Politique

Le Cercle des laines polaires

Temps de lecture : 14 min

[Épisode 13] Une source crédible alerte Najwa d'un danger, elle doit, pour en savoir plus, se rendre dans un campement alternatif d'opposants à Pivi qui vivent hors des radars du système: les Oradars.

Ghislain, adossé à la voiture électrique, observe l'autorité naturelle de Najwa. Et se flatte de s'y reconnaître. | Nicolas Balas 
Ghislain, adossé à la voiture électrique, observe l'autorité naturelle de Najwa. Et se flatte de s'y reconnaître. | Nicolas Balas 

Résumé des épisodes précédents:

En situation délicate après la bronca contre les prélèvements ADN obligatoires, Ghislain tente le tout pour le tout pour rester au pouvoir. Il propose ni plus ni moins de débrancher Pivi et d'assurer personnellement la transition démocratique. Najwa espère que le système saura réagir à ce nouveau coup bas.

«J'ai pas le talent de l'ordinateur: lui la mémoire, moi les souvenirs au cœur.»
— Eddy Mitchell, «Ça fait désordre» (Mr Eddy, 1996)

Les leds de la station-service l'éclairent comme en plein jour. Alentour, la campagne s'enfonce dans le noir et le silence. Seule l'autoroute déverse en continu son flux lumineux et ronflant de camions à la queue leu leu. Les poids lourds poussent l'air de la nuit en vagues tièdes jusqu'à la fenêtre de Ghislain. Il tapote sur l'indicateur de charge du tableau de bord: 42%. Il sort de la voiture, vérifie machinalement que la prise est bien reliée à la borne électrique. Oui, il le sait, ils étaient presque à zéro quand ils se sont arrêtés. Najwa revient de la boutique avec deux expressos fumants. Un motard, pressentant que renverser ses cafés serait une grave erreur, freine pour la laisser traverser.

Ghislain, adossé à la borne électrique, observe cette autorité naturelle et se flatte de s'y reconnaître. Leur lien biologique? Comme Najwa l'avait exigé, Ghislain n'a jamais plus abordé le sujet. Ni avec elle, ni avec personne d'autre. Ghislain débranche l'énorme prise, la range, s'essuie les mains avec un mouchoir, rate la grosse poubelle noire près de la borne, s'assoit en silence sur le siège passager. Najwa se réinstalle au volant, lui tend son café. Non, elle ne souhaite pas qu'il prenne le relais, merci Ghislain. La voiture repart.

Selon le GPS du tableau de bord, ils approchent de Chartres. Encore une heure et demie en direction du Mans avant de quitter l'autoroute. De crainte que Pivi ne les trace, ils ont dû laisser à Paris leurs smartphones et autres appareils connectés. Quand Najwa lui a dit de venir les mains vides, Ghislain a d'abord cru à une formule de politesse. Au contraire, a stipulé Najwa, c'est la condition sine qua non de ce voyage. Elle semblait si sûre d'elle que Ghislain l'a suivie.

La radio est sur Flux-Route, une fréquence dédiée aux informations de circulation entrecoupées de débats susceptibles d'intéresser un conducteur. En sortant de Paris, ils ont eu droit à «110 km/h maximum sur l'autoroute: un bilan 110% positif?» Une fois sur l'A11, «La révolution des imprimantes 3D a-t-elle vraiment réduit d'un tiers le nombre de camions sur les routes?» Non, Ghislain s'en doutait. Les débats avaient ensuite porté sur la pertinence des travaux sur l'A87, provoquant des ralentissements dans les deux sens à hauteur d'Angers… Ghislain aurait juré qu'il pouvait se passer de son portable; sans, le voyage semble interminable. Najwa ne parle pas, il regarde par la fenêtre défiler les talus ras et monotones. Sur l'échelle des attentes insoutenables, il atteint le niveau «observer une casserole d'eau jusqu'à ébullition». Les gros remous vont poindre, il le sent, il le sait. Mais que c'est long. Najwa garde les yeux rivés sur la route toute droite.

Ghislain Mais qui c'est, ce gars? Il sort d'où?

Najwa soupire, double un camion, se rabat sur la droite. À la radio, on entame un débat sur les voitures autonomes.

Najwa Vous pouvez encore descendre, hein. Moi, je ne voulais pas vous emmener. C'est lui qui dit que c'est important que vous soyez là, que sinon ses mises en garde seront inutiles…
Ghislain Et vous lui faites confiance? Assez pour, à son appel, planquer votre portable, louer une caisse et faire la route sans poser de questions?
Najwa Assez, même, pour vous prendre avec moi comme il me l'a demandé. C'est dire…

Ghislain laisse échapper un sourire et reprend son observation des talus. Après un flash spécial consacré à une famille de hérissons obturant temporairement la sortie n°14 de l'A5, le débat sur la voiture autonome dégénère. Un des invités ose un parallèle entre la prise de décision au volant et la prise de décision étatique. «Sur les voitures, voyez-vous, sont prévus quatre niveaux d'autonomie: d'une conduite manuelle à une prise en charge quasi totale. Pourquoi pas la même chose en politique? Quand on voit ce qui est décidé par l'Algorithme, les limitations de vitesse abusives et autres délires de tout brider, on se dit que Ghislain de Neuville n'a pas tort, on aurait dû garder quelques humains aux commandes. On nous flique, on nous réduit à des chiffres, mais à combien vous chiffrez le plaisir d'une accélération? Le frisson d'un petit dérapage contrôlé? La vie, bordel!»

L'animatrice a un rire gêné, coupe son invité –désolée, le temps file– et lance la pub. Najwa soupire: «On ne te réduit pas à des chiffres, abruti, on se casse la tête à prendre en considération tous les aspects de ta vie, jusqu'aux plus insignifiants. On prend soin de toi.» Elle l'admet désormais, Pivi n'est pas parfait. Mais les geignards commencent à lui taper sur les nerfs. Il reste le meilleur système possible.

Sur les raisons de cette expédition, Ghislain n'en saura pas plus que ce que Najwa lui a déjà raconté. Elle a été contactée par une connaissance, elle le nomme Askip, un codeur qui a fait partie de l'équipe ayant adapté le logiciel de Whuzz à la France. Pour faire simple, Askip est l'un des pères de Pivi. En retraite anticipée à seulement 35 ans. Retranché dans un des camps alternatifs qui se sont montés depuis le début des prélèvements ADN, une de ces communautés voulant échapper au contrôle des algorithmes. «Le Perche», vante laconiquement un panneau marron sur le bas-côté, figurant un immense cheval de trait. Sans autre précision, au passant d'imaginer que cela augure de fantastiques vacances dans la région.

Un étroit pont en pierres franchi, Najwa se gare et coupe le moteur. Aucune lumière ni signe de présence dans les environs. La nuit se fait violette, les étoiles pâlissent, la ligne d'horizon rosit déjà. Dans une heure, le soleil pointera.

Ghislain On attend? On ne peut pas le prévenir?
Najwa Pas de portable. On attend et on finit à pied.
Ghislain De nuit?

Elle ne répond rien mais semble chercher quelque chose des yeux, dehors, à travers le pare-brise. Une lueur rouge apparaît, approche, s'élève soudain dans le noir, s'intensifie: une cigarette. Son propriétaire s'arrête à quelques pas de la voiture, tire encore trois bouffées, illuminant à chaque fois sa face burinée. Najwa sort, Ghislain l'imite et claque la portière bien fort derrière lui pour prouver qu'il n'a pas peur.

Najwa Jipé, c'est ça? Askip m'a dit que vous seriez là. Najwa. Enchantée.
Jipé Et lui, il est réglo?
Najwa Ghislain? Non. Mais Askip veut le voir. Alors le voilà.
Jipé Alors on y va. Mais d'abord, zéro réseau…

Il jette sa cigarette roulée, s'approche de Ghislain, le palpe de haut en bas. Dans l'obscurité, Ghislain trouve cela gênant, Jipé s'en cogne. L'homme est plus précautionneux avec Najwa et s'excuse une dizaine de fois en la fouillant. Il recule enfin, se roule une nouvelle cigarette en un clin d'œil et l'allume. Quelques taffes, puis il sort une lampe-torche de sa veste de chasseur multipoches. Il ouvre la marche en laissant le rai lumineux se balader derrière lui, que les citadins voient où ils mettent les pieds. Ils longent le moulin, franchissent une passerelle en bois, une plus large en métal et arrivent dans une sorte de cour de ferme.

Jipé C'est le hameau. Sauf qu'à c't'heure, tout le monde pieute… Je vais vous faire du café.

Dans la cuisine en bois sombre, au plafond trop bas, aux murs épais comme un cheval de trait, Jipé pose deux bols d'eau chaude sur la toile cirée, suivies d'un pot de café instantané en poudre. Najwa grimace. Pas vexé, Jipé sort deux petites cuillères. Il a une tête de naufragé, des yeux un peu fous, une veste polaire tachée et informe, la barbe et les cheveux hirsutes comme s'il n'avait pas fermé l'œil depuis des semaines. Il plonge dans le frigo, en sort des rillettes qu'il tartine sur deux grandes tranches de pain. Les deux invités craignent un instant que ce ne soit pour accompagner leur ersatz de café, mais Jipé s'installe à table en face d'eux et se met à engloutir les tartines sans proposer de partager. Soulagé, Ghislain lance pour briser le silence pesant de cette cuisine.

Ghislain Ah, les rillettes! On sent que Le Mans n'est pas loin. Vous êtes du coin? Vous avez dû en téter dès le biberon…
Jipé Même si j'étais pas du coin j'en mangerais. C'est trop bon, les rillettes.

Ghislain sourit bêtement, ne sachant quoi répondre à cela. Najwa demande à Jipé s'il n'aurait pas plutôt un sachet de thé à plonger dans son bol d'eau chaude; il abandonne sa tartine un instant pour fouiller les placards. Au visage de Najwa qui s'illumine, Ghislain comprend que c'est Askip qui vient d'apparaître dans l'embrasure de la porte, la trentaine ébouriffée. Les cheveux mi-longs, mais pas la coupe de l'intellectuel chic ni celle du surfeur, plutôt celle, tranche Ghislain, du sauvage qui se néglige. Les longues mèches en bataille sont plus que jamais à la mode chez les rebelles: elles permettent de lutter contre la reconnaissance faciale. Dans le métro parisien, par exemple, les caméras peinent à identifier les passagers exagérément chevelus. Pivi n'ayant pas encore décidé d'imposer de coupe réglementaire, les jeunes se font un plaisir d'être créatifs. Mais ici, pas de métro, le gars est juste une feignasse.

Najwa Te voilà enfin!
Askip Najwa! Je me disais bien que j'avais entendu du bruit. T'as fait bonne route?
Najwa Oui, merci. Avec l'assistance à la conduite, tu sais, ce n'est plus très fatiguant, j'ai à peine tenu le volant.

Ghislain sert la main qu'Askip lui tend, s'attendant à quelques cals paysans. Il a au contraire les douces menottes d'un informaticien. De toute évidence, le jeune homme ne vit pas à la campagne depuis longtemps.

Askip On ne savait pas quand vous alliez débarquer précisément, on est allé dormir, vous nous pardonnerez. Jipé a géré? La nuit, il rôde, de toute façon. Il dort jamais, il fonctionne par sieste, personne comprend comment. Jipé, c'est mon cousin, c'est lui qui habitait là le premier.

Askip se sert un grand bol d'eau chaude, y plonge deux cuillers à soupe de café lyophilisé et s'installe à table avec eux. Sous le vieil abat-jour orange, en attendant que son bol refroidisse, il raconte que Jipé a hérité il y a dix ans d'une maison du hameau, pas facile d'accès à cause du vieux moulin et des cours d'eau. Le cousin a commencé à retaper les lieux seul, puis un pote à lui s'est fait un appart dans le pigeonnier, puis une famille rencontrée sur les ronds-points des «gilets jaunes» est venue changer la grange en maison. D'autres les rejoignent depuis les tests ADN, tout le hameau sera bientôt habité, à part la maison tout au bout, celle des Anglais qui ne viennent qu'en août: Jipé aurait des soucis avec les gendarmes s'il la squattait. Pas besoin. Pour les nouveaux, Jipé a étudié les cabanes de Notre-Dame-des-Landes. Il a quelques plans pour agrandir la communauté.

La communauté des Oradars. Des citoyens-déserteurs, explique Askip, voulant respirer hors système, se soustraire à l'espionnage algorithmique, ne plus produire aucune data, vivre hors radars. D'où le nom les Oradars. Dans le hameau, on ne communique que face-à-face. On vit sans ordi ni portables ni aucun objet connecté. Hors radars. Ghislain fait signe qu'il avait déjà compris la première fois. Pas des babas cools, précise Askip, pas des punks à chien ni des rastas blancs à didjeridoo, certains sont comme lui, d'anciens scientifiques reconnus. Tous parvenus à la conclusion qu'il vaut mieux échapper à l'Algorithme.

Askip Vous voyez le principe? Faire pousser ses légumes pour ne pas les commander en ligne, laisser des mots à ses proches pour éviter les SMS, regarder le feu plutôt que les écrans, jouer aux échecs en bois plutôt qu'au poker virtuel, tendre un drap entre deux arbres et faire des ombres chinoises plutôt que de s'enfermer mater du porno... Bref, plus aucune trace numérique. On ne prône rien d'illégal, hein. On ne joue simplement plus le jeu.

Ghislain a fini son bol de mauvais café depuis longtemps, il se retient de demander pourquoi les avoir fait venir jusqu'ici. Il le sait d'expérience, souligner que vous avez dû quitter la pimpante capitale pour leur terne terroir n'est jamais bien vécu par les provinciaux. Il opte pour une autre formulation.

Ghislain Et qu'aviez-vous à nous dire de si important?
Askip Attendons que les autres se réveillent pour avoir cette discussion. Il fait presque jour, non? Je vais vous faire visiter!

Il finit son café d'une traite, sourit à Najwa et ouvre la porte qui donne sur la cour. Najwa se lève aussitôt, Ghislain suit, Jipé, indifférent, s'étale des rillettes sur une nouvelle tartine. Askip traverse la cour, enjambe un muret moussu à moitié écroulé, poursuit sur un bout de pré où une tente prend la rosée. Il ralentit un instant pour pousser un lourd portail hérissé de pics rouillés et passer dans une autre cour. L'aube permet tout juste de voir où l'on met les pieds.

Devant une maison au toit en pente douce, Askip explique à Najwa que la famille qui l'a rénovée a deux enfants adorables. Leurs parents les scolarisent à domicile, persuadés que l'école algorithmique pourrit les bambins. Najwa lève les yeux au ciel. Askip sourit, attendri, et glisse à Najwa: «Toi, tu crois encore au système, hein? Pivi forever!» Elle hausse les épaules et reprend sa déambulation. Les passages entre les maisons sont si étroits qu'aucune voiture ne peut s'y faufiler. Vélo uniquement. Ghislain reste un peu en retrait, avec la désagréable impression de tenir les chandelles. À l'endroit où le chemin quitte le hameau pour se perdre dans la forêt, Askip fait une pause et se retourne, campé sur ses deux jambes, les mains au chaud dans sa laine polaire, sourire sauvage, cheveux au vent tel un marin.

Askip Ne faites pas la tête, Ghislain! On va l'avoir, cette discussion. Je ne vous ai pas fait venir pour rien, si c'est ce que vous craignez. Les autres seront bientôt debout, rassurez-vous. Puisque je vous tiens, profitons-en. J'aimerais avoir votre point de vue. Je ne suis pas du tout d'accord avec vous politiquement, mais vous qui avez vécu cela de l'intérieur, vous dissiperez peut-être une question qui me taraude. Comment la gauche a pu laisser faire ça? Je veux dire, Pivi n'est que l'aboutissement d'une lente dérive, du benchmarking, du management, des rendements chiffrés… Comment? Vous étiez dans l'autre camp, je sais, mais vous l'expliquez comment?

Ghislain, amusé, le dévisage en refermant son blouson. Le vent frais le réveille plus efficacement que le café de Jipé.

Ghislain C'est une bonne question. La critique des algorithmes aurait dû revenir à la gauche, en effet. La gouvernance par les chiffres, c'est l'ultra-libéralisme même… Mais à l'avènement de Pivi, quand la politique est morte, la gauche l'était déjà depuis longtemps.
Askip Oui, la bascule se fait avant. Mais quand? Tout mettre en concurrence, tout quantifier, tout baser sur la rentabilité. Quand a-t-on cessé d'être des citoyens pour devenir des clients?
Najwa Askip, pas toi! Les algorithmes n'ont pas inventé le cynisme. Bien avant Pivi, les politiques publiques prenaient en compte la V.V.S., vous savez ce que c'est? La Valeur de la vie statistique. En France, elle était fixée à trois millions d'euros et servait à arbitrer entre le coût d'une mesure et son impact sur la vie des citoyens. Des équipements de sécurité routière? Une campagne de prévention contre les MST? Améliorer la qualité de l'eau potable? Les gars sortaient déjà les calculettes: combien de vies sauvées pour combien d'euros dépensés?
Askip Justement! C'est d'avant, c'est ce que je dis. Je cherche la date où la gauche est morte. J'en ai repérée une. Loi du 31 juillet 1991. Obligation pour les établissements de santé publics et privés de procéder à l'évaluation et à l'analyse de leur activité grâce à un outil statistique appelé «Programme de médicalisation des systèmes d'information». Pour enfin savoir combien coûte chaque patient. À partir de là, c'était fini, l'hôpital n'était plus qu'un empilement d'indicateurs. Audit après audit, service après service: standardiser et rationaliser. Ne rien inventer, repérer le process existant le plus efficace, l'appliquer coûte que coûte. Exactement la méthode de Pivi. Pourquoi la gauche n'a rien vu? Je pensais que vous m'éclaireriez plus que ça, Ghislain!

Ghislain, bien que la marche commence à l'essouffler, retrouve son petit sourire. Il voit bien que le jeune Robinson du Perche cherche à flatter son ego en le mettant ainsi en position de vieux sage et… ça lui plaît.

Ghislain Selon moi, la gauche l'a vu mais n'a rien pu faire. Trop affaiblie. Ce qui l'a achevée pour de bon, ce sont les réseaux sociaux. Quand depuis un siècle tu tires ta fierté de représenter les oubliés, que Pivi se pointe et dit: avec moi, il n'y a plus d'oubliés… Quand depuis un siècle tu te prétends la voix du peuple et que soudain le peuple tweete et prend la parole directement… T'as programmé ta propre obsolescence. Je ne me moque pas, je le constate moi aussi à ma petite échelle en tant que Totem, c'est délicat de contester Pivi. Très inconfortable. Dangereux politiquement, même. Comment lutter contre le bon sens populaire sans paraître élitiste ou autoritaire?

Ils sont de retour à l'entrée du hameau. Askip s'arrête devant une porte d'entrée et y tambourine des deux mains. Il stoppe pour mettre ses mains en cornet autour de sa bouche.

Askip Debout là-dedans! Maxime! Ils sont là! Allez! Chez Jipé! Maxime, t'entends? Chez Jipé!

Il se retourne vers Najwa et Ghislain, explique que c'est ce Maxime qu'il attend pour la discussion. Askip vérifie que la lumière dans la chambre s'éclaire, «il est réveillé, c'est bon», avant de contourner la maison.

Najwa Je comprends pas, Askip. T'as codé Pivi et aujourd'hui tu tombes des nues?
Askip Non. C'est que… Je pensais que l'Algorithme redonnerait à l'État, je ne sais pas... sa puissance sociale. La grande égalité. Mais bon, c'est Whuzz qui tire les ficelles, et notre bien-être ne rapporte pas de fric, on le sait, c'est les pubs. Je suis sûr que Van Buiten vous a laissé développer vos partenariats privés juste pour s'assurer que le système soit bien ancré dans le capitalisme. Qu'il ne vienne pas aux Français l'idée qu'avec un tel outil, ils pourraient s'autogérer... Ah! La lumière est allumée chez Jipé, les autres sont réveillés. Venez.

De retour dans la cuisine, Askip leur présente les deux nouvelles têtes, devant leur bol. Birgit, en laine polaire rose, une Hollandaise de passage, ex-informaticienne, qui dort dans la tente qu'ils ont vue plus tôt, et Fouinasse, le pote de Jipé qui a retapé le pigeonnier. Bien malin qui pourrait deviner la couleur de sa pelisse hors d'âge.

Askip Fouinasse, tu nous mets les brouilleurs?
Fouinasse C'est fait.
Najwa Des brouilleurs… contre Pivi?
Fouinasse Je veux. Toute la palette des répliques. GSM, Wifi, 4G, Bluetooth, GPS. Je combine en alternant spoofing, DoS et Tempest. Je fais ça dans le moulin à l'entrée, parce qu'ici j'ai pas le droit d'amener mes appareils. Tu t'y connais un peu?
Najwa Pas à ce point, non.
Fouinasse Une légèreté qui pourrait te coûter cher, mademoiselle. Le spoofing, c'est la mystification classique, tu te fais passer pour quelqu'un d'autre. DoS, le déni de service en engorgeant le réseau. Et Tempest, je crée un bouclier électromagnétique, tu vois, j'isole une bulle…
Askip Bon, Fouinasse, épargne-nous l'exposé technique. Sachez juste qu'ici on peut discuter en paix. Ghislain, asseyez-vous. On va attendre Maxime pour commencer, il ne va plus tarder. En gros, voilà le topo, Pivi n'a pas été codé pour se déconnecter. Aucun scénario de fin n'a été prévu pour cette expérience. Personne n'a prévenu Pivi qu'un jour les humains pourraient reprendre le contrôle. Et c'est la merde. Surtout pour vous deux.

Dans le prochain épisode:
Les Oradars semblent très inquiets de la tournure que pourrait prendre la gouvernance de Pivi. Najwa et Ghislain, eux, peinent à croire que Pivi pourrait s'en prendre à eux. La communauté leur fait remarquer que si elle vit ainsi retirée du monde, c'est pour une bonne raison.

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