Monde / Politique

La (trop) grande victoire de Matteo Renzi et le risque d'un bipartisme boiteux

Temps de lecture : 2 min

Le parti du président du Conseil italien a vraiment réussi ses Européennes: l'Italie y voit des ressemblances avec la Démocratie chrétienne qui a gouverné pendant un demi-siècle après guerre. Dans l'immobilisme.

Matteo Renzi le 26 mai. REUTERS/Remo Casilli
Matteo Renzi le 26 mai. REUTERS/Remo Casilli

Un résultat historique, un succès majeur pour la gauche italienne. Le parti démocrate de Matteo Renzi a battu toutes les prévisions — il obtient près de 41% — en creusant l’écart avec le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo. Du jamais vu? Pas vraiment. Un autre leader toscan avait atteint ce seuil des 40%: Amintore Fanfani, membre de la Démocratie chrétienne, remporta les élections législatives en 1958. De là à comparer le Parti démocrate de Renzi, fondé sur l’ancien Parti communiste italien rénové, à la force dominante de l’Italie d’après-guerre jusqu’aux années 90, il n’y a qu’un pas. Que beaucoup franchissent. «Renzi est la nouvelle DC»; «A partir de demain, le PD devrait s’appeler DC», s’exaspère sur son compte Twitter la fidèle berlusconienne Daniela Santanchè.

Hasard ou signe précurseur, la figure d’Enrico Berlinguer, artisan du «compromis historique» entre le Parti communiste italien et la Démocratie chrétienne, a été centrale dans la campagne pour ces élections, accaparée tour à tour par Renzi et Grillo. Le leader du M5S s’est présenté comme l’héritier de Berlinguer, mais la comparaison a irrité Matteo Renzi, qui a suggéré à Grillo de se «laver la bouche».

Mais au-delà des scores et des odes à Berlinguer, le parti de Renzi s’inscrit-il dans la lignée de l’ancienne DC?

Son électorat ressemble en effet au cœur de cible de la vieille Démocratie chrétienne: une population du centre — non pas politique, mais social et géographique. Travailleurs, chômeurs, ouvriers et chefs d’entreprise, le Parti démocrate prend des votes dans toute l’Italie, du nord au sud.

Autre écho: le bipolarisme boiteux qui se dessine au lendemain de ces élections européennes. Exit la Démocratie chrétienne versus le Parti communiste: place au Parti démocrate et à son grand rival du Mouvement 5 étoiles, qui joue à merveille le rôle de force antisystème.

C’est enfin la stratégie de Matteo Renzi qui ressuscite le spectre de la Démocratie chrétienne. Pour séduire l’âme modérée de l’Italie, Renzi a préféré le pragmatisme du centre-droit au chaos des grillini. Son alliance avec le Nouveau centre-droit, le parti fondé par Angelino Alfano, a été un choix payant.

Mais si Matteo Renzi doit remercier quelqu’un, ce n’est pas Berlinguer et encore moins Angelino Alfano. C'est son mécène, celui qui se voyait, à tort, comme le grand gagnant de ces élections, Beppe Grillo. Le trublion de la politique italienne aux discours alarmistes et agressifs a fini par effrayer toute une frange de modérés partie se ranger, à contrecœur parfois, dans les rangs du Parti démocrate.

Le résultat de Matteo Renzi est donc fils de l’Italie contemporaine, d’une classe politique à la dérive, d’un ras-le-bol envers les partis traditionnels. S’il a bénéficié d’un vote utile anti-Grillo, le président du Conseil a également joué sur la lassitude vis-à-vis d'une gauche étanche et conservatrice.

La comparaison avec la Démocratie chrétienne, si large en son temps qu’elle a toujours gouverné comme une force interclassiste et conservatrice, est en revanche instructive par les dérives qu’elle peut faire naître. Or, c’est bien le «Rottamatore» (le démolisseur) que les électeurs ont récompensé. Reste à savoir s’il ne s’agissait que d’un simple sobriquet, ou si Renzi saura passer à l’action.

Margherita Nasi

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