Pour donner un peu de fraîcheur à ce live laborieux cliquez sur cette phrase.
23h08 David Pujadas jette l'éponge dans une ambiance de malaise général. Je vais faire pareil. Avec le même sentiment de malaise.
23h03 Bon... Marine Le Pen refuse toujours de répondre à Jean-Luc Mélenchon (sauf s'il présente ses excuses). Pujadas rame comme jamais. Et le mec de France 2 qui a organisé ce débat devrait commencer à envisager une reconversion professionnelle.
23h01 Mélenchon parle d'avortement, Le Pen range ses papiers et sort un journal. Clairement un hommage à Vincent Delerm face à Stéphane Guillon.
23h00 Marine Le Pen a "autre chose à faire que de débattre avec un leurre". (Parce que Jean-Luc Mélenchon appellera à voter François Hollande de toute façon selon elle.)
22h57 S'ils continuent comme ça, soit ma télé va imploser, soit ma carte électorale va se suicider par combustion spontanée.
22h55 Combien de papiers demain sur l'internet français avec "infâme" dans le titre ? (Oui, Mélenchon vient de traiter le FN de parti infâme, et Jean-Marie Le Pen de "infâme président".)
22h53 David Pujadas s'en sortira jamais. Aucun présentateur télé n'est préparé pour ça.
22h50 Entre Marine Le Pen qui se victimise et Jean-Luc Mélenchon qui arbore un sourire satisfait en entendant les insultes qu'il a proférées contre le FN, ce débat est encore pire que ce que j'avais prévu.
22h49 "ce débat n'a pas de sens parce que je suis dans le trio de tête pour les élections." Cf "ma démagogie elle marche mieux que la tienne".
22h46 OMG... Marine Le Pen vient de faire la même réflexion que moi sur les gants de boxe. Je traverserai donc demain la place de la République nue, enduite de goudron et de plumes. RIP Titiou Lecoq
22h45 Arrivée de Jean-Luc Mélenchon. David Pujadas n'a pas fait l'erreur de poser des gants de boxe sur la table...
22h28 Je parierai pas des masses sur les audiences de cette émission...
22h25 Petit lolfail de France 2, la caméra qui montre Jean-Luc Mélenchon en coulisse pile au moment où Marine Le Pen parle de "méchant".
22h21 La blague de l'internet qui se coupe et où tu perds tout ce que t'avais fait = mes dernières trente minutes. Je sirotais tranquillement du vin, je vais passer à la rasade de destop pur.
21h51 AH! Guaino rentre enfin en piste. Mais je crois que j'attends trop de lui. Il est trop poli, il risque de la laisser partir sur ses rails habituels. D'ailleurs, David Pujadas est obligée de la couper.
21h48 Donc aucune réponse précise de Marine Le Pen. Elle va organiser la réindustrialisation de la France, mettre au fin au dumping social mais sans jamais expliquer exactement comment. Et pour botter en touche, elle tape sur Nicolas Sarkozy. On va bientôt pouvoir instituer le Point Sarkozy.
21h33 Je ne sais pas comment résumer ce qui se passe... Le spécialiste en économie de BFM lui pose des questions très précises sur les conséquences de son programme économique et Marine Le Pen répond systématiquement sur autre chose. Pas à côté hein - complètement autre chose pour essayer de revenir sur son discours habituel. Là où elle reste forte c'est qu'elle le fait comme si elle n'était pas du tout en train de se faire étendre sur son programme économique.
21h24 Y'a au moins un truc qu'on ne retirera pas à Marine Le Pen : quand elle parle de chiffres (et qu'il est tard, et qu'on est fatigué) elle est aussi chiante que n'importe quel autre politique. Doit y avoir une équation de communicant qui m'échappe, chiant = crédible.
21h21 Donc Marine vient d'annoncer qu'elle allait détruire Jean-Luc Mélenchon. En vrai pas tout à fait mais j'essaie de me donner à moi-même des frissons télévisuels. En fait, elle a dit que si on reprochait à son père sa violence, on ne devrait pas donner la parole à Mélenchon l'insulteur.
21h04 En dénonçant les militants communistes qui tenteraient de l'empêcher de tenir ses meetings, Marine Le Pen :
1°) se contente-t-elle de défendre la démocratie contre les affreux extrémistes ?
2°) prépare-t-elle l'affrontement avec Jean-Luc Mélenchon ?
21h "J'ai fait 7 ou 8 meetings dans toutes les villes de France". Soit elle a fait 7 meetings par ville (et là, je dis chapeau) soit la France est devenue un pays qui ne compte au total que 7 villes...
20h49 Je veux pas dire mais derrière David Pujadas, dans le public, s'est caché un ado qui a un peu une gueule à débarquer un jour au lycée armé jusqu'aux dents parce que la dame de la cantine ne lui aurait pas servi assez de frites la veille. Sauras-tu le retrouver ?
Je dois live-bloguer un débat qui n'aura peut-être pas lieu. C'est du live-bloguing virtuel donc. En effet, Marine Le Pen a annoncé son refus de débattre avec Jean-Luc Mélenchon, elle veut de l'UMPS ou rien. Enfin… officiellement elle en a un peu marre de se faire insulter par Mélenchon. Mais France 2 refuse de changer son interlocuteur.
(En même temps, ça m'en touche une sans vraiment faire bouger l'autre parce que j'attends surtout le face-à-face Henri Guaino / Marine Le Pen.)
En attendant de savoir si Jean-Luc Mélenchon va parler seul pendant 20 interminables minutes (OUI, il aurait dit que si Marine Le Pen quitte le plateau à son arrivée à lui, il était capable de tenir l'antenne 20 minutes, voire même 3 ou 4h - quelle soirée de petite folichonne je me prépare-là.)
Donc faisons un rapide rappel des épisodes précédents du grand concours de "regarde comme ma démagogie elle est plus belle et grosse que la tienne". (Tu es mélenchoniste et ton petit coeur saigne quand tu lis cette infamie ? Sache que tu n'es pas du tout obligé de m'en faire part dans les commentaires.)
Marine Le Pen avait dit (l'année dernière chez Bourdin) "Vous êtes un peu la Yvette Horner de la politique, vous avez 30 ans de retard sur tout". A quoi, Jean-Luc avait répondu : "vos trucs de diversion madame ça ne marche pas avec moi, je ne suis pas un petit garçon. "
Puis, à l'approche de l'élection, Jean-Luc en a rajouté. Lors d'un meeting il a carrément chargé la barque : «Cette Madame Le Pen, qui n'a aucune espèce d'imagination, passe son temps à faire des emprunts forcés pour dire : je parle comme Mélenchon. "Voyez mes ailes, je suis un oiseau". Et de temps à autres, je suis xénophobe, "voyez mes pattes, je suis un rat". Cela nous fait une chauve-souris»

Marine Le Pen vue par Jean-Luc Mélenchon (elle vole haut cette campagne quand même...)
(Au passage, je vous rappelle que j'avais déjà étudié le goût immodéré de M.Mélenchon pour les comparaisons animalières.)
Il l'avait également traitée de "semi-démente". Marine avait haussé les épaules et l'avait littéralement assassiné en répondant que Jean-Luc était "un grand comédien mais hors caméra c'est un homme charmant, affable, presque un petit garçon".
Au lendemain de l’intervention télévisée du président de la République, on ne peut que s’étonner que les commentateurs ne s’attardent pas davantage sur un élément fort de cette prestation. Certes, il y a eu la hausse de la TVA, la baisse des charges patronales, mais il y avait surtout les cheveux de Nicolas Sarkozy.
Ma fascination pour sa nature capillaire ne date pas d’hier. Ni de son élection. Ça a dû me prendre du temps où il était ministre. A l’époque, ses apparitions quotidiennes au 20 heures étaient une occasion sans cesse renouvelée de m’interroger sur la possibilité ontologique de son cheveu. Le cheveu sarkozyste bénéficie, semble-t-il naturellement, d’un effet «vague». Un truc improbable qui ressemble de profil à ça: ≈.
Même quand il était jeune et portait le cheveu plus long, on discernait la fameuse vaguelette ondulante, portée sur le côté pour un style «méché».

Ça, c’était évidemment du cheveu de futur Président. Du cheveu de mec qu’on peut réveiller à 4 heures du mat en cas de guerre nucléaire et qui sera pré-coiffé.
Bref, pour revenir à l’analyse de sa prestation d’hier,
notre Président arborait sa vague coutumière et ses cheveux grisonnants. 
Et là, il n’y a rien qui vous choque?
Ses cheveux grisonnants… Un peu comme en 2007, non?

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en Egypte en 2007. REUTERS/Nasser Nuri
Certes, le visage a changé, il est marqué, comme tous les présidents. La fonction leur assure un vieillissement accéléré. Mais ses cheveux n’ont pas bougé, ce qui est pour le moins troublant. Aussitôt, je décidai de me lancer dans une investigation et là, le choc.
En 2010, Nicolas Sarkozy avait le cheveu blanc.

Capture d’écran intervention télévisée du 12 juillet 2010.
On peut donc en déduire qu’il s’est teint les cheveux mais dans ce cas pourquoi lui reste-t-il des cheveux gris sur les tempes et au-dessus du front? Perso, une coloriste me fait une demi-teinture, je lui fais avaler ses tubes d’ammoniaque par intraveineuse.
De deux choses l’une: soit le Président se fait teindre par une apprentie coiffeuse de la rue du Château d’Eau, soit il a demandé expressément une demi-coloration. Et dans ce cas, pourquoi?
La coloration parce qu’il ne doit pas avoir l’air vieux, usé et fatigué face à François Hollande qui affiche une ligne irréprochable. Mais en demi-teinte parce qu’il doit ressembler à un capitaine de navire courageux bravant la tempête pour nous mener jusqu’au port de la prospérité (oui, parfois, j’aime faire du Raffarin). La métaphore de la tempête, qui porte en creux celle du capitaine, était d’ailleurs encore présente dimanche («Depuis 3 ans le monde connaît des tempêtes»), voire pire qu’une tempête puisqu’il a comparé la crise à un tsunami.
Donc, il a opté pour le cheveu grisonnant du quadra/quinqua sexy. Mais en réalité, plus que la figure du capitaine de bateau, celle qui émergeait de la stratégie capillaire et élocutoire du Président, c’est celle du bon père de famille. Un rôle auquel on n’a pas franchement l’habitude de l’identifier (à moins d’avoir soi-même eu un père souffrant de tics nerveux). Et toute son attitude hier confirmait cette volonté: il suintait le paternalisme.
- voix calme, sérieux, gestes lents pour bien expliquer, vocabulaire concret: «Il faut être précis», «Prenons un exemple», «Je veux que les Français comprennent bien».
- marque d’autorité mais juste ce qu’il faut (voir le nombre de fois où il a réussi à répéter que lui, il est président, comprendre: moi j’ai des responsabilités, comprendre: moi je suis un adulte, comprendre: les autres candidats sont des enfants).
- un père à la fois expérimenté, fiable et dans la force de l’âge. «J’ai une longue vie politique derrière moi», «Le devoir de lucidité, ça compte dans la vie. J'ai connu bien des épreuves, bien des hauts et bien des bas», «J’ai fauté quand j’étais plus jeune».
- un père qui sait se sacrifier pour ses enfants: «La personne qui a perdu son emploi, qui me regarde, qu'est-ce que ça peut lui faire mes états d'âme?». Il est là pour parler aux Français de la situation, il n’est pas question d’évoquer ses états d’âme, même s’il y a «une telle pression sur les épaules d’un Président» mais comme il nous l’a susurré avec gourmandise: «Je ne veux pas me confier comme ça».
- un père qui sait des choses sur la vie, qui a appris le relativisme face à l’agitation du monde: «Je suis lucide», «Je ne dirais même pas de vérité parce qu’il peut y avoir plusieurs vérités» (ça, c’était la remarque philosophique à la Mitterrand de supérette).
- un père qui transmet des valeurs, voir des leçons: «Chacun d'entre nous, on devrait se respecter» (=ne mets pas tes coudes sur la table).
Même sa façon de présenter le «peuple français» dessinait le portrait d’un adolescent rebelle et sans concession: «Les Français c'est un peuple libre, frondeur, souverain, qui ne se laisse imposer sa décision par personne». Frondeur est un adjectif généralement associé à la jeunesse. Et si on y rajoute la célébration du couple franco-allemand qu’il a faite hier, on a une métaphore filée où Angela Merkel est notre maman.
Le positionnement paternaliste est politiquement très risqué. Certes, il a parfaitement réussi à François Mitterrand pour son deuxième mandat, mais il porte en soi, en tant que stratégie électorale, un paradoxe. Si nous étions vraiment des enfants dont il prend soin, nous n’aurions pas le droit de vote.
Evidemment, c’était là un essai de stratégie en vu de la campagne électorale. Une posture qui rend parfaitement cohérent le refus de se déclarer candidat pour l’instant, ce refus devenant de facto un élément même de sa campagne, de même que son cheveu grisonnant. Ce qui fait que je suis en mesure de vous affirmer SCOOP, flash, titre qui clignote EXCLUSIF, que Nicolas Sarkozy va présenter sa candidature à l’élection présidentielle.
Titiou Lecoq
Photo: Nicolas Sarkozy, le dimanche 29 janvier à l'Elysée, interrogé par Claire Chazal (TF1) et Laurent Delahousse (France 2). REUTERS/Lionel Bonaventure/Pool.
L'AVANTAGE PRINCIPAL DU DISCOURS de François Hollande, c’est qu’il nous sortira (peut-être) enfin de la campagne blague qu’on nous inflige depuis plusieurs semaines.
Franchement, ce début de campagne ne rimait à rien.
Je suis censée tenir ici-même un blog pour parler de la campagne vue depuis mon canapé et ma télé passée au crible d’une fine analyse de la rhétorique des candidats par le prisme de ce qu’on appelle le «journalisme assis».

Depuis un mois, le rédac-chef de Slate me demande si je commence bien demain. Depuis un mois, je lui réponds:
«Bah ça serait mieux d’attendre que la campagne ait commencé non? Sinon, je veux bien live-bloguer n’importe quelle émission de TF1. Par exemple, récemment, il y a eu un reportage sur une femme qui n’avait pas de bras et qui mettait ses lentilles de contact avec les pieds, c’était assez bluffant.»
Mais l’autre jour, le chef m’a rétorqué:
«Mais heu… tu vois pas qu’elle a commencé la campagne?»
Eclats de rire. Comme si cinquante tweets de Nadine Morano ça faisait une campagne pour l’élection du président de la République française.
Après, j’ai compris qu’il ne plaisantait pas et je me suis retrouvée dans la peau d’un pingouin à qui on aurait offert une cuillère. Parce que franchement, qu’est-ce que vous vouliez raconter sur ce vaste bordel?
Jusqu’à présent, on a eu l’impression que nos politiques mettaient une énergie folle à multiplier les déclarations contradictoires, non argumentées, sur des thématiques qui changeaient chaque jour, le tout parsemé d’attaques personnelles. Mais sachez qu’en marketing politique, ça a un nom précis:
«La stratégie thématique indifférenciée, qu’il est conseillé d’adopter en début de campagne, est une stratégie de séduction "tous azimuts", qui cherche à conquérir avec le même message des électeurs dans presque toutes les catégories importantes de l’opinion. Un tel message gagne donc à être rassembleur et ambigu.»
Vous voulez rêver un peu? La deuxième étape de la campagne, celle qui devrait donc commencer à se profiler, c’est:
«La stratégie thématique différenciée, recommandée à mi-campagne, est celle qui met en œuvre pour chaque segment une stratégie thématique spécifique. Les composantes du programme sont alors adaptées à la sensibilité des catégories d’électeurs que l’on veut particulièrement atteindre. […] Le message politique est alors traité comme un simple faire-valoir du candidat auprès d’un segment déterminé de l’électorat.»
Et pour finir:
«Une stratégie thématique concentrée s’avérera surtout utile en fin de campagne. Elle consistera à mobiliser les efforts sur un ou deux segments de l’électorat, par exemple les indécis.»
(Marketing et communication politique de Serge Albouy, éd. L’Harmattan, 1994, p. 101)
Jusqu’à présent, on nageait donc en pleine stratégie thématique indifférenciée où chaque matin un sujet en remplaçait en un autre sans que le premier n’ait eu le temps de faire l’objet d’un véritable débat approfondi. TVA sociale, taxe Tobin, quotient familial, ouverture des magasins le dimanche, cinquième semaine de congés payés, coût du travail, etc. Une campagne en saut de puces. Et sur chacune de ces thématiques, pas d’argument/pas le temps (c’est un peu le pas de bras/pas de chocolat de la politique).
A la place, on a eu droit à une avalanche d’attaques ad hominem et de phrases toutes faites. Or qui dit toutes faites, dit toutes pensées. Voire pré-pensées.
En gros, les réactions aux diverses annonces peuvent se résumer par un tableau. En prenant les quatre partis qui sont pour le moment en tête dans les sondages (UMP, PS, Front national, Modem), voici le discours type des dernières semaines:

Ce tableau s’applique peu importe le sujet abordé. Est-ce qu’il est vraiment inenvisageable de s’arrêter sur un sujet et l’approfondir un peu histoire qu’on comprenne? Les Français ne sont peut-être pas dupes, mais ils n’ont pas tous un master en économie qui leur permet, devant deux déclarations incendiaires et lapidaires, de se faire une opinion sur les sujets abordés.
C’est sans doute à ce défrichage explicatif que devraient s’atteler les émissions politiques. Mais les experts donnent l’impression de parler entre spécialistes (ou alors de ne parler de rien, ça dépend des émissions) alors que pendant ce temps, sur TF1, il y a toujours une Carole Rousseau pour nous appâter avec une femme manchote.

Titiou Lecoq
Photo: une chouette à Amman. REUTERS/Ali Jarekji