Politique

Presse et parano

Temps de lecture : 14 min

[Épisode 16] Najwa et Ghislain se retrouvent embarqués dans un train avec la presse sans pouvoir discuter de la proposition de Jean-Jacques Van Buiten.

Najwa allonge ses jambes sur les fauteuils moelleux et laisse glisser ses escarpins. Elle doit l'admettre, on se relaxe cent fois plus vite en première classe qu'en seconde. | Nicolas Balas 
Najwa allonge ses jambes sur les fauteuils moelleux et laisse glisser ses escarpins. Elle doit l'admettre, on se relaxe cent fois plus vite en première classe qu'en seconde. | Nicolas Balas 

Résumé des épisodes précédents:
De retour à Paris, Najwa et Ghislain doivent décider de ce qu'ils vont faire des informations confiées par les Oradars. Planqué dans un palace, Ghislain reçoit un menaçant appel de Jean-Jacques Van Buiten; s'il veut sauver sa place, il doit sacrifier sa fille au système.

«Ne dites à personne: Maître, Maître! Que chacun reste maître de soi-même.»
— Élisée Reclus, préface de Paroles d'un révolté par Pierre Kropotkine (1885)

Victor Arojo fait tourner son téléphone comme une toupie sur la grande table de la conférence de rédaction. Tout autour, les chefs de service débattent de ce que le site devrait mettre en avant durant les heures qui viennent. ActuJour, qui vantent les affiches sur les murs, est le premier site d'info en France. Victor Arojo mène les interviews pour la partie vidéo, elles sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux. Son invité doit logiquement coller au thème du jour, mais ce matin les chefs tardent à se décider. L'une veut à tout prix traiter de la disparition des rédacteurs en chef dans les médias du service public, un cataclysme pour l'info selon elle. Un autre lui rétorque que voilà typiquement le sujet corpo qui n'intéresse que les journalistes, alors que les enfants de France vivent la révolution de la suppression des profs! Il raconte un bug, la veille, dans une classe de Meudon: le surveillant n'ayant pas su intervenir, l'hologramme a répété la même boucle de trente secondes aux enfants tout l'après-midi. Voilà la une, selon lui. Voilà la vie sous Pivi.

La responsable marketing se racle la gorge pour faire remarquer que, dernièrement, un lien assez net semble se dessiner: plus un article est virulent contre Pivi, moins il est mis en avant sur Whuzz. «En clair?», la coupe la cheffe du service culture, «on arrête de faire des enquêtes?» «En clair: Whuzz nous ramène 78% de notre audience, je le rappelle à tout le monde avant qu'on se lance dans de grandes croisades qui nous feront fermer.»

Certains journalistes autour de la table ricanent de ces considérations pécuniaires, d'autres, moins chevaleresques, semblent inquiets. La première qui avait parlé insiste: «L'information gérée par Pivi, ça va être horrible, chaotique, et ceux qui croient qu'ActuJour est à l'abri se trompent. Quand les dirigeants du site vont mesurer les économies réalisées dans le service public, ils vont réclamer la suppression des rédacteurs en chef dans la semaine!»

«C'est bien ce que je dis», reprend celui qui l'avait déjà taclé: «Tu as peur pour ton poste, tu veux mettre ton cas perso à la une. Les gens se foutent qu'on se fasse virer!» Le chef du service santé confirme et suggère de plutôt parler de l'avenir. Selon lui Pivi pourrait supprimer la vaccination obligatoire dans les jours qui viennent. Encore une hérésie en termes de santé publique. «Au moins ça calmera les anti-prélèvements ADN, qui sont très souvent antivax…», réfléchit tout haut le chef du service société. Intéressant, estime-t-il, mais pas autant qu'un reportage chez une famille d'enseignants au chômage technique du jour au lendemain. La responsable marketing se racle à nouveau la gorge ostensiblement pour rappeler ses mises en garde.

Victor Arojo allume brièvement son portable pour voir l'heure. 11 heures passées, ils vont le mettre dans la panade à autant tarder. La directrice de la rédaction se tourne vers lui:

Directrice T'en es où avec Ghislain de Neuville? Y a moyen de l'interviewer aujourd'hui?
Victor Lui qui réclame toujours un micro, il ne répond plus depuis quarante-huit heures. Même par SMS.
Directrice Il se passe quelque chose. C'est lui qu'il faut choper. Quand est-ce que tu peux le coincer?
Victor Ça va être compliqué, il part en déplacement ce soir. À Lyon, je crois…

La cheffe du service culture confirme, le Totem inaugure demain à Lyon la Biennale d'art contemporain. Grande innovation, ce sera la première édition ayant une intelligence artificielle pour curateur. Des personnalités du monde entier seront présentes. La directrice de la rédaction veut que Victor saute dans le train pour Lyon et qu'il ramène une interview sur les dernières évolutions affolantes de Pivi. Le grand échalas soupire. Il avait d'autres plans pour sa soirée. La responsable marketing lève les bras aux ciel, attaquer frontalement Pivi se paiera cash! La directrice fait le tour de la table du regard avant de répondre posément qu'il faut parfois oublier sa part variable et se concentrer sur son vrai métier.

Ghislain se terre désormais chez lui, puisque Jean-Jacques Van Buiten le retrouverait n'importe où. Rideaux tirés, il boit du whisky en slip sous le drapeau tricolore, celui qui servait de décor à ses vidéos et est resté punaisé au mur. Il a visité d'autres appartements, il en a trouvé un bien, il aura les clés dans un mois. Déménager demande de la patience. Pour tromper l'attente, Ghislain a remplacé son vieux clic-clac par un sofa design. À la télévision, Aglaé annonce décoller pour enregistrer son nouvel album à Los Angeles. «Douze titres 100% Pivi», promet la chanteuse qui, glousse Ghislain, semble ne pas avoir digéré son éviction surprise du poste de Totem. Quelle drôle d'idée, raille-t-il encore, d'aller en Californie, au pays de Pivi, pour enregistrer son pamphlet. «Elle aurait dû filer en Chine pour créer en toute liberté.» Fini de rire. La bouteille est vide. Ghislain doit aller prendre sa douche et faire sa valise pour Lyon. Il se tient au mur du couloir pour atteindre la salle de bain, trébuche en avant et se cogne la tête, à trois reprises, en ôtant ses chaussettes.

Sous le jet d'eau brûlante, Ghislain essaye de chasser de son esprit les possibilités que pourraient lui offrir la réorganisation de l'Algorithme promise par Van Buiten. S'il a bien compris les geeks du Perche, tout se joue à la conception du joujou. S'il est présent dès le début, il pourrait concrétiser quelques vieux fantasmes politiques inassouvis. Il proposerait à Van Buiten d'appliquer un score social. Exclure les mauvais citoyens des décisions communes: ignorer l'avis des criminels, des mauvais payeurs, des rebuts. Favoriser au contraire celui des «forces vives»: dirigeants, hauts salaires, hauts QI… Leur vote pourrait compter double, triple, plus encore. Ghislain distribuerait ces passe-droits. Il argumente déjà en attrapant le shampoing: «Un homme, une voix, ça commence à dater. Deux siècles, peut-être plus? Il serait grand temps d'affiner. Non, tout le monde n'a pas le même nombre d'abonnés sur les réseaux. Non, tous les hommes ne se valent pas.» Il se frictionne fort, à s'en rougir la peau, pour se rappeler que non, il ne sacrifiera pas sa fille, naturelle ou pas, à un algorithme. Il doit redescendre sur terre. Urgemment. Il essuie la buée pour se voir dans le miroir: «Ton intégrité, c'est tout ce qui pourrait bientôt te rester.»

Les journalistes sont beaucoup trop nombreux pour le petit escalier entre les deux étages du TGV pour Lyon. Tant bien que mal contorsionnés pour tenter d'arracher une réaction à Ghislain qui rejoint le compartiment qu'il a fait privatiser. «Je dois bosser mon discours, je vous répondrai plus tard. Najwa vous donnera quelques infos dans un instant, vous vous les communiquerez par téléphone arabe.» Najwa à quelques pas ne prend même pas la peine de lui faire remarquer le racisme hallucinant de cette expression, elle a encore sa valise à la main et choisit de garder ses forces pour la suite.

Ghislain, qui traîne tous les stigmates d'une gueule de bois pas possible, actionne la poignée du compartiment, la porte s'ouvre et se referme derrière lui. Il laisse Najwa seule sur la plateforme face à la meute. Elle lâche sa valise deux secondes pour mettre ses mains en cornet autour de sa bouche: «Pas de panique. Pas d'événement avant demain, 14 heures: discours d'ouverture de la Biennale. 15 heures: visite de l'expo avec une dizaine d'artistes internationaux. 17 heures: possibilité de questions-réponses en face-à-face. Je le dis pour ceux qui font de l'image, télévisions, web et photographes, vous allez vous régaler, ces interviews se feront dans le parc de la Tête d'Or tout proche, on ne peut rêver plus joli cadre. Mais vous recevrez tout par mail, ne vous inquiétez pas. Je dois aller préparer tout ça!» Elle effectue un de ces pieds de pivot gracieux qui lui permettent de fuir sans trop sembler le faire. Poignée de porte en l'air, les battants s'ouvrent et la laissent passer dans un soupir mécanique.

Najwa grimace. Des vapeurs d'alcool rances empuantissent le wagon, Ghislain doit avoir carburé au pétrole depuis la gnôle des Oradars, deux jours plus tôt. Elle s'installe le plus loin possible de lui, ce n'est pas compliqué: Ghislain a privatisé tout le wagon de première classe. Et un agent de sécurité qui se poste devant la porte alors que, Najwa voit le quai reculer par la fenêtre, le train quitte la gare. Vingt-huit places au total, aux frais du contribuable, pour que le Totem ne soit pas importuné par les curieux. Najwa trouvait ça abusé, mais en allongeant ses jambes sur les fauteuils larges et moelleux, elle doit admettre qu'on se relaxe cent fois plus vite en première classe qu'en seconde, c'est fou. Elle laisse glisser ses escarpins et jette un œil sur les réseaux distraitement.

Ghislain cuve, quelques sièges derrière, suant, les tripes en vrac, le crâne douloureux, subissant partout les morsures d'improbables courbatures. L'incertitude autour de la décision de Najwa ne l'aide pas. Il n'ose lui demander ce qu'elle a répondu à Van Buiten et ça le rend malade. Plus tôt, à quai, il a tenté de deviner la réponse dans ses yeux mais n'y a rien trouvé: le regard de Najwa n'a pas fui comme celui d'une coupable, aucune lueur complice, ni de défi non plus… Rien de signifiant. Peut-être l'a-t-elle balancé, peut-être que Ghislain sera arrêté par la police à sa descente du train. Peut-être pas. Il ne va pas faire les deux heures de trajet ainsi. Encore une dizaine de minutes, le temps que stoppe cette suée d'alcoolique, et il ira lui parler.

Ils ont tout le wagon pour eux, après tout, il n'est pas pressé. Le train longe cet endroit insolite en pleine zone artisanale bétonnée, avant de sortir de la ville et de traverser l'infinie platitude des champs de la Beauce, cet endroit où les rails surplombent une sorte de mare très travaillée, des îlots aux formes savantes, des joncs, des affluents habilement dissimulées derrière des rochers, un jet d'eau artistique au milieu qui jaillit au-dessus du nom de l'entreprise, le tout surveillé par des yeux immenses peints sur les entrepôts qui entourent ce délire aqueux… Ghislain n'a jamais compris ce que cette mise en scène essaie de vanter, quelle activité? Quel rapport entre les silos peints, l'eau stagnante et les yeux démesurés qui fixent droit devant comme si eux aussi cherchaient la réponse? À chaque passage, Ghislain se dit que ce vilain étang doit coûter une fortune à entretenir et, sans trop savoir pourquoi, ça lui plaît. Il trouve cette inutilité poétique.

Ghislain souffle dans sa main en creux pour sentir son haleine: pas top. Il fouille ses poches à la recherche des bonbons à la menthe qu'il a achetés en boutique avant le départ, en gobe un quand il les trouve enfin. Puis un deuxième, à bien y réfléchir. Najwa est toujours sur son portable, il l'imite, le temps de se recomposer une allure plus engageante. Le temps que s'apaise le volcan dans son ventre. Un petit somme, même, ne serait pas de refus… Mais parmi les premiers échos à ce déplacement officiel, un tweet le réveille comme un coup de gong. Quelqu'un bave sur le Totem et sa critique est très reprise.

Ghislain Najwa, t'as vu sur Twitter? Ça sort d'où, cette connerie?

Najwa a vu. Elle ne relève pas le tutoiement, trop occupée à trouver de qui vient l'attaque précisément, le premier message, elle remonte…

Najwa C'est un des journalistes embarqués dans ce train. Victor Arojo, «le visage d'ActuJour» dit sa bio. Vous m'avez déjà parlé de lui...
Ghislain Oui, je le connais, un grand échalas de gauchiste.
Najwa Bah il ne vous aime pas. Tweet posté à 18h17 sur son compte, @varojo_: «A-t-on approuvé l'achat d'un wagon tout entier à chaque déplacement du Totem ou c'est comment? En attendant, ils fêtent ça au champagne à l'abri d'un gorille…»

La photo jointe est reprise partout. On y voit le vigile devant la porte close et une affichette A4:

Accès réservé.

TOTEM.

Najwa, rongée par le stress, a maintenant autant mal au ventre que Ghislain. «Qu'est-ce que je t'ai fait, moi, arobase-Victor-Perez-tiret-du-bas? T'as décidé de me pourrir un peu plus une journée déjà cauchemardesque?» Elle se retourne vers Ghislain.

Najwa Je vous l'avais dit que c'était de l'abus, tout un wagon.
Ghislain Pas de panique. Vous avez son 06? Envoyez-lui un SMS. S'il n'efface pas tout, procès. Où il a vu du champagne? Diffamation. Y a même pas une goutte d'Ice Tea. Et je n'ai pas «acheté» le wagon, je l'ai loué. Il veut jouer sur les mots? On va jouer.
Najwa Non, ce n'est pas une bonne idée. Il va publier le texto direct… Et puis, ça ne sert à rien qu'il efface sa photo: 890 versions circulent déjà, chacune avec sa propre légende.

Elle a raison. Ghislain se renfonce dans son siège. Les coups de marteau dans son crâne ne l'aident pas à réfléchir. Qu'est-ce qu'il pourrait répondre, sérieusement? Rien. Aucun commentaire. Laissons les Français juger. Tout un compartiment, ça fait cher évidemment, mais Ghislain a de la marge dans le budget événementiel. Toutes les sauteries du Totem sont payées par ses partenaires privés. Au pire, si la direction tique à la prochaine publication des comptes, Van Buiten imposera de réduire la voilure et puis c'est tout.

Ghislain On va l'inviter dans notre wagon.
Najwa Pardon?
Ghislain Arojo et deux ou trois autres journalistes au hasard, on va les inviter dans notre wagon. La presse, quand elle commence à montrer les dents, il faut la faire croquer.
Najwa Arrêtez vos métaphores pourries, là, je comprends rien. Qu'est-ce que vous voulez lui offrir?
Ghislain Un moment privilégié. Les journalistes n'attendent que ça: ramener du rare, être mieux traité que les collègues. Les trois élus seront aux anges d'avoir une exclu, et si les autres nous cassent encore les pieds, on n'aura qu'à les traiter de jaloux. Affaire réglée.

Victor Arojo doit baisser la tête pour entrer dans le compartiment sans se cogner. Une jeune femme aux cheveux courts et un type ébouriffé le suivent, puis la porte se referme, le vigile se repositionne devant, les autres journalistes ne passeront pas, bras tendus avec leurs micros, qui reprennent leur valse à deux sous sur la toute petite plateforme. À l'intérieur, Ghislain fait signe à ses invités d'avancer jusqu'à lui, au fond du compartiment. Il a, au préalable, avalé une poignée de pastilles à la menthe. Najwa les salue à peine quand ils passent devant elle, en colonne hésitante. Ghislain les prévient d'emblée qu'il doit encore travailler son discours et n'a qu'un petit quart d'heure à leur accorder. En off. Pas d'enregistrement, ni audio ni vidéo.

Ghislain se colle contre la fenêtre pour leur laisser de la place dans le carré du fond. Victor s'installe en face de lui, la fille à côté de Victor et le moins rapide prend le siège restant, à côté de Ghislain.

Ghislain J'imagine que vous allez me parler de la suppression des rédacteurs en chef dans le service public. Les décisions de Pivi prennent une toute autre saveur quand elles frappent à votre porte, n'est-ce pas? Peut-être n'allez-vous pas applaudir l'économie, cette fois-ci…
Victor Je pensais plutôt vous demander des nouvelles de votre révolution. Vous annoncez vouloir remplacer Pivi et… vous disparaissez?

Les journalistes croient entendre Najwa pouffer à l'autre bout du wagon. On ne la voit pas, ils tendent l'oreille, mais le bruit ne se reproduit pas.

Ghislain Je n'ai pas disparu. Je me renseigne, nuance.
Victor Faut lire un manuel pour débrancher Pivi?
Ghislain Figurez-vous que c'est un peu cela. Et je vais vous surprendre, débrancher Pivi n'est peut-être pas la solution. Pourrait-on l'utiliser à bon escient, lui donner une seconde chance, conserver certaines des réformes qu'il a réalisées? Je ne sais pas encore, vous êtes marrant… La situation est complexe. Je me renseigne, vous dis-je.
Victor Auprès de qui?

Ghislain sourit sans répondre. Il tourne le regard vers la journaliste assise à côté, pour signifier que le tour de Victor est terminé. Elle se présente. Macha Précard, de la chaîne Twitch NaruNews.

Macha Vous ne semblez pas réaliser que le temps presse, en fait. Depuis les prélèvements ADN, les gens parlent de dictature, mais là, l'école sans profs est devenue carrément flippante en fait, tout le monde flippe maintenant.
Ghislain Vous ne pourrez pas dire que je n'ai pas prévenu les Français…

Ghislain reprend son sourire silencieux. Le dernier invité en profite pour glisser timidement son nom. Alexis Pratin, de la page Whuzz Pratinfos.

Alexis Pourquoi vous n'allez pas rejoindre la communauté qui grossit au nord de Paris, sous le périph, sans portables ni ordis ni rien qui produit de la data? Les Oradars. Leur combat, c'est le vôtre.
Ghislain Non. Les Oradars, ils sont gentils, mais tresser des poils de chèvres en macramé ne peut pas être l'objectif de tout un pays. Attention, je trouve super qu'ils nous prouvent qu'on peut encore vivre sans algorithme. Ils font office de pense-bête, vous voyez? Je ne vais pas arrêter de me raser pour autant.
Macha En fait, j'ai raison, c'est ouf, vous voyez pas l'urgence.
Ghislain Jeune fille… L'urgence, c'était de défendre vos élus et les politiques quand il était encore temps. Vous me reprochez à moi de ne pas prendre la mesure de la catastrophe? Je vous dis que, malheureusement, maintenant que c'est fait, que des destructions irréversibles ont été commises, un temps de réflexion est nécessaire. Pivi est hors de contrôle, bien sûr que je veux le remplacer rapidement, mais par quoi? D'accord il y a urgence, mais une mauvaise décision peut plomber la France pour des siècles.

Ghislain n'en laisse encore rien paraître, mais l'inquiétude le gagne. Il a débuté l'entrevue très concentré sur son discours, soucieux de ne se fermer aucune porte auprès de Pivi tant qu'il n'a pas pris de décision. Sur ce tableau, il est plutôt content de lui. Mais que Najwa reste à l'écart le stresse. D'habitude, elle surveille ce qu'il raconte à la presse. Elle ne se gène pas, d'ailleurs, pour intervenir et toujours défendre Pivi quand Ghislain va trop loin. Aujourd'hui, rien. Elle est même trop petite pour que Ghislain voit sa tête dépasser du siège. Invisible. Il ne peut s'empêcher de penser qu'elle a accepté le deal de Van Buiten, qu'elle l'a lâché, qu'elle le laisse barboter une dernière fois dans sa fange face à la presse sachant qu'il se fera refroidir à Lyon. Elle ne lui a pas demandé, en tout cas, où étaient cachés les papiers d'Askip pour affronter Pivi. Les doigts de Ghislain tapotent chacun leur tour sur la tablette centrale.

Victor observe son manège en coin, Macha déblatère sur l'urgence de la situation, Alexis demande s'il peut au moins prendre un selfie. Ghislain accepte, les quatre se lèvent et se tortillent pour tenir dans le cadre malgré la taille imposante des sièges de première classe. Dans l'écran du téléphone, ils voient soudain Najwa apparaître, livide. Ghislain se retourne, elle se tient dans l'allée, portable au bout de son bras ballant.

Najwa Aglaé. Elle est morte.
Ghislain La chanteuse? Comment ça?
Najwa À l'aéroport. Elle partait pour Los Angeles enregistrer son disque. C'est pas clair, mais elle aurait été électrocutée par un portique.
Victor Un portique de sécurité? C'est impossible.

Dans le prochain épisode:
Toujours enfermés avec la presse dans le train pour Lyon, Ghislain et Najwa doivent gérer la nouvelle du décès du tout premier Totem: la chanteuse Aglaé. Les circonstances étranges de sa mort donnent lieu à différentes interprétations.

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