
L'annonce, mercredi 31 mars, d'un déficit français record, 7,5% du PIB en 2009, remet à la Une de l'actualité l'enjeu majeur des finances publiques. Alors que la crise réduit les recettes des Etats tout en les poussant à augmenter leurs dépenses, le redressement des finances publiques sera dans tous les pays une priorité des années à venir. Une fois encore, je continue de penser que nous avons tout intérêt à regarder de près les politiques mises en place depuis plus d'une décennie par nos voisins allemands. La comparaison franco-allemande sera ainsi au cœur du grand forum que GénérationFrance.fr consacre à la dette publique mardi 6 avril prochain. Nous bénéficierons notamment de l'éclairage du Docteur Gäckle, conseiller spécial du groupe CDU/CSU au Bundestag sur les questions des finances publiques.
Pour financer la réunification, l'Allemagne a dû consentir un effort sans précédent : entre 1990 et 1995, sa dépense publique a doublé. L'Allemagne partait ainsi du même niveau de dépenses par rapport au PIB que la France en 1995 et pourtant elle se situait 9 points en dessous en 2008. L'explication de ce phénomène est simple: l'Allemagne a su réduire ses dépenses (-0,2% en valeur entre 1995 et 2006) quand la France les a augmentées de 46,3%. Comment l'Allemagne a-t-elle su couper dans les dépenses quand, dans notre pays, les crispations sont si fortes dès qu'on évoque la maîtrise des dépenses publiques ?
Le rétablissement des finances publiques allemandes s'est opéré en deux temps : de 1998 à 2005, sous l'impulsion de la coalition rouge verte de Gerhard Schröder, et depuis 2005 avec les gouvernements d'Angela Merkel. Entre 1998 et 2005, le SPD et les Verts au pouvoir, ont pris conscience que la compétitivité de l'Allemagne s'érodait dangereusement, fragilisée par le double choc de la réunification et de la mondialisation. Ils ont alors choisi de mener une stratégie impopulaire mais qui leur semblait être la seule voie pour sauver le modèle économique et social allemand : réduire la dépense publique et maîtriser l'augmentation du coût du travail.
Le gouvernement Schröder a joué sur trois leviers :
Cependant, ces vastes réformes n'avaient pas suffi à réduire les déficits en période de récession. La dette publique était passée de 58,8% du PIB en 2001 à 68% en 2005. Le Gouvernement d'Angela Merkel, qui a succédé à celui de Gerhard Schröder en 2005, a donc choisi de poursuivre une politique d'assainissement des comptes publics. Sur la période 2006 et 2009, le gouvernement Merkel a entrepris de dégager 120 milliards d'euros supplémentaires pour l'Etat :
Grâces à ces mesures, en 2008, avant l'éclatement de la crise, l'Allemagne avait réussi à être à l'équilibre budgétaire avec un déficit à 0%. Poursuivant sa logique de désinflation compétitive, l'Allemagne a réaffecté une partie des économies générées vers des allégements de charges, par exemple, entre 2006 et 2009, 22 milliards d'euros ont été consacrés à la diminution des cotisations chômage.
Bien sûr, la crise aussi a entraîné un dérapage des comptes publics de l'Allemagne : le déficit devrait atteindre 5% en 2010 pour un endettement de 76,7%. Mais outre que ces chiffres restent meilleurs que ceux de la France (8,2% de déficit et 83,2% d'endettement prévus pour 2010), les déficits allemands sont essentiellement conjoncturels alors que les nôtres sont encore largement structurels. L'Allemagne est aujourd'hui le seul pays d'Europe qui devrait revenir à l'équilibre budgétaire après la crise sans nouveau plan drastique de réduction des dépenses. Les mesures de consolidation budgétaire déjà engagées depuis dix ans devraient mécaniquement suffire à redresser les finances publiques. L'Allemagne a pu ainsi s'engager à respecter le Pacte de Stabilité et de Croissance dès 2013 (3% de déficit et 60% d'endettement).
Nous pouvons tirer quelques leçons de l'expérience allemande :
1/ Il n'y pas de fatalité à l'endettement public à condition d'avoir une politique cohérente sur plus de dix ans. Entre 1995 et 2008, l'Allemagne a pu rétablir une situation qui était aussi inquiétante que celle de la France. Cela a été possible grâce à un cap politique responsable et réformateur fixé par le SPD et poursuivi par la CDU. A quand une telle continuité en France, au-delà des alternances politiques ?
2/ L'augmentation des impôts ou le retour de la croissance ne suffisent pas, le redressement des finances passe dans tous les cas par une réduction des dépenses. Ne cédons pas à la facilité en nous contentant d'augmenter les prélèvements obligatoires.
3/ La maîtrise des finances publiques passe par un effort à tous les niveaux pour jouer sur tous les leviers disponibles: réforme de la protection sociale, réduction des effectifs de la fonction publique, rabotage des niches fiscales, pacte budgétaire entre l'Etat et les collectivités.
C'est dans le domaine de la réduction de la dépense publique que la France doit agir en urgence, parfois en s'inspirant de l'Allemagne. Entre 1996 et 2008, les dépenses de l'Etat ont augmenté de 35%, celles de la sécurité sociale de 61% et celles des collectivités de 78%, un tel rythme n'est pas tenable.
Je propose donc qu'une loi de programmation des finances publiques soit votée au début du prochain quinquennat et qu'elle soit élevée au rang organique avec un objectif de réduction de la dette. Cela signifie que chaque loi de finances de l'Etat et de la Sécurité sociale devrait respecter la norme d'évolution des dépenses fixée dans la loi de programmation. Pour les collectivités locales, je préconise d'instaurer un pacte de stabilité interne, avec des objectifs à respecter et un bonus malus sur les dotations de l'Etat.
L'Allemagne, qui a supprimé plus de deux millions d'emplois publics, a prouvé que le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux est tout à fait tenable et même que nous pouvons aller plus loin en étendant ce principe aux opérateurs de l'Etat et aux collectivités locales. La fusion des administrations des régions et des départements est un moyen d'atteindre ce but.
Sur le volet recettes, notre système fiscal peut aussi gagner en lisibilité, tout en générant des économies de gestion. Nous pouvons ainsi agréger impôt sur le revenu et CSG-CRDS. L'assiette fiscale serait plus large, le dispositif plus efficace et cela permettrait de réaliser la fusion du fisc et des Urssaf. Ce serait l'occasion de mettre enfin en place la retenue à la source, une réforme gagnante pour l'Etat comme pour les contribuables.
Nous sommes au pied du mur, le niveau de la dette affecte notre compétitivité et notre croissance, fragilise notre modèle social et nous prive de marges de manœuvres politiques. La réduction des dépenses demandera des efforts à tous les Français notamment au moment de la réforme des retraites. Mais je crois que les Français sont prêts, à condition que la justice soit au rendez vous.
Jean-François Copé
Photo: Flickr, CC licence Attribution, par hans s
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