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Ce que vous ne lirez jamais dans les communiqués officiels de l'UE

Annabelle Georgen, mis à jour le 14.05.2014 à 17 h 22

La photo de famille du sommet européen du 28 octobre 2010. REUTERS/Thierry Roge

La photo de famille du sommet européen du 28 octobre 2010. REUTERS/Thierry Roge

À l'approche des élections européennes, le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung publie en exclusivité des extraits d'un livre sur les coulisses de l'Union européenne cosigné par sa correspondante à Bruxelles, Cerstin Gammelin. Les documents auxquels ont eu accès la journaliste et son confrère autrichien Raimund Löw, tout comme les anecdotes qu'ils ont glanées auprès de hauts fonctionnaires européens, offrent une plongée déconcertante dans les rouages opaques de la machine européenne.

On y apprend notamment que le montant du Fonds européen de stabilité financière approuvé par l'UE en 2010 a volontairement été gonflé par le groupe de travail chargé de son élaboration, en se basant sur la croyance que l'Allemagne allait négocier sans pitié, comme l'explique un sherpa sous couvert d'anonymat:

«Nous nous sommes dit que nous aurions besoin de 200 milliards d'euros. Et nous avons calculé que les Allemands allaient sûrement retirer la moitié de la somme proposée. En craignant cela et tout en sachant que seuls 100 milliards d'euros ne suffiraient jamais, nous avons doublé la somme en passant à 400 milliards.

Nous avons ensuite ajouté 10% pour une raison quelconque, de façon à atteindre 500 milliards d'euros avec les 60 milliards d'euros du fonds de la Commission européenne. Et ensuite nous avons été bluffés que les Allemands n'aient rien enlevé. C'est ainsi que 440 milliards ont été rassemblés pour le FESF.»

Les deux correspondants ont également eu accès à des courriers échangés en 2012 entre le dirigeant de Volkswagen Martin Winterkorn et le commissaire européen à l'Énergie Günther Oettinger, dans lesquels le premier tente de convaincre le second d'oeuvrer contre le durcissement de la législation réduisant les émissions de CO2 des voitures. Quelques jours plus tard, le commissaire européen lui fait savoir, bien que sur un ton très formel, que son vœu a été exaucé.

La grande influence dont jouissent les lobbyistes auprès des fonctionnaires européens n'a cessé de ternir l'image de l'Union européenne auprès des citoyens ces dernières années. Comme le rapporte par exemple l'eurodéputée française Michèle Rivasi au quotidien La Croix, juste avant que la directive sur le tabac soit examinée en février dernier, l'industrie du tabac a tenté bassement de rallier à sa cause les membres du Parlement européen:

«Tous les députés ont été arrosés de paquets de cigarettes par des consultants à l'argumentaire bien rodé.»

Cerstin Gammelin et Raimund Löw ont également eu accès à des documents tenus secrets: les notes du Groupe Antici, qui rassemble des hauts fonctionnaires représentant les 28 États membres de l'UE, les seuls habilités à rédiger des compte-rendus des réunions du Conseil de l'Europe afin de pouvoir transmettre la teneur des débats aux ambassadeurs.

Grâce à ces documents, les journalistes ont pu se faire une idée précise de la façon dont s'est déroulé le sommet européen du 28 octobre 2010, lors duquel Angela Merkel et Nicolas Sarkozy défendaient l'idée de retirer leur droit de vote aux pays qui affichaient un déficit budgétaire régulier. Le couple franco-allemand s'est heurté à de vives résistances parmi ses partenaires européens.

Cette «discussion surréaliste», où il était question de droits de l'homme et de gestion budgétaire, n'apparaît pourtant dans aucun document public, fait remarquer le quotidien bavarois:

«Les deux puissants ne sont pas parvenus à s'imposer. Merkel s'est battue et a perdu. Cette défaite ne doit pas quitter la pièce, elle ne doit pas se frayer un chemin vers l'extérieur.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (342 articles)
Journaliste
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