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Surprise: les Américains ont les mêmes méthodes d'espionnage que celles qu'ils reprochaient aux Chinois

Andréa Fradin, mis à jour le 16.05.2014 à 11 h 02

"Inside a broadband router" par Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier | FlickR licence cc by sa

"Inside a broadband router" par Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier | FlickR licence cc by sa

La NSA placerait des mouchards au coeur de certains équipements informatiques fabriqués aux Etats-Unis, et destinés à l'exportation. Cette affirmation est extraite du livre que le journaliste Glenn Greenwald, qui a aidé Edward Snowden à révéler le fonctionnement de la surveillance massive made in America, s'apprête à publier, et dont le Guardian publie ce 12 mai un extrait:

«Pendant des années, le gouvernement américain a alerté le monde à grands bruits que les routeurs chinois, entre autres appareils connectés à Internet, incarnaient une "menace" parce qu'ils étaient fabriqués avec une fonctionnalité de surveillance [une "backdoor"], qui donne au gouvernement chinois la possibilité d'espionner quiconque les utilisent. Pourtant, ce que les documents de la NSA révèlent, c'est que les Américains sont précisément engagés dans l'activité dont les Etats-Unis accusent la Chine.»

Glenn Greenwald explique s'appuyer sur un document de juin 2010, qu'il qualifie d'«affreusement explicite», et qui décrit comment la NSA «reçoit –ou intercepte– de manière régulière des routeurs, des serveurs et d'autres appareils du réseau destinés à être exportés, avant qu'ils soient livrés à leurs clients à l'international».

Une méthode d'espionnage qui s'accompagne désormais d'images. Egalement extraites de ce document de 2010, révélées dans le livre de Greenwald et reprises dans une bonne partie de la presse spécialisée, elles montrent des employés de la NSA «ouvrir avec précaution, nous dit la légende officielle, les paquets interceptés», ainsi qu'une «station» visant à implanter dans le matériel une «balise de surveillance»:

Cette information n'est pas vraiment surprenante vu la panoplie déployée par l'agence de renseignements américaine pour surveiller les communications à travers le monde: de l'espionnage à l'ancienne d'institutions à Bruxelles à l'analyse des données transitant par les câbles sous-marins et des SMS, véritables artères du Net, en passant bien sûr par l'accès (consenti ou non) aux serveurs des géants comme Google, Apple, Facebook et compagnie.

Bon nombre de spécialistes mentionnent par ailleurs depuis longtemps le fait que le matériel placé au coeur du réseau, qui dépend bien souvent d'entreprises américaines (Cisco, Juniper ou même le franco-américain Alcatel-Lucent), n'est pas fiable, du fait de l'installation de ces backdoors –sans toutefois en apporter la preuve formelle.

Vaste farce, comme le note Greenwald, les Américains reprochent exactement ce comportement aux géants informatique chinois tels que Huawei ou ZTE. Un argument sur lequel une commission parlementaire chargée des questions de renseignement, le House Intelligence Committee, s'est précisément appuyée pour affirmer que les «Etats-Unis devraient se méfier de la progression continue dans le marché des télécommunications des Etats-Unis des compagnies de télécommunication chinoises».

L'Australie, dont les services secrets ont collaboré avec la NSA, a même «refusé de voir l'équipementier s'acoquiner avec le projet de réseau très haut débit national (National Broadband Network)», écrivions-nous alors, quand le rapport sur la cyberdéfense du sénateur Jean-Marie Bockel préconise en France tout simplement l'interdiction de Huawei sur le territoire, au motif que ses équipements «présentent un risque pour la sécurité nationale». On ne rit pas.

Mise à jour le vendredi 16 mai 2014, avec les images du document de 2010

A.F.

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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