Politique

Printemps républicain: derrière le discours, les étranges méthodes de ses fondateurs

Temps de lecture : 13 min

Récupération de rapports d'experts, instrumentalisation de concepts pour valider leurs opinions... D'anciens compagnons de route des chefs de file du mouvement leur reprochent leur manière de faire.

Denis Maillard invité sur Public Sénat le 15 janvier 2018 pour parler de son livre, Quand la religion s'invite dans l'entreprise. | Capture d'écran via YouTube
Denis Maillard invité sur Public Sénat le 15 janvier 2018 pour parler de son livre, Quand la religion s'invite dans l'entreprise. | Capture d'écran via YouTube

Ils sont décrits comme chercheurs, experts, ou encore philosophes. Certains sont membres de think tanks qu'ils ont intégrés, comme la Fondation Jean-Jaurès, ou ont eux-mêmes créés, comme L'Aurore. Leurs livres sont très médiatisés. Mais quelle est la réalité de la production intellectuelle des fondateurs du Printemps républicain? Quelques-uns de ceux qui les ont côtoyés de près en ont gardé un mauvais souvenir: celui d'un détournement de leurs travaux et d'une déformation de leurs conclusions, afin d'occuper l'espace médiatique, de donner une légitimité à leurs thèses ou d'assurer un levier politique.

Denis Maillard et le fait religieux en entreprise

Fondateur et premier président du Printemps républicain, Denis Maillard est l'auteur en 2017 d'un ouvrage qui a eu un certain succès médiatique. Le livre, intitulé Quand la religion s'invite dans l'entreprise, est présenté par l'auteur sous sa casquette de «spécialiste des questions sociales et des mutations du travail, ayant collaboré durant six ans avec un cabinet de conseil spécialisé dans la prévention des risques professionnels (Technologia)». Il se propose d'y décrypter comment «le fait religieux se fait plus présent dans l'entreprise, perturbant parfois son bon fonctionnement», à renfort d'exemples de situations présentées comme réelles ou «vécues». «Un véritable casse-tête auquel ni les dirigeants ni les responsables de proximité ne savent comment répondre autrement que par des guides pratiques et des formations», alerte-t-il.

Son travail est largement repris dans les médias, d'abord en faisant la couverture du Figaro Magazine sous le titre «L'islam radical à l'assaut de l'entreprise», jusqu'au journal Le Monde, en passant par L'Express («Face à l'islam radical, des entreprises désarmées») et les plateaux télé comme celui de «Salut les Terriens» sur C8. Problème: Denis Maillard n'est pas un expert du sujet. Bien que l'ouvrage ait été récompensé du prix du livre 2018 de l'Association française de communication interne, sa méthodologie suscite de nombreuses interrogations.

«Les gens d'Astrées ont été horripilés par le fait de ne pas être cités. Ils ont vraiment eu l'impression de se faire kidnapper leur travail par Denis Maillard.»
Claude-Emmanuel Triomphe, ex-délégué général d'Astrées

Directeur de la communication de Technologia, un cabinet proche de Force ouvrière, entre 2011 et 2017, il n'a participé selon ses anciens collègues à aucune expertise sociale. «À l'époque, il faisait partie d'un groupe de travail», se rappelle Jean-Claude Delgènes, fondateur et directeur général de Technologia. À ce titre, Denis Maillard a bien pris part à «des réflexions», ainsi qu'à des «relectures» et «reformulations», mais il «n'était pas expert pour le cabinet», insiste son ancien employeur. «Puis Denis a quitté Technologia et quinze jours après, le livre sur la religion en entreprise est sorti», relate-t-il. Sa lecture lui laisse un goût amer: «Il ne cite même pas mon nom, ni même Technologia! On a énormément travaillé sur ces questions de façon très concrète, pas de manière idéologique. Nous étions dans une approche respectueuse de la laïcité en essayant d'éviter de rajouter de l'huile sur le feu. Nous combattons le prosélytisme, mais nous sommes pour le respect de la liberté de conscience qui est une liberté fondamentale.»

Jean-Claude Delgènes reproche la manière «trop manichéenne» avec laquelle Denis Maillard aborde le sujet dans son livre, ainsi que «la distorsion de la réalité» qui en découle. «Il a sorti des choses de son contexte en écrivant ce qu'il voulait écrire. Par exemple, il a repris des dossiers que l'on n'avait pas vécus comme cela. Il a un peu mis à sa sauce et raccroché son bouquin à une approche idéologique. Il a fait un livre de combat», estime-t-il aujourd'hui. Jean-Claude Delgènes s'est senti «trahi» et juge a posteriori qu'il y a «une imposture».

Entre 2014 et septembre 2015, le cabinet Technologia a participé au travail du LAB Astrées, un think tank qui décrypte les transformations du travail. Pendant plus d'un an, cette association a auditionné de nombreux chefs d'entreprises, syndicats, associations, DRH... sur les réalités religieuses au travail pour en tirer un rapport que Slate s'est procuré. «Tout le monde avait peur de la patate chaude. La religion au travail n'est pas le problème du siècle, mais c'est une question qui monte. Beaucoup d'entreprises avaient tendance à mettre le sujet sous le tapis», analyse Claude-Emmanuel Triomphe, ex-délégué général d'Astrées. C'est ce rapport qui aurait largement inspiré Denis Maillard. «Les gens d'Astrées ont été horripilés par le fait de ne pas être cités. Ils ont vraiment eu l'impression de se faire kidnapper leur travail par Denis Maillard», fustige Claude-Emmanuel Triomphe.

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L'auteur du rapport sur le fait religieux en entreprise relève dans l'ouvrage de Denis Maillard plusieurs exemples d'emprunts concernant des entreprises auditionnées lors des travaux d'Astrées. À l'écouter, la note qui en résultait était «très équilibrée» et prônait des principes d'action pour un dialogue social approfondi. «Il est évident que les conclusions de son livre sont éloignées de celles d'Astrées. Il a mis la note au service de ses thèses personnelles via un procédé que je trouve peu éthique.» Loin du dialogue prôné par Astrées, Denis Maillard défend une neutralisation des religions dans l'entreprise. Pourtant, selon Claude-Emmanuel Triomphe, Maillard avait validé à l'époque «à 100%» la note du think tank: «Je lui reproche d'avoir deux paroles. Il aurait pu s'exprimer s'il n'était pas d'accord lors des allers-retours de la note finale et de la discussion au bureau de l'association.»

«Mais en plus, c'était au service du Printemps républicain», grince Claude-Emmanuel Triomphe. Denis Maillard rejette cette affirmation: «D'une manière générale, je prends soin de ne pas tellement apparaître sous l'étiquette Printemps républicain: je ne signe rien sous ce “drapeau” et je laisse l'association, que je soutiens néanmoins, mener sa vie. Mon travail de consultant n'a rien à voir avec les sujets du PR.»

L'expert d'Astrées, grièvement blessé et longtemps hospitalisé après avoir été touché par les balles des terroristes le 13 novembre 2015 à la terrasse de La Bonne Bière, ne modifierait pas une ligne de son rapport publié un mois avant: «Est-ce que ce qu'il m'est arrivé a changé ce que je voulais dire? Je ne retrancherais ou n'ajouterais rien sur ce que l'on a écrit à l'époque.»

Contacté, un ancien responsable de Technologia, qui participait aux travaux d'Astrées, est lui aussi perplexe à propos des travaux de Denis Maillard. Chargé d'élaborer les notes internes et les présentations sur le fait religieux, il confie reconnaître dans des passages et exemples du livre «certains des travaux de l'époque»: «C'est du roman! Du roman plutôt bien écrit, des phrases et chapitres courts, un vrai talent de conteur avec un titre accrocheur. Le problème, à y regarder de plus près, c'est que la mayonnaise montée sur le sujet du fait religieux l'est bien souvent à partir d'anecdotes qui deviennent des généralisations pour ensuite se travestir en fait de société, l'ensemble venant à l'appui de la thèse.»

Aux critiques de son ancien employeur, Denis Maillard répond qu'il l'avait informé de son enquête, de son livre, et des contacts qu'il entretenait avec des DRH. «Il ne m'a rien dit à ce sujet, si ce n'est se plaindre deux ans plus tard», assure-t-il. Il conteste avoir utilisé dans son livre des exemples de dossiers de Technologia «sauf la RATP», dossier sur lequel il affirme avoir «enquêté par [lui]-même, rencontrant sur [son] temps libre le directeur de l'éthique, le DRH, des chauffeurs de bus, des syndicalistes, etc.».

Pour ce qui est du rapport d'Astrées, il précise: «Les conclusions ne m'ont pas convaincu à titre personnel, raisons pour lesquelles je ne les cite pas, et j'ai continué par moi-même à travailler sur le sujet, rencontrant beaucoup de DRH, notamment. Quant à la “thèse” de mon livre, elle n'appartient qu'à moi.»

«À lire certains titres ou interviews à la suite de ce livre, j'en étais à me demander si le salarié lambda n'allait pas finir par se dire qu'il devrait venir avec un gilet pare-balles au bureau.»
Un ancien collègue de Denis Maillard chez Technologia

Pour son ancien collègue de Technologia, la question est tout autre, il y a un problème de méthode: «Denis Maillard plaide dans son livre pour une sorte de construction d'un commun au travail passant par l'abandon de certains droits, ce qui relève du domaine des convictions. Mais sur le sujet du fait religieux en entreprise venant à l'appui de sa thèse, on est très loin d'un travail d'expert. C'est comme si l'analyse des faits passait au second rang derrière l'idéologie et les présupposés de l'auteur.» Selon lui, «la visibilité d'un phénomène dépend en définitive de la manière dont celui-ci est représenté ou repris, souvent de bonne foi, par les médias. Pour le livre de Denis Maillard, on frisait parfois “l'alternative fact”. Communiquant de métier, Denis ne pouvait l'ignorer.»

La médiatisation du livre lui a paru très anxiogène. «À lire certains titres ou interviews à la suite de ce livre, j'en étais à me demander si le salarié lambda n'allait pas finir par se dire qu'il devrait bientôt devoir venir avec un gilet pare-balles au bureau.» Il ne nie pas que «les entreprises fassent l'objet de demandes pouvant parfois entraîner des tensions», mais il estime qu'«agiter l'opinion, surtout à partir de bases aussi faibles, en lui faisant croire que lui seraient dévoilées des réalités qui lui étaient jusqu'alors cachées, relève des mécanismes semblables à ceux que l'on peut légitimement reprocher à certains milieux présentés comme complotistes. En plus d'un inutile risque d'hystérisation du débat, l'effet peut être catastrophique sur l'opinion publique.» Et de conclure: «Amener ce type de controverse au cœur même de l'entreprise, ce n'est pas lui rendre service. C'est un peu comme jouer avec des allumettes dans un environnement inflammable alors que nous avons besoin de concorde, de calme et de dialogue sur ces sujets.»

Ainsi, Denis Maillard semble avoir exagéré une situation bien moins explosive qu'il le laisse croire, et très différente des conclusions de la note d'Astrées –d'ailleurs rejointe dans son analyse par l'Observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), une référence sur la question. Selon Lionel Honoré, professeur des universités et directeur de l'OFRE, «dans la grande majorité des cas, soit environ 90% des entreprises, la religion pose peu de problèmes. Les salariés comme les managers savent de mieux en mieux ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas dans le contexte de leur entreprise. Il peut bien sûr exister des frictions et de la frustration, mais la discussion reste le plus souvent ouverte. Le principe dominant est celui de la construction d'arrangements locaux qui préservent à la fois le bon fonctionnement de l'entreprise et la liberté religieuse.»

Les rapports annuels réalisés par l'Observatoire de la laïcité viennent corroborer ce constat et appellent à «ne pas céder à la surenchère». En 2019, l'organisme gouvernemental rattaché à Matignon écrivait: «Les atteintes directes à la laïcité (qu'elles émanent d'individus, d'associations, d'administrations ou de collectivités) restent en réalité peu répandues au niveau national, et apparaissent pour la troisième année consécutive mieux contenues grâce à la multiplication, ces dernières années et à destination des acteurs de terrain, des formations à la laïcité et à la gestion des faits religieux. Toutefois, les tensions et les crispations, sur ces sujets qui suscitent un émoi important, restent très vives.»

D'autant qu'en 2015, les organisations syndicales, pour une fois unanimes, avaient signé un texte, «Après le 11 janvier 2015: vivre ensemble, travailler ensemble», dont la sous-partie intitulée «Laïcité au travail: la liberté dans le respect mutuel» fixait les bases d'un dialogue social et d'un diagnostic partagé avec les employeurs. Ces positions n'ont pas changé depuis. Lors de leurs auditions à l'Assemblée nationale, dans le cadre du projet de loi renforçant les principes républicains, les syndicats sont restés sur la ligne de leur appel commun. Le Medef précise de son côté par la voix de son président, Geoffroy Roux de Bézieux, «n'être pas demandeur de quelque chose de supplémentaire pour l'entreprise privée. Nous arrivons à gérer ces problèmes de manière non conflictuelle pour l'essentiel.» Il précise en complément que les Medef territoriaux ont tous un correspondant sécurité en lien avec la DGSI pour surveiller non pas le communautarisme, mais la radicalisation dans les entreprises. Et que, dans ce cadre, ils «n'observent pas non plus de montée des signalements. RAS.»

«Je n'avais pas de commerce à faire autour de la laïcité, d'autres en ont besoin.»
Un ancien membre de la première heure du Printemps républicain

Autre problème, juridique cette fois. Dans son essai, Denis Maillard met en avant un exemple de «bonne» résolution de conflit en entreprise, lié aux demandes de salariés, pour aménager des horaires de travail avant le début du ramadan. C'est ce qui serait arrivé dans une PME spécialisée dans le recouvrement de factures dans les Hauts-de-Seine. Voilà comment il présente sa résolution dans son ouvrage: «L'objectif est de déplacer la discussion du fait religieux vers l'organisation du travail [...] pour que les femmes qui demandaient à aménager leurs horaires commencent alors à comprendre que ce qui relève pour elles d'une liberté individuelle apparaît aux autres comme une contrainte supplémentaire et [...] renoncent spontanément à leur demande initiale.»

Une stratégie qui, dans des cas similaires que nous avons étudiés, a amené les employeurs devant les prud'hommes pour discrimination liée aux convictions religieuses. Pour l'avocat Édouard Habrant, intervenant dans ce type de dossiers, «l'employeur ne doit pas sonder les consciences. Au prétexte de l'organisation du travail, certains employeurs sont tentés de “normer” les comportements et les convictions dans l'entreprise.»

Surfant sur la sortie de son livre, Denis Maillard, parfois décrit comme un «fin stratège en lobbying social», a monté son propre cabinet de conseil en relations sociales en 2017, Temps commun, avec l'ancien président du syndicat étudiant UNEF-ID, Philippe Campinchi. «À chaque fois, les situations étiquetées “fait religieux” mettent les DRH ou les managers mal à l'aise jusqu'à les tenir parfois en échec. C'est en pensant à ces DRH et ces managers et pour répondre à ce lot de situations spécifiques mêlant bon sens, règles de management, principes juridiques et culturels, que nous avons conçu une offre particulière sous la forme d'un abonnement annuel baptisé “Quand la religion s'invite au travail”», précise Denis Maillard dans un post LinkedIn. «Je n'avais pas de commerce à faire autour de la laïcité, d'autres en ont besoin», observe un ancien membre de la première heure du Printemps républicain.

Laurent Bouvet et «l'insécurité culturelle»

Si Denis Maillard cultive la discrétion sur son appartenance au Printemps républicain –il n'apparaît pas non plus sur la page Wikipédia du mouvement–, Laurent Bouvet, lui, est revendiqué par tous comme l'intellectuel organique du groupe. Politiste et professeur à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, ce cofondateur du Printemps républicain a toujours oscillé entre intellectuel et polémiste sur les réseaux sociaux pour défendre sa conception d'une «laïcité intransigeante». Le propos ici n'est pas de mettre en cause l'intellectuel, mais d'analyser la manière dont se sont forgées les idées. «L'homme est estimable. Mais les conséquences de certains actes et ses écrits posent problème», note l'un de ses contradicteurs. Dans les petits papiers de Jean-Michel Blanquer, il a été nommé en 2018 au conseil des sages de la laïcité du ministère de l'Éducation.

Laurent Bouvet a présenté son concept-clé dans L'insécurité culturelle, sortir du malaise identitaire français (Fayard, 2015), qu'il définit comme «l'expression d'une inquiétude, voire d'une “peur”», celle de «percevoir ou ressentir le monde ou le voisin comme une gêne ou une menace en raison de sa “culture”, de différences apparentes ou supposées, qu'il s'agisse, par exemple, de ses origines ethno-raciales ou de sa religion, voilà ce qui provoque l'insécurité culturelle».

Il n'a jamais caché s'être inspiré du concept du géographe Christophe Guilluy, connu du grand public grâce à son ouvrage La France périphérique. Les deux hommes s'étaient côtoyés au sein de la Gauche populaire, un mouvement proche du Parti socialiste mettant l'accent sur la reconquête des catégories populaires. Mais Christophe Guilluy considère aujourd'hui que son concept a été dévoyé pour ne cibler qu'une partie de la population –les étrangers et les musulmans: «J'ai développé le concept d'insécurité culturelle en n'imaginant absolument pas que ça allait être récupéré.»

«Bouvet n'est pas solide du point de vue de ses travaux et il a une très mauvaise réputation à l'université, c'est pourquoi il s'est lancé dans la conquête de l'espace médiatique.»
Un collègue de Laurent Bouvet à l'université

Il l'a en effet forgé au début des années 2000, lors d'un travail sur un groupe de logement social de l'Est parisien dans des cités où il n'y avait pas de «problème d'insécurité majeure». «Ce qui m'a gêné, c'est ce qu'est devenue l'insécurité culturelle. C'était un concept opérationnel pour des logeurs sociaux, explique le géographe, pour décrire le ressenti des catégories populaires confrontées à l'intensification des flux migratoires dans le contexte nouveau de l'émergence d'une société multiculturelle.» Aujourd'hui, il ne se reconnaît pas dans l'interprétation qui en est faite. «L'insécurité culturelle n'est pas simplement vraie pour les “petits Blancs”. Elle est vraie pour les “petits Noirs”, “les petits musulmans”, “les petits juifs”.»

L'apport intellectuel de Laurent Bouvet au débat sur la laïcité est par ailleurs jugé par ses pairs comme relevant plus de la polémique que du réel travail de fond. «Finalement, il n'a réussi ni sa carrière politique ni à devenir un intellectuel vraiment marquant. Il a progressivement défendu des positions républicaines un peu intégristes. Bien que ses livres soient intéressants dans leur genre, plutôt vifs et alertes, ce sont des livres d'intervention que pourraient écrire des journalistes de talent», lui reprochait l'historien Pierre Rosanvallon dans un portrait du Monde.

Avis nuancé par l'essayiste Hakim El Karoui: «Laurent Bouvet a deux visages: celui qui écrit des livres et celui qui écrit des tweets. Or, la pensée sur Twitter en 280 signes est vite caricaturale. Je préfère celui qui écrit des livres, pour qui j'ai de l'estime.» L'un de ses collègues à l'université est plus sévère: «Bouvet n'est pas solide du point de vue de ses travaux et il a une très mauvaise réputation à l'université, c'est pourquoi il s'est lancé dans la conquête de l'espace médiatique.»

Et ça marche, puisqu'il peut désormais se targuer d'échanger avec le président de la République. Lors de son discours des Mureaux «sur le thème de la lutte contre les séparatismes» le 2 octobre 2020, celui-ci évoque une notion-clé du mouvement: «Il y a une forme d'insécurité qui s'est installée, que certains ont qualifiée d'insécurité culturelle, je crois à juste titre, parce que notre société est percluse de fractures, de non-dits que nous avons laissé s'installer» –évocation saluée dans la foulée par le Printemps républicain sur Twitter.

Denis Maillard a quant à lui été reçu discrètement à l'Élysée par l'ex-conseiller social d'Emmanuel Macron et actuel secrétaire adjoint de l'Élysée, Pierre-André Imbert, le 25 février 2020, avec la première promotion de Social demain, son école de formation dont le but est d'identifier la génération de moins de 35 ans qui sera «capable de questionner le modèle et les frontières du social pour le réinventer “hors les murs”».

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