Politique

Mon Europe à moi: «À quand un réseau de trains européen géré par l'UE?»

Temps de lecture : 6 min

Voyager d'un bout à l'autre de l'Europe en train reste pour l'instant un exercice complexe. Mais selon l'eurodéputée EELV Karima Delli, les choses pourraient évoluer grâce à l'Union européenne.

L'absence d'une plateforme de vente en ligne qui réunirait tout les transporteurs ferroviaires européens constitue un problème majeur. | Giuseppe Cacace / AFP
L'absence d'une plateforme de vente en ligne qui réunirait tout les transporteurs ferroviaires européens constitue un problème majeur. | Giuseppe Cacace / AFP

En amont de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, où les citoyens de l'Union européenne (UE) sont invités à imaginer et à bâtir le futur du bloc, Slate lance le projet «Mon Europe à moi». L'objectif: donner la parole aux jeunes Français et Européens, recenser leurs attentes et leurs demandes, et y faire réagir des spécialistes et des membres du Parlement.

Pourra-t-on faire un jour un trajet Brest-Zagreb en train, en un minimum de temps et avec un seul billet? Ce souhait n'est pour le moment qu'un doux rêve. Impossibilité d'acheter tous les billets en une seule fois, trains transfrontaliers peu nombreux, correspondances non assurées... l'organisation d'un voyage en européen en train relève souvent du casse-tête, pour peu que l'on souhaite aller plus loin que Bruxelles ou Londres. En cause, un patchwork de vingt-sept réseaux ferrés nationaux qui est pourtant crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Thibault Constant connaît bien le sujet. Youtubeur de 25 ans, il anime la chaîne Simply Railways, où il partage ses voyages en train en Europe. Il a même récemment sorti Trains de nuit: 30 trajets inoubliables en Europe, publié chez Gallimard.



«J'observe que chaque compagnie nationale est très différente dans sa façon d'opérer, raconte à Slate.fr celui qui a attrapé l'attention des internautes en effectuant un tour du vieux continent en train de nuit. Le problème, c'est qu'il y a peu de coopération entre les compagnies nationales. Exemple: la France et l'Espagne sont deux grands pays ferroviaires, reliés par un réseau à grande vitesse, mais il n'existe qu'un seul aller-retour Paris-Barcelone par jour, même pas de train de nuit.» Pourtant, ce n'est pas comme si l'Union européenne (UE) ne disposait pas de voies ferrées. «Les infrastructures sont là», résume le fils de cheminot. Mais sans volonté politique, la révolution du train ne se fera pas tant qu'il sera plus facile, et moins cher, de prendre l'avion pour rallier de nombreuses destinations européennes entre elles.

Autre problème, même pour ceux et celles qui, comme Thibault, aiment passer des heures à préparer leurs itinéraires: l'absence d'une plateforme de vente en ligne qui réunirait tout les transporteurs ferroviaires européens. Prenez un trajet Paris-Sofia. Il vous faudra acheter vos billets sur trois plateformes différentes, dont un au guichet à Budapest en Hongrie, sans être assuré des correspondances en cas de retard. «Cette complexité décourage beaucoup de gens, surtout quand on compare ça à Google Flight ou Kayak pour les vols», soupire le jeune homme. Outre «un réseau européen de trains de nuits», Thibault Constant espère le retour des TEE, les Trans-Europ-Express, qui ont un jour sillonné l'UE.

«J'aimerais que ce soit l'UE qui chapeaute les liaisons transfrontalières, pour qu'elle ne laisse pas le choix aux États, pour que les gens aient plus de choix. Parce que le problème, c'est que les compagnies nationales, en essayant d'êtres rentables, ne sont pas intéressées par l'international.»
Thibault Constant


Le futur de l'UE passera-t-il par le train? Pour répondre à cette question, Slate s'est tourné vers Karima Delli, eurodéputée Europe Écologie Les Verts et présidente de la Commission transport et tourisme du Parlement européen. Elle s'est récemment beaucoup exprimée en faveur du retour des trains de nuit en France et en Europe.

Slate.fr: Le train est-elle une priorité européenne? Les États semblent aux manettes sur ce sujet...

Karima Delli: C'est vrai, mais il existe quand même déjà un réseau transfrontalier du train, où vous pouvez le prendre d'un pays à un autre. Mais je dois dire qu'aujourd'hui, nous observons un retour en grâce du train en Europe. Le secteur des transports a le plus grand défi à relever à l'aune du réchauffement climatique, puisque qu'il représente 30 % des gaz à effet de serre dans l'UE. En France c'est le premier poste d'émissions. C'est le seul secteur qui n'a pas réduit ses émissions depuis 1990.

La question des transports va donc être fondamentale dans les années à venir et elle permet de changer notre regard sur le train. La Commission a fait des annonces à ce sujet récemment, et on voit qu'il y a une volonté de remettre sur le devant de la scène un moyen de transport bon pour le climat et bon pour l'emploi. L'année 2021 a d'ailleurs été l'année européenne du rail.

Quelles sont les compétences de l'UE en terme de transport ferroviaire? On pense principalement aux réformes ouvrant la concurrence sur le rail...

Déjà, l'UE, au travers de différents programmes, va aider les États à augmenter la part du train pour faire en sorte qu'il y ait à nouveau de l'investissement, que ce soit au niveau des services de passager ou du fret. C'est là que l'UE va travailler. Le train, c'est tout de même quinze fois moins d'émissions de CO2 de l'avion. Je veux aussi dire que le train est le levier de la réindustrialisation européenne.

«Le train, c'est tout de même quinze fois moins d'émissions de CO2 que l'avion.»
Karima Delli, eurodéputée EELV

Je veux aussi dire que le train est le levier de la réindustrialisation européenne. Il y a donc tout un bataillon de stratégies industrielles que l'Europe peut mettre en œuvre, parce qu'il y a toute une industrie du matériel roulant présente sur nos territoires, qui grandira avec la relance du train.

Ensuite, il ne faut pas oublier que c'est l'Europe qui fixe les normes. Elle rend obligatoire des choses qui n'existaient pas. Par exemple, au Parlement, nous avons poussé pour augmenter le nombre de places vélos à bord des trains. Ce sera le cas dès 2023. L'Europe permet aussi de faire respecter les droits de tous les passagers, comme ceux en situation de handicap. C'est elle aussi qui oblige les compagnies à rembourser les voyageurs en cas de retard. L'UE s'occupe de quasiment de tout ce qui concerne le train.

Thibault aimerait que ce soit l'UE qui chapeaute les opérations entre pays européens. Est-ce envisageable?

L'Europe dessine le réseau transeuropéen de transport (RTE-T), c'est une stratégie qui dessine un réseau de transport européen. Je pense aussi aux trains de nuits, qui font leur grand retour en Europe, c'est l'une des solution les plus écologique de déplacements internationaux et nous sommes en train de dessiner le premier réseau européen de trains de nuit.

Concrètement, comment l'Europe fera en sorte que ce réseau fonctionne. Le rail reste principalement géré par les États...

Un, il y aura de l'argent qui sera mis en place et deux, nous sommes en train de travailler avec les différents opérateurs, pour qu'ils prennent à cœur cet objectif de faire plus de trains de nuit. Notre but est de faire en sorte que l'équilibre du réseau soit bel et bien là et qu'aucun territoire ne soit oublié. Et c'est là que ça devient important. Lorsque l'on décide de supprimer des vols courts, il faut être certain que derrière, la machine du train s'enclenche correctement.

L'un des problèmes, à l'heure actuelle, est qu'il est très complexe d'acheter un seul billet pour faire un voyage d'un pays européen à un autre. Cela va-t-il changer?

L'Europe va travailler sur ce que l'on appelle un billet unique, qui permettra de faire un trajet entier d'un point A à un point B, peu importe votre mode de déplacement. Cela permettra aussi de protéger les citoyens et citoyennes en cas de retard d'un de leurs trains. C'est faire le pari de donner toutes les informations aux usagers, pour qu'ils aient accès à l'ensemble des trajets et billets en Europe.

Il y a eu des propositions de la Commission européenne, le Parlement travaille dessus... craignez-vous que les États freinent vos efforts, notamment sous la pression du lobby de l'aérien?

Cela m'inquiète, mais nous sommes là pour être vigilants. Et puis, il y a une aspiration grandissante pour le train des citoyens et citoyennes européen·nes. C'est incroyable, le train de nuit est déjà de retour. La Commission s'est engagée sur une feuille de route. Il va falloir aller encore plus loin. Nous sommes déjà en train de pousser pour la taxe kérosène, qui pourra aller vers des investissements en faveur du train.

C'est vrai que nous avons des chefs d'État un peu paresseux, qui considèrent qu'investir dans le train n'est pas rentable. C'est une bêtise. On a beaucoup investi dans l'aviation, 37 milliards dans le plan de relance post-Covid, mais la bascule va se faire assez vite, parce que les habitudes des citoyens et citoyennes ont changé, et vont changer. Ils et elles veulent faire un geste pour la planète en prenant le train. C'est d'ailleurs ce que nous disent les jeunes, et c'est pour cela que nous travaillons sur un pass unique ferroviaire pour faire Erasmus.

Vous aussi, faites entendre votre voix à la Conférence sur l'avenir de l'Europe! Inscrivez-vous sur la plateforme dédiée et participez à la discussion. Faites savoir dans quelle Europe vous souhaitez vivre et contribuez à façonner notre futur!

Le projet a été cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme de subventions du Parlement européen dans le domaine de la communication. Le Parlement européen n'a pas été impliqué dans sa préparation et n'est d'aucune manière responsable de ou lié par l'information, les informations ou les points de vue exprimés dans le cadre du projet pour lequel uniquement les auteurs, les personnes interviewées, les éditeurs ou les diffuseurs du programme sont responsables conformément au droit applicable. Le Parlement européen ne peut pas non plus être tenu responsable des dommages, directs ou indirects, pouvant résulter de la réalisation du projet.

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