Monde

Cette photographie n'a rien à voir avec les enlèvements au Nigéria

Temps de lecture : 2 min

Elle a été totalement sortie de son contexte et correspond en réalité à une image prise en 2000, en Guinée-Bissau, par la photojournaliste Ami Vitale.

Depuis une semaine, les réseaux sociaux se mobilisent sous le slogan #Bringbackourgirls («Rendez-nous nos filles») pour tenter de faire libérer les 276 adolescentes nigérianes kidnappées par le groupe islamiste Boko Haram. Une affiche portant le slogan de cette campagne de mobilisation et montrant le portait d'une jeune femme appuyée sur une table ou le rebord d'une fenêtre a été largement relayée.

Jenaby Balde, photographiée par Ami Vitale en Guinée-Bissau, en 2000

Mais d'une part, cette image a été utilisée sans permission, et d'autre part, elle a été totalement sortie de son contexte. Cette jeune fille, qui s'appelle Jenabu Balde, n'a rien à voir avec les enlèvements. Il s'agit en réalité d'une jeune habitante de la Guinée-Bissau photographiée par la photojournaliste Ami Vitale, en 2000, à plus de 1.300 kilomètres du Nigéria.
Une larme a même été ajoutée à l'originale, qui se trouve ici.

Les deux images ci-dessous appartiennent également à Ami Vitale et ont aussi été détournées de leur sens initial.

Selon France Info, ces affiches très virales auraient été publiées en premier sur le compte @Imahephzibah, qui se présente comme une agence de communication en ligne basée au Nigéria.

«Je connais ces filles. Je connais ces familles et elles seraient réellement en colère de voir les visages de leurs filles à travers le monde pour donner à un visage à cette terrible situation», explique l'auteure de ces photographies au New York Times.

Ami Vitale s'est rendue en Guinée-Bissau en 1993, en 2000 (elle racontait d'ailleurs sur Slate en 2013 l'histoire d'une des photographies de son reportage) et en 2011. Le but de son travail était de montrer une histoire de l'Afrique différente de celles que l'on lit tous les jours dans les médias qui, d'un côté, montrent la famine ou les guerres, et de l'autre les safaris. Elle a donc voulu montrer qu'il y avait «un magnifique monde qui se trouve entre ces deux vérités»:

«Et si je suis si énervée, c'est parce que j'ai essayé de ne pas montrer ces filles comme des victimes. Utiliser ces images et dépeindre ces filles comme des victimes n'est pas véridique. Le travail que j'ai produit était un reportage plein d'espoir. [...] Le but de cette histoire était de montrer que les filles allaient à l'école et que la vie s'améliorait de nombreuses façons. [...] Je ressens un sentiment de responsabilité envers les personnes que je photographie.»

Fanny Arlandis

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