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À Berlin, le Mémorial de l'Holocauste s'effondre lentement

Annabelle Georgen, mis à jour le 28.05.2014 à 9 h 08

Berlin / nicolas 'nclm' via Flickr CC License by

Berlin / nicolas 'nclm' via Flickr CC License by

C'est l'un des monuments les plus magnétiques de Berlin. Inauguré en 2005, le Mémorial aux juifs assassinés d'Europe attire chaque année un demi-million de visiteurs dans ses allées plantées de 2.711 blocs de béton. Mais ce champ de stèles conçu par l'architecte américain Peter Eisenman pour durer 1.000 ans n'a même pas atteint une décennie qu'il menace déjà de s'effondrer, vient de révéler cette semaine une enquête menée par le Süddeutsche Zeitung.

Plus de 2.200 stèles du coûteux mémorial –27 millions d'euros– sont lézardées. Certaines fissures sont apparues dès 2005, mais les dégâts s'aggravent d'année en année. Un phénomène lié aux changements de température à la surface du béton, comme l'explique au quotidien l'expert en construction Bernd Hillemeier, ancien directeur de l'Institut du génie civil à l'université technique de Berlin:

«La chaleur et le froid créent des tensions sur une surface de béton qui peuvent devenir si importantes qu'elles entraînent des fissures.»

Certains blocs de béton présentent des fissures si larges qu'ils menacent de s'écrouler et ont dû être consolidés par des corsets de métal. Selon une expertise commanditée par la Fondation pour le Mémorial pour les juifs assassinés d'Europe, en charge du monument, 380 stèles pourraient représenter un danger vis-à-vis des visiteurs. La Fondation prévoit donc de les renforcer à l'aide de nouveaux dispositifs de contention métalliques. Une solution qui ne satisfait aujourd'hui personne, puisqu'elle gâche l'esthétique du lieu.

Deux stèles ont même été retirées dans la plus grande discrétion en 2010, par une froide nuit d'hiver. L'une a pu être réparée et réintégrée à l'ensemble, tandis que l'autre, trop endommagée, n'a pas été remplacée.

À la demande de la fondation chargée de la gestion du mémorial, le tribunal de grande instance de Berlin a lancé une expertise en 2012 pour déterminer à qui revenait la responsabilité des dégâts. Comme s'interroge la Süddeutsche Zeitung:

«La composition du béton est-elle bonne? Y a-t-il eu suffisamment de calculs pour déterminer de quelle façon le soleil, le vent et la grêle agissent sur les stèles? Est-ce la faute de l'entreprise qui a fabriqué le béton? Est-ce que la responsabilité revient à Eisenman et au gouvernement du Land de Berlin en tant que maître d'ouvrage, parce qu'ils ont estimé que les prototypes étaient satisfaisants?»

Interrogé par le magazine Stern, l'architecte Peter Eisenman nie toute responsabilité et rejette la faute sur la direction de la Fondation, à qui il reproche d'avoir «visiblement changé des choses, pour économiser de l'argent». D'après l'architecte, les stèles en béton armé, dont les murs ont une épaisseur de 15cm, ne contiendraient pas suffisamment d'acier. De son côté, la direction de la fondation assure n'avoir pris aucune décision concernant les matériaux utilisés pour la construction des stèles, rapporte le Berliner Morgenpost.

Il y a onze ans, alors que le mémorial était encore en chantier, le chef de l'entreprise de construction chargée de fabriquer les stèles de béton, Bodo Rothert, aimait à les comparer aux pyramides de Gizeh. Quand les journalistes l'interrogaient sur la durabilité de l'édifice, il répondait par une question:

«Qu'ont donc pensé autrefois les bâtisseurs de pyramides en Égypte? Leur ouvrage est toujours là.»

Annabelle Georgen
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Journaliste
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