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Dimanche, les Berlinois décideront aussi du sort de l'aéroport de Tempelhof, lieu historique et symbole anti-gentrification

Annabelle Georgen, mis à jour le 24.05.2014 à 17 h 50

Vue aérienne de l'aéroport de Tempelhof, en 1948. National Museum of the U.S. Air Force, via Wikimedia Commons.

Vue aérienne de l'aéroport de Tempelhof, en 1948. National Museum of the U.S. Air Force, via Wikimedia Commons.

Dimanche 25 mai, les Berlinois ne se rendront pas seulement aux urnes pour élire leurs députés européens mais pour se prononcer sur le sort de l'ancien aéroport de Tempelhof. Après sa fermeture en 2008, ce dernier a été transformé en parc: un lieu extraordinaire, immensément vert, dans lequel ne se dresse quasiment aucun arbre, balayé par les vents et inondé de soleil aux beaux jours. Ses vastes prairies mangées par le ciel se couvrent de monde au soleil couchant, ses pistes d'atterrissage sont devenus le terrain de jeu favori des amateurs de sport de glisse.

Mais le gouvernement du Land de Berlin a désormais d'autres projets pour ce terrain de plus de 300 hectares situé au cœur de la ville. Il prévoit d'amputer le pourtour du parc de 70 hectares pour y faire construire 4.700 logements, une bibliothèque, des immeubles de bureaux, des commerces, un plan d'eau et des terrains de sport, comme on peut le lire sur le site du Berliner Zeitung.

Argument-massue brandi par le SPD et la CDU, initiateurs du projet: cela permettrait d'endiguer la crise du logement qui frappe aujourd'hui Berlin. Un cinquième des logements prévus dans le plan d'aménagement devraient avoir des loyers modérés.

Un argument que rejette en bloc l'initiative citoyenne «100 Prozent Tempelhof», lancée par les habitants des quartiers voisins de l'aéroport, qui reproche au Land de Berlin de vouloir une fois encore privatiser les terrains appartenant à la ville. Décidée à défendre les contours de cette flaque de verdure qui compte parmi les lieux préférés des Berlinois, l'initiative a réuni les 185.000 signatures nécessaires à la mise en place d'un référendum.

Les Berlinois devront donc se prononcer dimanche à la fois sur le projet d'aménagement présenté par le Land de Berlin et sur celui des défenseurs du parc, qui demandent à ce qu'il soit simplement laissé tel quel afin de préserver le panorama à 360° qu'offrent ses vastes plaines aux promeneurs. Cet aéroport construit par les nazis est cher aux Berlinois, car c'est sur ses pistes qu'atterrissaient les avions alliés pour ravitailler la population en charbon et en denrées alimentaires durant le blocus de Berlin. Pendant près d'un an, entre juin 1948 et mai 1949, les avions chargés de marchandises s'y succédaient toutes les 90 secondes.

Cet espace vert situé au cœur de la ville est aujourd'hui devenu un des symboles du bras de fer engagé entre les Berlinois et la gentrification. En 2009, alors que l'aéroport était désaffecté depuis un an et que le terrain restait fermé au public, de nombreuses actions avait été organisées par des collectifs d'habitants pour réclamer son ouverture.

L'une d'elle appelait à une occupation massive du terrain, rappelle le quotidien Berliner Morgenpost. «Have you ever squatted an airport?», lançait le tract diffusé par le collectif «Squat Tempelhof». Cette action qui promettait d'être spectaculaire avait été évitée de justesse par un grand déploiement de policiers le long des grilles de l'aéroport. En mai 2010, le parc ouvrait enfin ses portes.

Le référendum de dimanche pourrait tourner au règlement de compte vis-à-vis de Klaus Wowereit, le maire SPD de la ville, estime Der Spiegel. Sa côte de popularité est au plus bas justement à cause d'un autre aéroport, le futur aéroport international BER, dont le chantier s'éternise depuis des années et qui s'avère être un véritable gouffre financier pour la ville. Sur l'affiche de campagne des Verts, qui soutiennent l'initiative «100 Prozent Tempelhof», on peut d'ailleurs voir la photo de Klaus Wowereit, l'air totalement dépassé par les événements, barrée de la question:

«Voudriez-vous confier encore un aéroport à cet homme?»

Annabelle Georgen
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Journaliste
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