Européennes 2014Monde

La nouvelle donne des petits partis pro-européens

Daniel Vernet, mis à jour le 23.05.2014 à 7 h 15

De la formation de Pierre Larrouturou en France à Neos en Autriche ou Potami en Grèce, de nouveaux partis essaient de s’opposer à la montée des populismes en mettant l’Europe au centre de leurs ambitions.

Matthias Strolz, le leader du parti autrichien Neos, en septembre 2013. REUTERS/Heinz-Peter Bader.

Matthias Strolz, le leader du parti autrichien Neos, en septembre 2013. REUTERS/Heinz-Peter Bader.

Empêtrés dans les débats de politique nationale tout en ayant un œil sur la présidence de la Commission de Bruxelles, les grands partis politiques font campagne pour les élections européennes comme s’il s’agissait de scrutins nationaux. Face à la montée des partis eurosceptiques voire carrément europhobes, le centre droit et le centre gauche hésitent à défendre les acquis de l’intégration européenne. C’est vrai dans la plupart des Etats membres, comme en France.

Dans certains pays cependant, de petites formations, souvent de création très récente, essaient de s’opposer à la montée des populismes en mettant l’Europe au centre de leurs ambitions. En France, Nouvelle donne, avec Pierre Larrouturou, «l’inventeur» des 35 heures, le sociologue Edgar Morin ou le réalisateur Bruno Gaccio, n’a pour l'instant pas fait la percée espérée, si l’on en croit les sondages, qui lui accordent au maximum 2,5% des suffrages.

Alternative à la grande coalition autrichienne

En Autriche, en revanche, le regroupement autour de l’ancien Forum Libéral, qui eut son heure de gloire, a dépassé aux dernières élections parlementaires la barre des 4% nécessaires pour avoir des députés. Sous le nom de Neos, pour Neues Österreich, ces nouveaux venus ont obtenu dès leur première apparition sur la scène autrichienne neuf députés. Ils espèrent faire encore mieux aux européennes face aux partis établis comme le Parti social-démocrate (SPÖ) ou le parti conservateur (ÖVP), qui gouvernent ensemble depuis des lustres.

Ils veulent incarner une alternative à la grande coalition, alors que jusqu’à maintenant, les mécontents cherchaient une échappatoire à l’extrême-droite. Le FPÖ, l’ancien parti de Jörg Haider, auquel un autre démagogue, Hans-Christian Strache, a donné une nouvelle jeunesse, a obtenu 20% des voix aux dernières élections générales.

La crise économique et le chômage ne peuvent être avancés comme explication de ce succès dans un pays qui compte seulement 4% de sans-emploi. Mais l’hostilité à l’immigration, voire la xénophobie, comme les attaques contre l’Union européenne fédèrent les soutiens du FPÖ. Alors que les Verts apparaissent comme partie prenante du système, Neos fait souffler un air nouveau.

L'Europe comme seul programme

Le système des partis est aussi à l’origine du succès attendu en Grèce d’une nouvelle formation née au début du mois de mars: Potami («la rivière» en grec). Créé par un journaliste vedette de la télévision privée, Stavros Theodorakis (aucun lien de parenté avec le chanteur-compositeur), ce mouvement est déjà crédité de 8% des intentions de vote aux élections européennes.

Pour le moment, d’ailleurs, l’Europe est son seul programme. Potami n’a pas présenté de candidats aux élections locales, dont le premier tour a eu lieu le dimanche 18 mai –le second est prévu pour le 25 mai, le même jour que les européennes. Le parti a récupéré une partie des protagonistes d’une autre initiative dite des 58, un regroupement d’intellectuels et de représentants des professions libérales qui voulaient rompre avec les pratiques claniques et clientélistes de la politique grecque. C’est aussi l’idée à l’origine de Potami: les partis traditionnels ne peuvent résoudre les problèmes qu’ils ont contribué largement à créer.

A la fois de gauche et néolibéral, défenseur de l’Europe et de l’euro face aux prises de position contradictoires de la gauche radicale représentée par Syriza d’Alexis Tsipras, Stavros Theodorakis ne prétend pas avoir réponse à tout. Son programme se veut le résultat des contributions variées apportées par les représentants de la société civile qu’il souhaite rassembler contre les politiciens professionnels. Mais aussi contre le parti d'extrême-droite Aube dorée, que Potami pourrait réléguer à la quatrième place aux européennes.

Paysage grec chamboulé

Le paysage politique grec est en passe d’être totalement chamboulé. La gauche radicale pourrait devenir le premier parti du pays (27% des intentions de vote) devant les conservateurs de la Nouvelle démocratie (22%), obligeant le chef du gouvernement Antonis Samaras à organiser des élections législatives anticipées. Le Pasok, qui a regroupé autour de lui des petites formations de centre-gauche sous le nom de l’Olivier (comme en Italie dans les années 1990), atteint péniblement 6% des intentions de vote. Autrement dit, la Nouvelle démocratie et le Pasok, qui gouvernent ensemble et sont tenus pour responsables à la fois de la faillite de l’économie et des programmes d’austérité, représentent à eux deux moins du tiers de l’électorat.

Au lendemain de sa création, Potami était déjà la troisième force politique du pays, devançant l’extrême-droite. Le 25 mai, son score devrait être plus modeste mais suffisant pour qu’il joue les trublions.

Friands de la théorie du complot, les Grecs se demandent quel deus ex machina se cache derrière le parti. Stavros Theodorakis répond simplement que les gens mécontents de l’offre politique existante veulent prendre leurs affaires en main. Comme le remarque un journaliste du Guardian, c’est «l’explication la plus simple et politiquement la plus explosive». Même si à Athènes et ailleurs, les vieux partis ont la vie dure.

Daniel Vernet

Daniel Vernet
Daniel Vernet (439 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte