dans l’année suivante à 200 ans. Pour lui, l’homme, comme il le fait depuis toujours, va s’adapter et modifier ses comportements au fur et à mesure que le taux de mortalité va baisser et que sa vie va s’allonger.

Angoisse d'amortalité

Ce n’est pas seulement le vieillissement qui va changer, mais toute la société. «La perspective de faire reculer la maladie et le vieillissement ne me paraît en rien avoir pour conséquence automatique la disparition de la connaissance de notre mort et donc de l'angoisse existentielle. Autrement dit, je ne pense pas que ce soit la perspective d'une “immortalité” ou d'une mortalité probable à long terme qui influe le plus sur nos comportements. Il me semble que les ressorts de notre biologie qui nous font ressentir l'angoisse, la peur, l'insécurité, notre fragilité, etc., au quotidien, jouent un rôle bien plus conséquent». Et puis, les progrès seront tels que, adaptés, nous pourrions parvenir à maîtriser nos angoisses, justement. «D’ici là, nous pourrions nous demander quelles intensités de nos angoisses existentielles il est intéressant de conserver pour améliorer nos chances de perdurer.»

Et chez ceux où l’angoisse de l’amortalité remplace l’angoisse de mourir, les transhumanistes rappellent que cette dernière a tenté d’être comblé par l’homme, bien avant leur mouvement. En faisant allusion à différentes religions, Marc Roux conclut: «L'idée qu'il pourrait ne pas y avoir de fin relève d'une pensée métaphysique et donc d'une croyance. Les humains n'ont pas attendu le transhumanisme pour élaborer ce genre de pensée. Au contraire, la très grande majorité d'entre eux adhère toujours à des systèmes de pensée qui, d'une manière ou d'une autre, affirment qu'il n'y a pas de fin». Déjà Ad vitam æternam.

D’où viendront les problèmes de santé de demain? Comment les anticiper, les gérer et protéger les plus faibles? Quelles attentes, quelles frontières? Des questions auxquelles tenteront de répondre les experts réunis le 30 novembre lors du colloque «Santé et protection sociale: nouvelles attentes, nouvelles frontières» au collège des Bernardins à Paris, par AG2R La mondiale en partenariat avec Terra Nova.

Slate.fr

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