Comment parler de religion avec ses enfants?
Les sales gosses

Comment parler de religion avec ses enfants?

En 2016, et depuis quelques années déjà, quand on pose l'équation «religion + enfants», on en arrive immanquablement à invoquer un événement qui aura fait la une des journaux et alimenté en interminables débats des déjeuners de famille ou une timeline Twitter.

Exemple.

En mai 2015, le maire de Béziers, Robert Ménard, affirmait avoir recensé 64,6% d'enfants musulmans dans les écoles de sa ville. Ce traitement de «données» avait suscité moult réactions, le plus souvent indignées, mais parfois d'adhésion, à ce qu'il convient d'appeler un abject fichage. Mais peu se sont demandés ce qu'il s'était alors passé dans l'esprit de ces enfants, qui, au détour d'un JT de 20h ou d'une matinale radio diffusée pendant le petit déj, auront compris que leur religion, ou en l'occurrence la religion supposée par leur prénom, faisait d'eux des suspects potentiels qui mériteraient donc d'être recensés.

Alors que les références religieuses sont omniprésentes et que certains déplorent l'avènement du «problème religieux» prophétisé par André Malraux, la façon dont les religions doivent être évoquées avec les enfants est, elle, largement mise sous le tapis. Et ce malgré les multiples débats de société qui devraient nous amener à interroger sinon la transmission des croyances, au moins celle de l'histoire familiale.

Le sujet est absolument inévitable, et pas uniquement parce que le pays traverse une douloureuse période de crispation religieuse. Être parent, c'est se préparer, de gré ou de force, à trouver des réponses aux questions parfois métaphysiques, parfois franchement terre-à-terre, que les enfants posent nécessairement. C'est quoi le paradis? Que fête-t-on exactement à Noël? Pourquoi certains garçons sont circoncis, d'autres non? Pourquoi tu vas à l'église et papa à la synagogue? C'est quoi le problème avec le porc? Et puis, que dire à un enfant qui se fait traiter de «sale juif» à l'école?

La religion, un récit familial

Franchement, nous, on est incapables de répondre correctement à aucune de ces questions. On sait pas faire. Nos connaissances des textes et des grandes croyances sont même tellement nulles que quand nos enfants nous interrogent, bah, on va chercher sur Google. Et franchement, on ne s'applique pas beaucoup pour rendre les réponses trouvées plus interessantes que ça. Autour de nous, les autres parents, qu'ils soient ou non croyants, semblent tout autant embarrassés quand il s'agit de parler de Dieu, le leur, celui des autres, celui auquel ils ne croient pas. 

Pourtant, la culture religieuse, c'est d'abord, et peut-être même surtout, une culture, des histoires, des rites conservés ou boudés, une identité construite sur le rejet ou l'adhésion à la foi, bref, en tout cas, cas un récit familial. La laïcité, qui est sur toutes les bouches, doit évidemment être définie par les adultes auprès des enfants (si tant est que les adultes eux-même sachent quoi mettre derrière le mot) mais tout autant peut-être que la liberté de culte, la diversité des croyances, le sens des rites... Et bien sûr, évidemment, les fondamentalismes.

Notre invitée pour le podcast est Delphine Horvilleur, elle est rabin, journaliste, mère de trois enfants, auteure de Comment les rabbins font les enfants, et nous a aidé à comprendre pourquoi c'est si inconfortable de parler de tout cela avec notre progéniture, et comment, aussi, rendre l'affaire moins complexe. Voire joyeuse.

 

Nadia Daam

Nadia Daam Journaliste

Titiou Lecoq

Titiou Lecoq