Politique / Monde

Mon Europe à moi: «Je souhaite que l'UE ait plus de poids en matière de diplomatie»

Temps de lecture : 6 min

L'Union européenne a beau avoir un haut représentant aux affaires étrangères, elle reste peu audible sur la scène internationale.

La recherche absolue de l'unanimité entrave la capacité d'agir de l'Union européenne. | Frederic Köberl via Unsplash
La recherche absolue de l'unanimité entrave la capacité d'agir de l'Union européenne. | Frederic Köberl via Unsplash

Dans le cadre de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, où les citoyens de l'Union européenne (UE) étaient invités à imaginer et à bâtir le futur du bloc, Slate a lancé le projet «Mon Europe à moi». L'objectif: donner la parole aux jeunes Français et Européens, recenser leurs attentes et leurs demandes, et y faire réagir des spécialistes et des membres du Parlement.

L'Europe «unie dans la diversité» peut-elle parler d'une seule voix sur la scène internationale? En début d'année, la réponse aurait été négative. Mais depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, force est de constater que les Vingt-Sept ont réussi à parler d'une seule voix, s'accordant rapidement sur les cinq premiers trains de sanctions.

Une fois passé le choc de la guerre, les vieilles habitudes sont cependant rapidement revenues, notamment avec la Hongrie, qui a bloqué pendant de longues semaines le sixième train de sanctions prévoyant notamment l'interdiction des importations de pétrole russe. Une situation qui agace Antoine Potor, étudiant à Nancy et membre de l'association Jeunes Européens. «C'est le compromis permanent. C'est normal, mais ça ne nous aide pas à nous faire entendre dans un monde mondialisé», explique-t-il à Slate.fr.

Fondamentalement pro-européen, car «l'Europe est un projet de paix» qui «nous permet de faire face à plein de défis, notamment climatiques», Antoine aimerait que l'Union européenne (UE) ait plus de pouvoirs en matière de diplomatie. Le bloc a pourtant créé, dans le traité de Lisbonne, en 2009, un poste de haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, actuellement occupé par le socialiste espagnol Josep Borell. Mais la fonction ne dispose que de peu de pouvoir réel et le haut représentant se contente souvent de publier des communiqués qui «condamnent» ou «s'inquiètent» plus ou moins «fermement» d'événements internationaux.

«C'est vrai que Josep Borell, ne dispose pas des moyens nécessaires, notamment administratifs, juge Antoine. Il ne peut pas s'exprimer librement et sur tous les sujets.» Certes, les affaires étrangères sont «encore la chasse gardée des États», admet le jeune homme. Mais ça n'est pas pour autant, selon lui, qu'il faut «opposer souveraineté nationale et souveraineté européenne», car «seul, notre voix porte beaucoup moins». Que faire, dès lors? Faut-il, comme le suggère Emmanuel Macron, développer «l'autonomie stratégique» de l'Europe? Antoine fait partie de celles et ceux qui souhaitent voir un jour la naissance d'un gouvernement fédéral européen. Mais avant d'en arriver à ce point, l'étudiant a une idée:

«Je pense qu'il faut donner
beaucoup de poids et de moyens
au haut représentant pour
les affaires étrangères.»
Antoine Potor, étudiant

Pour répondre aux interrogations d'Antoine et comprendre ce que l'UE peut faire de plus sur la diplomatie, Slate s'est entretenu par mail avec David McAllister, député européen allemand issu de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen.

Slate.fr: L'UE a lentement gagné en puissance sur le sujet de la diplomatie. La fonction de haut représentant fonctionne-t-elle?

David McAllister: Pendant de nombreuses décennies, l'Union européenne avait peu de compétences en matière d'affaires étrangères et de défense. L'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009 a marqué une étape importante dans le développement de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE. Il a créé une gamme de nouveaux acteurs et instruments. Il s'agit notamment du haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, du président du Conseil européen et du Service européen pour l'action extérieure (SEAE).

Pourtant, il y a un gros potentiel inexploité. Notre ambition doit être de prendre l'initiative pour renforcer les partenariats multilatéraux sur les priorités mondiales, et de protéger et de promouvoir la démocratie et les droits humains. En parallèle, nous devons nous préparer aux nouvelles menaces à venir, telles que les attaques hybrides ou l'influence croissante d'acteurs autoritaires malveillants.

La plupart des États membres semblent réticents à l'idée de donner plus de pouvoir à l'UE en matière de diplomatie. Pourquoi?

Le principe d'égalité entre les États membres dans la conception de la politique et des actions étrangères et de sécurité de l'UE doit être respecté et garanti. Cela s'applique également aux prérogatives des parlements nationaux. Dans le même temps, je pense que les instruments de politique extérieure de l'UE pourraient être utilisés de manière plus cohérente et cohésive.

Le Parlement européen soutient les efforts continus visant à construire l'unité européenne, à renforcer notre influence mondiale et notre politique étrangère, de sécurité et de défense commune. Cela ne peut être réalisé que si les vingt-sept États membres de l'UE partagent une vision et une culture communes en matière d'affaires étrangères et de sécurité.

Les affaires étrangères doivent-elles essentiellement rester une prérogative nationale?

L'Union européenne est unique, il s'agit d'une organisation sui generis. Les développements du XXIe siècle exigent plus, et non moins, d'actions de l'UE sur la scène internationale. Aucun pays au monde ne peut à lui seul répondre efficacement aux défis mondiaux d'aujourd'hui. Si nous ne faisons rien, le poids de l'Europe dans le monde diminuera considérablement.

Pour que l'UE devienne un acteur géopolitique, notre politique étrangère et de sécurité doit être plus efficace et percutante. Cela nécessite une réelle volonté politique dans l'ensemble des vingt-sept États membres. L'UE est une véritable puissance mondiale dans des domaines politiques pleinement intégrés.

Il est difficile pour vingt-sept États membres de s'entendre sur tout. Comment pouvons-nous améliorer la coordination entre pays?

L'unanimité entrave notre capacité d'agir. L'UE doit améliorer sa visibilité et la façon dont nous prenons des décisions en matière de politique étrangère et de sécurité. C'est pourquoi le Parlement européen appelle les États membres de l'UE à passer de l'unanimité au vote à la majorité qualifiée –au moins dans certains domaines de notre politique étrangère et de sécurité commune.

Les traités permettent cette flexibilité, alors utilisons-la. Dans un premier temps, ce principe pourrait être introduit pour les questions liées aux droits humains. Lançons également un débat au sein de l'UE autour de nouveaux formats, comme un Conseil de sécurité européen en dialogue et coopération avec les États membres.

La France pourrait-elle céder son siège au Conseil de sécurité de l'ONU à l'UE? Cela pourrait être une étape symbolique vers plus d'intégration...

Après le retrait du Royaume-Uni de l'UE, la France est le seul État membre de l'Union à disposer d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. La réforme du Conseil de sécurité de l'ONU est une question complexe depuis des décennies, sur laquelle on n'a réalisé que peu de progrès. La structure actuelle de cet organe, avec cinq membres permanents et dix membres non permanents, remonte aux années 1960. Entre-temps, le monde et l'ONU ont considérablement changé. Le nombre d'États membres de l'ONU a quadruplé pour atteindre près de 200.

Réformer ou élargir le Conseil de sécurité reste une tâche ambitieuse. D'une manière générale, je pense que les États membres de l'UE devraient coopérer étroitement au sein du Conseil de sécurité. La première double présidence du Conseil de sécurité de l'ONU entre la France et l'Allemagne, en mars et avril 2019, en a été un excellent exemple.

La Conférence sur l'avenir de l'Europe s'est achevée le 9 mai. Les quarante-neuf propositions élaborées sur la base des contributions des citoyens sont à retrouver sur la plateforme dédiée.

Le projet a été cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme de subventions du Parlement européen dans le domaine de la communication. Le Parlement européen n'a pas été impliqué dans sa préparation et n'est d'aucune manière responsable de ou lié par l'information, les informations ou les points de vue exprimés dans le cadre du projet pour lequel uniquement les auteurs, les personnes interviewées, les éditeurs ou les diffuseurs du programme sont responsables conformément au droit applicable. Le Parlement européen ne peut pas non plus être tenu responsable des dommages, directs ou indirects, pouvant résulter de la réalisation du projet.

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