Serge Lazarevic, ancien otage au Mali, raconte comment il a désappris la peur
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Serge Lazarevic, ancien otage au Mali, raconte comment il a désappris la peur

La captivité peut avoir une couleur. Comme celle qu’a donné Guy Delisle à son dernier roman graphique: S’enfuir. Un bleu gris qui ressemble à l’obscurité, restitue l’absence de lumière. Un bleu nocturne, comme on dit une nuit sans étoile, une nuit sans fin, les nuits que par analogie on associe à la mort. Un bleu nocturne comme un bleu silencieux, par opposition au jour qui accueille la lumière et ses métaphores: la chaleur, la vie.

Comme Christophe André, le héros du récit de Guy Delisle, qui a été otage du Caucase à la fin des années 90, Serge Lazarevic a connu ce bleu là, sans lumière. Il a connu ce bleu-là au Mali, pendant plus de trois ans, otage d’AQMI.

De Lazarevic, on sait un peu sa captivité, et beaucoup ce que la presse a dit de lui, qu'il était un un «magouilleur», et qu'il a démenti. On sait les rumeurs, sur un passé trouble. Qu'il a une femme, des enfants et des petits-enfants. Qu'il a exercé plein de métiers, dans le bâtiment, ailleurs. On sait son départ au Mali, et puis la prise d'otages, avec son ami Philippe Verdon, qu'il perdra là-bas, la violence, et le retour,  le 9 décembre 2014. Et l'impossibilité d'une normalité recouvrée.

La perte de la peur

Mais ce que l'on ne sait pas vraiment, de Lazarevic, c'est ce qu'il a vraiment vécu là-bas, et comment son séjour lui a désappris la peur. Il dit:

«J’ai le bassin qui a été touché, j’ai pris des coups sur la tête, on m’a torturé, j’ai des problèmes de mémoire et d’oreille interne, et j’ai des vertiges tout le temps. Je ne sais pas si vous pouvez réaliser ce que c’est, 4 ans dans la nature, dans le Djebel, dormir sur des pierres. En plus, j’étais enchaîné aux chevilles et j’avais des menottes derrière le dos, pour dormir. Et 4 ans comme ça, c’est long».

Mais il n'a jamais vraiment raconté jusqu'à présent l'effroi, comment il a frôlé la mort, et qu'il n'a plus peur désormais; le sentiment lui est devenu à jamais étranger. 

 

Pour écouter l'épisode d'Alexandre Mognol:

 

Charlotte Pudlowski

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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