Politique / Monde

Qu'a tweeté Trump cette semaine? Chronique du 26 octobre au 1er novembre

Temps de lecture : 25 min

Plongée dans la logorrhée du président américain.

Donald Trump parle à la presse à l'aéroport international Charlotte-Douglas (Caroline du Nord) le 1er novembre 2020. | Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump parle à la presse à l'aéroport international Charlotte-Douglas (Caroline du Nord) le 1er novembre 2020. | Brendan Smialowski / AFP

Avertissement: cette chronique non exhaustive se base sur les tweets de la semaine jugés les plus pertinents. L'homme le plus puissant du monde a une production si pléthorique que l'analyse de toutes ses productions numériques nécessiterait des jours et des nuits de décorticage et de labeur selon des conditions de travail dénoncées par les conventions de Genève.

Dernière semaine avant l'élection. Trump finit de plomber son empreinte carbone en faisant une tournée frénétique dans un maximum d'États et fait fumer ses doigts en tweetant plus vite que son ombre.

Lundi 26 octobre

Cette semaine, le maître-mot des tweets présidentiels est: recyclage. Il n'est plus tellement temps de lancer de nouveaux débats, Trump va donc beaucoup se servir de valeurs sûres.

En premier lieu, la supposée sénilité de Joe Biden.

«Joe Biden m'a appelé George hier. Il n'arrivait plus à se souvenir de mon nom. Le présentateur l'a aidé à arriver au bout de l'interview. Le Cartel des Fake News fait des heures sups pour le cacher!»

L'anecdote est véridique, et Donald Trump Jr s'est demandé si Biden avait voulu parler de George Bush ou de George Washington. Le Washington Post souligne, pour expliquer la confusion, que le journaliste qui interrogeait Biden s'appelait George lui aussi.

Selon le président, le Covid est quasiment une affaire classée mais les médias, tous anti-Trump, choisissent de le monter en épingle pour lui faire du tort. En Amérique comme en Europe, l'épidémie squatte quasiment toutes les unes: le problème sanitaire est loin d'être réglé puisque les États-Unis en seront, à la fin de la semaine, à plus de 230.000 morts.

«On a fait des progrès immenses sur le Virus Chinois mais les Fake News refusent d'en parler aussi près de l'élection. Ils utilisent le COVID, COVID, COVID en coordination totale pour changer nos super premiers chiffres de vote. Ça devrait être une infraction au code électoral!»

Cette semaine, Trump voyage beaucoup et occupe le terrain; une valeur sûre en période électorale, surtout face à un Biden dont les apparitions sont rares.

«Trois GRANDS Meetings aujourd'hui. Direction la Pennsylvanie. J'ai plein de choses à dire sur la malhonnêteté des Médias et Joe gros Dodo. Une terrible tentative de dissimulation est en cours dans notre Pays!!!»

Et puis parce que c'est vite fait et que ça coûte pas cher:

«RENDEZ SA GRANDEUR À L'AMÉRIQUE!»

On ne peut nier que le président américain fait montre d'un bel optimisme, ce qui est une force quand on considère la réalité des chiffres des sondages qui sont loin d'être à son avantage.

«On est largement en tête sur les chiffres de vote. Allez Voter. Bien plus qu'en 2016!!!»

Si l'idée générale est compréhensible (surtout quand on suit un tant soit peu sa communication), on sent que certains tweets ont une petite odeur de précipitation teintée de panique.

«Les cas augmentent parce qu'on TESTE, TESTE, TESTE. Un Complot des Médias Fake News. Plein de jeunes qui guérissent très vite. 99,9%. Le complot des Médias Corrompus n'a jamais été aussi fort. Le 4 novembre le sujet va radicalement changer. VOTEZ!»

«Les Médias Fake News crient au COVID, COVID, COVID, pour occuper l'espace jusqu'aux Élection. Losers!»

Remarquez l'effet de style du moment: tel Mister Jourdain, Trump manie l'épizeuxe (la répétition du même mot en milieu de phrase) sans le savoir mais avec dextérité.

La Pennsylvanie est un État crucial pour l'issue de l'élection. Remportée de justesse par Trump en 2016, elle compte vingt grands électeurs (il en faut 270 pour s'assurer la victoire).

«La semaine dernière, Joe Biden a fait ce qui était peut-être la confession la plus choquante de toute l'histoire des débats présidentiels. En direct à la télévision, Joe Biden a confirmé son projet d'ABOLIR l'intégralité de l'industrie pétrolière américaine –ce qui veut dire ZÉRO fracturation hydraulique, ZÉRO emploi et ZÉRO énergie pour les familles de Pennsylvanie!»

Après une procédure contestée et expéditive, la juge Amy Comey Barret est confirmée à la Cour suprême qui bascule très très à droite pour un long moment. Lors de son (premier?) mandat, Trump aura nommé trois des neuf juges qui y siègent. Il tweete la cérémonie dans son intégralité, puis par petits bouts. Et ça n'a rien à voir mais il est très foncé aujourd'hui (Trump est un nuancier complet orange-marron à lui tout seul).

Mardi 27 octobre

Trump découvre que les internautes se demandent s'il est possible de voter pour lui à la place de Biden. La réponse est oui, bien évidemment.

«Grosse Tendance (Google) depuis juste après le second débat: PUIS-JE VOTER POUR QUELQU'UN D'AUTRE? Ça veut dire voter pour moi à la place. La réponse dans la plupart des États c'est OUI. Allez le faire. C'est la plus importante Élection de votre vie!»

«L'Équipes [sic] de Biden veut agrandir la Cour [suprême]. Ce serait très mauvais pour les États-Unis. En plus de cela, ils refusent de fournir la liste de ceux qui seraient choisis pour la Cour. IL NOUS FAUT UNE LISTE DE CES JUGES DE LA GAUCHE RADICALE!»

Biden a affirmé que s'il était élu, il convoquerait une commission bipartisane pour réfléchir à un remaniement du fonctionnement de la Cour suprême qui, actuellement, est aux mains du Parti républicain et ce pour plusieurs générations de président·es à venir.

«Philadelpihe DOIT AVOIR DES OBSERVATEURS ÉLECTORAUX!»

À Philadelphie (ou Philadelpihe, comme l'écrit un Donald Trump pressé, à moins que ce ne soit une licence poétique), un juge local a décidé que les observateurs des partis politiques ne seraient pas admis autour des urnes dans les bureaux de vote satellites avant le jour J (ils seront autorisés le 3 novembre dans les bureaux de vote classiques).

Épizeuxe, j'écris (je crie?) ton nom:

«LES MÉDIAS FAKE NEWS NE VEULENT DISCUTER QUE DE COVID, COVID, COVID. LE 4 NOVEMBRE, VOUS N'EN ENTENDREZ PLUS TANT PARLER. NOUS VOYONS LE BOUT DU TUNNEL!!!»

Et toujours cet optimisme que rien ne peut ébranler:

«Les Vrais Sondages disent désormais que je suis en train de GAGNER! Les plus grands meetings (et les plus enthousiastes) DE TOUS LES TEMPS. Rasmussen, 53% National.»

Car c'est bientôt:

«7 JOURS!»

Communication nationale, car la pédagogie passe par la répétition:

«RENDEZ SA GRANDEUR À L'AMÉRIQUE!»

Juste avant un message plus ciblé, à l'intention des New-Yorkais·es (enfin s'il en reste, car Trump ne cesse de répéter que la ville a été désertée tant elle est mal gérée).

«New York. Votez pour Trump. Qu'est-ce que vous avez à perdre (sérieux)?»

Entre deux figures de style, un chiffre: 99,9% (qui correspond, peut-être, ou pas, au pourcentage de vision de bout de tunnel ou au nombre de jeunes qui guérissent du Covid, ce n'est pas tout à fait clair).

«Jusqu'au 4 novembre, les Médias Fake News ne parlent que de Covid, Covid, Covid. On voit le bout du tunnel. 99,9%.»

Nouvelle expression trumpienne et nouvelle figure de style: l'allégorie, avec une «Grande Vague Rouge» qui déferle dans les tweets présidentiels (c'est la couleur des Républicains; les Démocrates sont bleus. De même, la mascotte des Républicains est un éléphant et celle des Démocrates un âne. En Amérique, on ne rigole pas avec les symboles.)

«Obama attire de TRÈS petits nombres de gens (minuscules). Biden n'attire quasiment personne. Nous attirons des dizaines de milliers de gens. Vous allez le voir encore une fois aujourd'hui. La Grande Vague Rouge arrive!!!»

«La plus grande différence entre aujourd'hui et 2016 c'est @FoxNews. Ils ont changé du tout au tout. Malgré ça, notre campagne est bien meilleure, avec beaucoup plus de monde et encore plus d'enthousiasme (plein!) qu'en 2016. Grand Débat & Victoire à SCOTUS! Les Vrais Sondages nous montrent gagnants partout!»

En effet, si Fox News lui était autrefois totalement dévouée, la chaîne fait parfois preuve d'un certain esprit critique envers le président (pas tout le temps quand même). Heureusement, OANN a pris le relais et s'est convertie en organe officieux de propagande trumpienne.

Trump ressort aujourd'hui un de ses vieux arguments selon lequel Biden a bien plus mal géré son épidémie que lui la sienne.

«Joe Biden s'est BIEN PLANTÉ avec l'Épidémie de Grippe Porcine. Il ne sait rien. Que du blabla et pas d'actes!»

Mais comme d'habitude, tout va très bien, madame la marquise.

«3 Points de plus dans le Michigan, 2 Points de plus dans le Wisconsin, 3 Points de plus en Pennsylvanie. La Grande Vague Rouge est en formation et s'apprête à VOTER!»

Concluons cette journée par un résumé clair de la situation et du sort atroce qui attend les Américain·es en cas de mauvaise décision de leur part:

«Cette élection est un choix entre une REPRISE TRUMP ou une DÉPRESSION BIDEN. C'est un choix entre une VAGUE DE PROSPÉRITÉ TRUMP ou un CONFINEMENT BIDEN. C'est un choix entre notre projet de Tuer le virus –ou le projet de Biden de tuer le Rêve Américain!»

«Joe Biden est un politicien corrompu. Il veut envoyer VOS emplois en Chine, pendant que sa famille amasse des millions grâce au Parti Communiste Chinois. Si Biden gagne, la Chine prendra possession des États-Unis. Quand nous gagnerons, VOUS gagnerez, et l'AMÉRIQUE gagnera! #VOTEZ»

La preuve en images que l'un est bien plus populaire que l'autre:

Mercredi 28 octobre

C'est décidément la semaine de toutes les figures de style. Aujourd'hui, l'anacoluthe.

«En tant que promoteur immobilier il y a longtemps, et encore aujourd'hui, les politiciens ont fichu Chicago par terre. J'ai réussi un super accord pertinent avec plein de prêteurs pour une grande et très belle tour. Est-ce que ça ne fait pas de moi quelqu'un de malin plutôt que de méchant?»

Suivie d'une anaphore (lorsque la phrase commence par la répétition d'un même mot ou groupe de mots), et d'un mot-valise devenu habituel dans son répertoire: la fusion des mots «merde» et «médias».

«Covid, Covid, Covid c'est le slogan à l'unisson des Merdias. Ils ne diront rien d'autre jusqu'au 4 novembre, quand l'Élection sera finie (j'espère!). Ensuite c'est du bas niveau de mortalité, du grand nombre de chambres d'hôpital & des nombreux tests de jeunes dont on parlera.»

Une journée également marquée par de nombreux tweets insistant sur la corruption de Joe Biden.

«C'est incroyable. Twitter refuse de permettre toute évocation de l'histoire de corruption de Biden si bien illustrée chez @TuckerCarlson hier soir. C'est l'histoire la plus folle et Big Tech, ainsi que les Merdias, ne permettent à personne d'en dire un mot.»

«Les États-Unis n'ont pas la Liberté de la Presse, nous avons la Suppression de l'Histoire, ou tout bonnement des Fake News. On en a tant appris ces deux dernières semaines sur le niveau de corruption de nos Médias, et maintenant Big Tech, peut-être pire encore. Abrogez la Section 230!»

Pourquoi cette diatribe sur la liberté de la presse? Parce que:

«Les Médias et Big Tech ne parlent pas de la Corruption de Biden!»

Par conséquent:

«Je ne me présente PAS simplement contre Joe Biden –je me présente contre les médias de gauche, les géants de la Big Tech et la misérable Pourriture de Washington. Ils n'ont que du mépris pour vous et vos valeurs –allez voter, et VOTEZ pour #MAGA

Jeudi 29 octobre

Aujourd'hui, petite vidéo. Ça ne m'étonnerait qu'à moitié que l'image utilisée au début du discours présidentiel soit involontaire. Mais qui sait.

«Un facteur vraiment important dans cette élection, c'est que Joe Biden et Kamala veulent faire monter vos impôts, et les faire monter comme personne n'a encore jamais été monté.»

Trump ressort l'argument économique, qui est probablement celui qui parle le plus aux Américain·es qui se tâtent encore avant l'élection.

«Les chiffres du PIB viennent d'être annoncés. Les plus Gros et les Meilleurs de l'Histoire de notre Pays, et même pas de loin [sic]. L'année prochaine sera FANTASTIQUE!!! Cependant, Joe Biden l'Endormi et son projet d'augmentation record des impôts anéantiraient tout. Trop content que ce super chiffre du PIB soit sorti avant le 3 novembre.»

Puis il se fend d'un message de sympathie pour la France dont la référence historique (la France a aidé les rebelles américains à lutter contre l'Angleterre pendant la guerre d'indépendance au XVIIIe siècle) laisse penser qu'il n'a peut-être pas été écrit par lui (les références historiques exactes sont aussi rares dans les prises de parole de Trump que les paquets de farine au rayon confinement).

«Notre cœur est avec le peuple de France. L'Amérique soutient notre plus ancien Allié dans ce combat. Ces attaques terroristes par des Musulmans Radicaux doivent cesser immédiatement. Aucun pays, la France ou autre, ne peut le supporter longtemps!»

Le résultat de l'élection ne sera pas forcément connu le soir du 3 novembre. D'autant que la Pennsylvanie bénéficiera de trois jours de comptage supplémentaire. Ça énerve Trump qui voudrait bien savoir tout de suite s'il a gagné ou si Biden a perdu.

«Une prolongation de 3 jours pour la Pennsylvanie est une catastrophe pour notre Pays, et pour la Pennsylvanie elle-même. Les Démocrates sont en train d'essayer de voler cette Élection. Il faut aller VOTER en encore plus grands nombres. La Grande Vague Rouge arrive!»

Précision présidentielle aux relents de Guerre froide:

«Cette élection est un choix entre le RÊVE AMÉRICAIN et un CAUCHEMAR SOCIALISTE. Nos opposants veulent transformer l'Amérique en Cuba Communiste ou Venezuela Socialiste. Tant que je serai président, l'Amérique ne sera JAMAIS un pays socialiste!»

Comme la semaine dernière, Trump fait coucou à la frange de son électorat qui ne se sent pas représentée par les élites intellectuelles de Washington, élites dont Barack Obama était la parfaite incarnation.

«Si je ne parle pas comme un politicien typique de Washington, c'est parce que je ne suis PAS un politicien. Si je ne respecte pas toujours les règles de l'Establishment de Washington, c'est parce que j'ai été élu pour me battre pour VOUS, plus dur que personne ne l'a encore jamais fait! Vote.DonaldJTrump.com»

Vient ensuite un tweet raciste –ce n'est pas le premier bien sûr mais ici, Trump va jusqu'à admettre que les réfugiés peuvent être des enfants et des malades, mais qu'il convient quand même, par défaut, de les traiter comme des terroristes.

«Mon Administration a suspendu l'entrée de réfugiés de pays impliqués dans le terrorisme comme la Syrie, la Somalie et le Yémen. Le programme de Biden augmente les réfugiés de 700% au Minnesota, au Michigan & en Pennsylvanie –ce qui va encombrer les écoles & les hôpitaux tout en ouvrant grand les portes au terrorisme musulman radical.»

Quelques bonnes nouvelles:

«En tête et de loin au Texas!»

«Gare à la Grande Vague Rouge!»

Et toujours:

«RENDEZ SA GRANDEUR À L'AMÉRIQUE. VOTEZ!!!»

Nouveau hashtag (avec coquille):

#BidenFamiilleCriminelle

Mise en garde:

«Biden détruira la Cour Suprême des États-Unis. Ne le laissez pas faire!»

À ce stade de la journée, Trump semble ne pas s'arrêter de tweeter, et la différence entre jeudi soir et vendredi matin n'est pas bien claire. Ce qui l'est en revanche, c'est qu'il a franchement du mal à choisir entre conditionnel et futur quand il parle d'une possible élection de Biden.

«Si Joe Biden l'Endormi est vraiment élu, les 4 juges (+1) qui ont aidé à rendre possible cette victoire ridicule seraient relégués dans une Cour non seulement lourdement BLINDÉE mais sans doute aussi TOURNANTE. Au moins les nombreux nouveaux Juges seront de la Gauche Radicale!»

Vendredi 30 octobre

Trump se réveille le doigt collé à la touche «majuscule» du clavier de son iPhone.

«PIB 33,1% –LE MEILLEUR DE L'HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS. SI JE SUIS ÉLU, L'ANNÉE PROCHAINE SERA LA MEILLEURE DE TOUTES!»

Quelques interjections matinales pour se mettre en jambes.

«COUR SUPRÊME!»

«DEUXIÈME AMENDEMENT!»

Au cours des trois prochains jours, Trump a prévu de tenir rien de moins que quatorze meetings dans sept États différents. Ce qui ne l'empêche pas d'occuper le terrain des réseaux sociaux avec des dizaines de tweets non-stop.

#superman

Panique à bord: la Cour suprême vient de rejeter une requête des Républicains demandant d'empêcher la Caroline du Nord de compter les bulletins de vote arrivés par voie postale après le scrutin. L'État aura donc neuf jours après le 3 novembre pour finir de tout compter.

«Cette décision est FOLLE et tellement mauvaise pour notre Pays. Vous pouvez imaginer ce qui va se passer pendant ces neuf jours. L'Élection doit S'ARRÊTER le 3 novembre.»

Message de service.

«Joyeux anniversaire à notre merveilleuse Ivanka. Allez maintenant tu retournes bosser! 3 novembre.»

Petite déclaration, courte mais efficace, à l'attention de l'ensemble des Américain·es qu'un confinement à l'européenne mettrait définitivement sur la paille:

«Biden nous confinerait pour toujours. On voit le bout du tunnel!»

Et c'est l'arrivée du héros.

«En chemin vers le MICHIGAN, le WISCONSIN et le MINNESOTA!»

«Joe Biden a passé les 47 dernières années à délocaliser vos emplois, à ouvrir vos frontières, et à sacrifier le sang et le trésor américain dans d'interminables guerres étrangères. C'est un mondialiste jusqu'au-boutiste qui se fiche bien des gens qui travaillent. Il a à plusieurs reprises tenté de réduire Medicare & la Sécurité Sociale. Biden était un partisan de l'ALENA –et a envoyé vos emplois du secteur automobile au Mexique. Il a voté l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce –et ravagé vos industries pour financer l'émergence de la Chine. LA MOITIÉ de tous les emplois industriels du Michigan ont été ÉLIMINÉS après l'ALENA et la Chine soutenus par Biden. Des catastrophes. À la moindre occasion, Biden a retourné le couteau dans la plaie des ouvriers du Michigan. En 2016, le Michigan a voté pour VIRER cet establishment politique corrompu et vous avez élu un outsider comme Président qui place enfin L'AMÉRIQUE EN PREMIER!»

Vous trouvez cette triplette un peu longue? Il n'a pas arrêté de la journée.

Bon, parfois c'était plus court:

«Ce que raconte Biden est à 90% des mensonges et des histoires inventées. Seulement diffusé sur @FoxNews

Le jour J se rapproche, l'élan devient lyrique.

«Cette élection tranchera: soit nous restaurons le règne d'une classe politique corrompue, soit nous déclarons qu'en Amérique, nous sommes encore dirigés par LE PEUPLE! Allez VOTER!»

Etc. etc. etc.

Samedi 31 octobre

Trump a apparemment obtenu des renseignements fiables de source sûre.

«Le président Obama disait que “si vous vouliez que quelque chose soit vraiment foiré, demandez à Joe Biden de le faire.” En fait, il a essayé d'empêcher Joe de se présenter: “Tu n'es pas obligé de faire ça Joe”, et ensuite il n'a plus voulu le soutenir pendant longtemps après la fin des Primaires. “Joe est largué!”»

Tandis que l'Amérique se tend, que les premières échauffourées électorales ont lieu et que certains magasins du centre de Washington commencent à barricader leurs vitrines au cas où, Trump joue sur la peur en utilisant un vocabulaire et des images d'une grande violence.

«Biden s'est engagé à une stupéfiante augmentation de 700% des réfugiés des zones sensibles terroristes les plus dangereuses et violentes du monde. Il a également juré de mettre un terme à nos interdictions de voyager relevant de la sécurité nationale, permettant une immigration illimitée depuis des zones de guerre et des refuges de terroristes. Les politiques de migration mortelles de Biden vont submerger les contribuables et ouvrir les vannes pour les terroristes, les djihadistes et les extrémistes violents. Sous mon Administration, la sécurité de nos familles vient toujours en PREMIER!»

«Il n'y a qu'un seul moyen de défendre votre dignité. Il n'y a qu'un seul moyen de défendre votre famille et votre Pays. Il n'y a qu'un seul moyen de préserver, protéger et défendre l'American Way of Life: vous devez venir voter le 3 novembre!»

Petit rappel de la probité présidentielle, ça ne peut pas nuire:

«J'ai payé plusieurs millions de dollars d'Impôts au Gouvernement Fédéral, dont la plus grande partie de façon anticipée, ou PRÉPAYÉE. PLEIN DE MILLIONS DE $. Le @nytimes défaillant n'aime jamais en parler!»

Dimanche 1er novembre

J-2.

Trump continue les meetings à la chaîne et les tweets endiablés.

«Nos chiffres sont TRÈS bons partout. Joe Gros Dodo commence déjà à se retirer de certains États. La Gauche Radicale est en train de couler!»

«Quand au départ je suis devenu votre Président préféré de tous les temps, le Grand État du Michigan était victime d'une hémorragie d'entreprises automobiles et d'emplois dans le secteur. Les usines fermaient et se délocalisaient au Mexique et ailleurs. Plus de nouvelles usines pendant des dizaines d'années. J'ai arrêté le mouvement & maintenant de nombreuses usines sont et ont été construites. Ce lieu était dans un sale état et aurait perdu encore plus de commerces si je n'étais pas arrivé. Plein de nouvelles usines se mettent en marche. Les pays étrangers et les entreprises étrangères traitent désormais les États-Unis et le Michigan avec respect. De grands projets d'emplois. Je vous en prie, rappelez-vous-en quand vous exprimerez votre voix si importante!»

Au cas où des jeunes noir·es voulaient voter pour Biden, il reste deux jours à Trump pour leur en faire passer l'envie:

«Joe Biden a appelé les Jeunes Noirs DES SUPER PRÉDATEURS. Ils ne l'aimeront JAMAIS et ne voteront jamais pour lui. Ils votent pour “TRUMP”.»

«Joe Biden a constamment utilisé le terme “Super Prédateur” pour parler des jeunes Hommes Noirs, selon mes sources.»

Enfin un hommage touchant d'un président américain à un grand acteur.

«L'acteur légendaire, Sean Connery 007, est partis [sic] vers des fairways encore plus verts. C'était un sacré bonhomme, et un caractère pas facile. Quand j'ai eu de grandes difficultés à obtenir des autorisations pour un super projet en Écosse, Sean est intervenu et a crié: “Laissez-le construire son truc, bon sang”. Et ça a suffi, à partir de là tout est allé comme sur des roulettes. Il était tenu en si grande estime & respect en Écosse et au-delà que j'ai économisé des années de futurs embêtements. Sean était un grand acteur, et un homme encore plus grand. Mes sincères condoléances à sa famille!»

(Traduction de la traduction: c'était un gars super, la preuve il avait le bras long et l'a utilisé pour contourner les règles et me filer un coup de main.)

Vendredi, au Texas, une caravane de SUV pro-Trump a essayé de faire sortir un bus de campagne Biden de la route. L'incident (filmé) réjouit le président américain qui tweete la vidéo avec le commentaire:

«J'AIME LE TEXAS!»

Il précise même:

«À mon avis, ces patriotes n'ont rien fait de mal. À la place, le FBI & les Juges feraient mieux d'enquêter sur les terroristes, les anarchistes et les agitateurs des ANTIFA, qui vont partout incendier nos villes gérées par les Démocrates et nuisent à notre peuple!»

(Vous trouvez cette chronique un peu longue? Sachez que Trump a tweeté et retweeté soixante-et-une fois rien que dans la journée de dimanche.)

Retrouvez l'actualité de la campagne présidentielle américaine chaque mercredi soir dans Trump 2020, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'Ifri et TTSO.

Qu'a tweeté Trump cette semaine?
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