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Le New York Times aurait pu dévoiler le scandale de la NSA dès 2004

Le siège du New York Times Alexander Torrenegra via Flickr CC License by

Le siège du New York Times Alexander Torrenegra via Flickr CC License by

Le scandale de la NSA aurait pu éclater en 2004. Selon Al Jazeera America, le New York Times connaissait déjà les pratiques d’espionnage de l’Agence de sécurité nationale il y a dix ans. Mais le quotidien américain aurait fléchi sous la pression de la Maison Blanche et aurait choisi de ne pas publier les informations recueillies par ses journalistes.

Dans le premier épisode d'un documentaire de l’émission américaine Frontline, intitulé «United States of Secrets» et diffusé mardi 13 mai, l’ancien rédacteur en chef du New York Times, Bill Keller, a reconnu qu'il a empêché la publication d’un article révélant l’existence d'un programme de surveillance domestique aux Etats-Unis.

A quelques mois de l'élection présidentielle, impossible pour la Maison Blanche et l'administration Bush de laisser éclater un tel scandale.

Au printemps 2004, Thomas Tamm, alors employé au ministère de la Justice, passe un coup de fil anonyme à un journaliste du New York Times, Eric Lichtblau. Ce magistrat, qui travaille alors pour la cour de la Fisa, venait de prendre connaissance d’un programme d’écoutes, sans que cette autorité, dont le rôle est de veiller à la légalité des programmes de la NSA, n’en ait connaissance.

«La loi dispose que si vous ne passez pas par la Cour, vous comettez un crime fédéral», précise Thomas Tamm au cours de l’émission Frontline.

Après cet appel, James Risen, un autre journaliste du quotidien new-yorkais, a appelé le directeur de la NSA de l’époque en lui faisant savoir qu’il était au courant de l’existence du programme. Michael Hayden lui a raccroché au nez.

Dans la foulée, la Maison Blanche aurait appelé le New York Times.

«Il (James Risen) avait un revolver sur la tempe, se souvient Eric Lichtblau dans le documentaire. Ils n’ont pas eu d’autre choix que de faire marche arrière.»

Lors d’une réunion, des représentants de l’administration Bush auraient déclaré que la révélation d’un tel programme «serait extrêmement dangereuse» pour les Etats-Unis.

Le quotidien américain a donc reporté la publication de ces informations. Une décision qui a retardé de neuf ans les révélations concernant les pratiques d’espionnage de la NSA, dévoilées en 2013 par Edward Snowden, un ancien employé de l’agence de sécurité. 

Selon le Huffington Post, c'est en partie grâce à ce climat de défiance qu'Edward Snowden a pu révéler ses informations. Le journaliste du Guardian Glenn Greenwald mentionne la décision du New York Times dès le début de son livre, No Place to Hide, sorti aux Etats-Unis le 13 mai.

«Au moment de cette histoire concernant le New York Times, Greenwald a commencé à bloguer de manière agressive sur des sujets concernant les médias et les atteintes aux libertés civiles», explique le Huffington Post.

«C'est ce contexte qui a amené Edward Snowden, plusieurs années plus tard, à me choisir en premier pour révéler les méfaits de la NSA», écrit d'ailleurs Glenn Greenwald dans son livre.

D’après Al-Jazeera America, le quotidien new-yorkais avait toutefois publié un premier article sur le sujet en 2005, mais uniquement parce que le journaliste, James Risen, avait menacé de le publier de manière indépendante. Il publia finalement un livre dans lequel il révélait l’existence des écoutes téléphoniques fin 2005. Sans la répercussion mondiale qu'a eu l'article du Guardian.

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