Société / Monde

Mon Europe à moi: «À quand un Erasmus qui s'adresse vraiment à tous les jeunes?»

Temps de lecture : 7 min

L'Union européenne s'est engagée sur un nouveau programme Eramus+ qui devrait s'ouvrir à de nouveaux publics.

Erasmus est certainement le programme le plus emblématique de l'UE. | lisboa ind. via Unsplash
Erasmus est certainement le programme le plus emblématique de l'UE. | lisboa ind. via Unsplash

En amont de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, où les citoyens de l'Union européenne (UE) sont invités à imaginer et à bâtir le futur du bloc, Slate lance le projet «Mon Europe à moi». L'objectif: donner la parole aux jeunes Français et Européens, recenser leurs attentes et leurs demandes, et y faire réagir des spécialistes et des membres du Parlement.

Existe-t-il, en dehors peut-être du marché unique, une réalisation européenne plus connue qu'Erasmus? En trente-cinq ans d'existence, le programme d'aide aux échanges universitaires entre les pays membres de l'Union européenne (UE) a vu défiler des millions d'étudiants, mais aussi des apprentis et des enseignants. Mélusine, étudiante bretonne en graphisme, fera bientôt partie de celles et ceux qui ont passé un an, ou six mois, dans un autre pays européen. «Je pense que c'est un très bon moyen pour les jeunes de découvrir une autre culture et une autre langue», explique à Slate celle qui hésite encore entre plusieurs destinations.

Si la jeune femme juge le programme européen important «pour s'enrichir culturellement et être confrontée à un autre point de vue», elle regrette qu'il ne soit pas ouvert plus largement à toutes les formations, notamment les BTS et les DUT. Si l'UE mise sur un nouveau programme, Erasmus+, qui court de 2021 à 2027 avec un budget largement augmenté, Mélusine considère que la communication autour des opportunités de départ est encore trop faible. «J'ai dû chercher toute seule les informations, ça pourrait être mieux», souligne-t-elle, jugeant que le programme devrait se massifier «pour toucher tous les jeunes».

Cela passe, évidemment, «par une augmentation des bourses», pour les plus précaires. «Certains vont comparer leur niveau de vie en France et celui qu'ils auraient en Europe, et vont se dire, “ça n'est pas possible”», note-t-elle. «C'est vraiment dommage», parce qu'Erasmus, «donne corps à l'idée d'être européen et de partager un projet commun». D'où la volonté de Mélusine de voir un changement profond dans le programme.

«On va permettre une mobilité plus jeune à partir de l'école primaire, sans oublier le collège et le lycée.»
Laurence Farreng, membre du groupe Renew du Parlement européen

Quel avenir pour le programme le plus emblématique de l'UE? Slate s'est tourné vers l'eurodéputée MoDem, Laurence Farreng, membre du groupe Renew du Parlement européen.

Slate.fr: Avec cette nouvelle version, nommée Erasmus+, le programme d'échange a pris de l'ampleur. De quelle façon?

Laurence Farreng: On a toujours la perception qu'Erasmus ne concerne que les étudiants du supérieur. Mais le programme, qui s'appelle maintenant Erasmus+ parce qu'il en réunit beaucoup d'autres, a évolué depuis sa création. Les programmes durent sept ans, on sort de la période 2014-2020. Et nous venons de nous accorder [ndlr: avec la Commission et le Conseil] sur la période 2021-2027.

Je fais partie des élus de 2019 et j'étais rapporteure pour le groupe Renew sur le sujet. Nous avons finalisé les négociations sur ce nouveau programme. Il a une ambition très forte et veut permettre une mobilité à 10 millions de personnes durant les sept prochaines années. On a commencé par se battre sur la question du budget, qu'on a pratiquement doublé, pour lui permettre de remplir ses objectifs. Plus de budget dit aussi des profils différents. Donc c'est vraiment la grosse nouveauté du nouvel Erasmus+, même s'il y avait des prémices dans le précédent. On va permettre une mobilité plus jeune à partir de l'école primaire, sans oublier le collège et le lycée. C'est tout à fait nouveau.

Comment faire pour que le programme concerne davantage de jeunes?

D'une certaine façon, on peut dire que l'appétit vient en mangeant vis-à-vis de l'Europe. Plus on s'ouvre à la mobilité, plus on se dit aussi que c'est possible et que tout le monde y a droit. Cette notion de démocratisation est clef dans le nouveau programme. Il y a tout un volet qui a été ajouté par le Parlement européen, autour de l'inclusion, et qui cible cette catégorie de population qu'on appelle les personnes avec moins d'opportunités. Il s'agit de celles et ceux qui répondent à certains critères, qui sont plus éloignés de l'Europe pour des raisons sociales, économiques ou géographiques, mais aussi parfois à cause de handicaps et qui étaient pour l'instant tenus à l'écart de la mobilité.

«Si personne n'a fait d'Erasmus parmi nos proches, on va se dire que ça n'est pas pour nous.»
Laurence Farreng, membre du groupe Renew du Parlement européen


Donc, ça veut dire qu'on va aller chercher plus de gens et qu'il y aura des budgets réservés à ces mobilités, qui seront souvent plus courtes aussi. Ça appelle à beaucoup d'efforts de contacts et de popularisation du programme. Et puis, il y a une autre dimension qui est la reconnaissance de la formation professionnelle, c'est un sujet sur lequel je me bats beaucoup.

Cela fait aussi partie aussi du nouveau programme, c'est-à-dire que là, on va parler de la formation des apprentis qui sont notamment dans tous les métiers manuels. Aujourd'hui, il y a une grande complexité à les faire partir longtemps parce que forcément, quand ils sont en apprentissage ou en alternance dans une entreprise, il n'y a pas trop d'envie d'aller leur payer une mobilité à l'étranger.

C'est justement tout le problème. Il est plus simple de partir durant une licence ou un master, avec l'appui de son école ou de son université…

Voilà. Aujourd'hui, notre gros enjeu sur ce nouvel Erasmus et à l'avenir, parce qu'on ne sera pas tout à fait au bout du compte, c'est que vraiment, la mobilité à l'étranger fasse partie du cursus, a fortiori de ceux qui se forment à des métiers liés à l'artisanat, à la technique. Il faut que les compétences et les métiers soient partagés au niveau européen.

Ne faut-il pas jouer également sur le niveau des aides, notamment pour les jeunes les moins favorisés?

Sur la question des bourses, elles existent et sont budgétées par le nouveau programme. Elles vont être tournées vers, notamment, celles et ceux qui n'ont pas automatiquement de cursus étranger dans leur cursus d'études. Évidemment, il est plus compliqué de les aiguiller. Cela oblige maintenant les agences nationales à faire un gros travail d'association.

Je fais partie aussi du Cercle Erasmus et on travaille beaucoup sur ce sujet. Maintenant, comment va-t-on mettre en application ce volet inclusion pour qu'Erasmus soit réellement transformé? Parce que sinon, on va avoir des crédits qui ne serviront à rien. Oui, il y a des vrais freins, on les connaît, notamment culturels. Si personne n'a fait d'Erasmus parmi nos proches, on va se dire que ça n'est pas pour nous. Et puis, il y a la question de la langue sur laquelle il faut travailler.

Le dernier point qui est important, c'est aussi tout ce qui concerne les enseignants et les formateurs. Quand je vais dans des établissements scolaires, notamment en lycée professionnel, je me rends compte qu'à chaque fois, Erasmus n'est pas un projet d'établissement, mais le projet d'un seul enseignant. Dans Erasmus, il y a une disposition qui vise à favoriser la mobilité pour les professeurs, pour qu'eux-mêmes aient ce réflexe, cette habitude. Et que ce soit plus intégré dans leur schéma pédagogique.

On dit beaucoup que faire un Erasmus rend tangible le projet européen. Est-ce un constat que vous partagez?

Évidemment, la rencontre, la découverte de l'autre et ces liens humains qu'on peut créer, c'est ce qui fait au moins les prémices de l'attachement à l'Europe et de la connaissance de l'Europe. D'ailleurs, dans le cadre de la conférence pour l'avenir de l'Europe, nous sommes en train de débroussailler les contributions des citoyens et des panels qui travaillent sur le sujet. La question de la demande d'appartenance, de projets communs et de projets humains est très présente. Erasmus est donc totalement stratégique parce que c'est concrètement le seul projet européen qui lie les personnes. En cela, il est précieux.

Quand Boris Johnson, après le Brexit, a décidé de quitter le programme Erasmus, ça a été un choc. Et c'est l'une des choses les plus symboliques, avec les histoires liées à la pêche, de cet événement.

Mélusine aimerait que tous les jeunes aient la possibilité de faire un échange. Est-ce un objectif atteignable?

Nous sommes en voie de progression des objectifs, mais je dois dire qu'il n'y a pas qu'Erasmus dans la vie. C'est vrai qu'il faudrait que ces cursus étrangers de découverte européenne de jumelage grandissent. Je reviens un peu à la conférence. Il y a un sujet, en tout cas, qui me tient à cœur, qui a été évoqué par Emmanuel Macron depuis le discours de la Sorbonne, qui est la question de l'enseignement de l'histoire, c'est-à-dire les bases communes qui nous lient.

Quand on parle d'Europe, on peut dire qu'aujourd'hui, il n'y a pas d'enseignement commun. Il n'y a pas de référentiel commun parce que ce n'est pas dans les compétences européennes et ça reste une compétence d'appui, l'éducation. Mais je crois qu'on a beaucoup de progrès à faire à ce sujet. C'est très compliqué de se sentir appartenir à une entité si on n'a pas les bases.

Vous aussi, faites entendre votre voix à la Conférence sur l'avenir de l'Europe! Inscrivez-vous sur la plateforme dédiée et participez à la discussion. Faites savoir dans quelle Europe vous souhaitez vivre et contribuez à façonner notre futur!

Le projet a été cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme de subventions du Parlement européen dans le domaine de la communication. Le Parlement européen n'a pas été impliqué dans sa préparation et n'est d'aucune manière responsable de ou lié par l'information, les informations ou les points de vue exprimés dans le cadre du projet pour lequel uniquement les auteurs, les personnes interviewées, les éditeurs ou les diffuseurs du programme sont responsables conformément au droit applicable. Le Parlement européen ne peut pas non plus être tenu responsable des dommages, directs ou indirects, pouvant résulter de la réalisation du projet.

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