Partager cet article

En Allemagne, on met aux enchères des femmes lors de fêtes très arrosées

3D Judges Gavel. Chris Potter via Flickr CC License by.

3D Judges Gavel. Chris Potter via Flickr CC License by.

En Allemagne, où le printemps se laisse souvent désirer, le mois de mai est marqué par une ribambelle de festivités dans les contrées rurales lors desquelles on célèbre le retour tant attendu de la belle saison. L'occasion pour l'hebdomadaire Die Zeit de se pencher cette semaine sur une coutume allemande des plus curieuses: la «Maifrauenversteigerung», littéralement «la vente aux enchères de femmes de mai». 

Dans les villages, les associations d'hommes célibataires se rassemblent dans les tavernes quelques mois avant les festivités pour choisir leurs partenaires de bal. Âge minimum: 16 ans. Lors de ces soirées généralement très arrosées lors desquelles les femmes ne sont pas présentes, les hommes «achètent» aux enchères les conquêtes de leur choix.

Malgré son sexisme et sa rustrerie, cette coutume d'un autre âge –elle remonterait au XVIIIème siècle– est toujours en usage dans l'ouest de l'Allemagne, particulièrement en Rhénanie. D'après Dagmar Hänel, chercheuse à l'Institut de civilisation et d'histoire régionale LVR, à Bonn, entre 70 et 120 associations se livreraient à ce rite chaque année.

Comme lors d'une vente aux enchères classique, les femmes à «vendre» font d'abord l'objet d'une description détaillée. Dans le petit village des environs de Cologne où la journaliste Rebecca Erken a assisté à l'une de ces ventes, les participants ont adapté la tradition aux outils de communication modernes:

«Comme si l'émancipation n'avait jamais eu lieu, près de cinquante femmes sont ici mises aux enchères, à côté d'autres produits –une tireuse à bière en laiton, deux bouteilles d'eau de vie aux herbes. Une présentation montre des photos et des extraits des profils Facebook des femmes. Pour chacune, l'année de naissance et la situation amoureuse ont été listées.»

C'est le plus offrant qui remporte le marché, adjugé à coup de maillet sur un fût de bière.

Dans certains cas, les enchères peuvent monter très haut. Au début de l'année, à Mannheim, les participants d'une «Maifrauenversteigerung» ont déboursé en moyenne 250 euros pour décrocher une partenaire de bal, rapportait le quotidien local Kölner Stadt-Anzeiger. Un des participants a même «acheté» sa cousine 1.200 euros, faisant d'elle «la reine de mai», titre glorieux accordé à la femme dont l'acquéreur s'est le plus ruiné pour elle... Les gains ainsi acquis servent à financer les activités de l'association.

Ces manifestations n'intéressent en général que la presse locale, qui porte un œil bienveillant sur ces beuveries machistes lors desquelles il s'agit de «faire venir à l'homme» les jeunes femmes à marier, comme l'explique tout en finesse Florian Thelen, président d'une association de célibataires fier de porter haut la tradition, au quotidien local Aachener Zeitung. À lire les compte-rendus de ces ventes aux enchères, on croirait presque à des réunions bon enfant, garantes de la perpétuation du précieux folklore local, si les mots «horde», «agitation» et «beugler» ne revenaient pas constamment.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte