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À Diên Biên Phû, les Etats-Unis ont-ils proposé deux bombes atomiques à la France?

Camille Jourdan, mis à jour le 07.05.2014 à 17 h 25

Diên Biên Phû / manhhai via Flickr CC License By

Diên Biên Phû / manhhai via Flickr CC License By

«Et si nous vous donnions deux bombes atomiques?» C’est la proposition qu’aurait faite le secrétaire d'État américain John Foster Dulles au ministre français des Affaires étrangères George Bidault en avril 1954. La cible? Diên Biên Phû, en Indochine, où la guerre allait bientôt toucher à sa fin.

Le 7 mai 1954, il y a donc 60 ans, Diên Biên Phû marquait une défaite historique pour la France. Le Monde rappelle les propos de l'historien Jean-Pierre Rioux: «[Diên Biên Phû fut] la seule bataille rangée et perdue par une armée européenne dans toute l’histoire des décolonisations.»

En ce jour anniversaire, la BBC et d’autres médias retracent l’histoire de cette bataille. Celle d’un militaire, le commandant en chef Henri Navarre, qui décida, fin 1953, d’enterrer son armée dans une cuvette: autour du champ de bataille, des collines et des  montagnes. Une stratégie pour se protéger des attaques vietminh. Mais voilà les Français pris à leur propre piège: leurs adversaires s’avèrent plus équipés que prévus et parviennent à assiéger cette «baignoire».

La France fait alors appel aux Etats-Unis. La solution des Américains? L’arme nucléaire. Au cours d’une réunion de l’Alliance atlantique, le 22 avril, c’est cette solution radicale qui aurait été proposée.

Pourquoi «aurait»? Car aucune preuve tangible que de tels propos aient été tenus n’existe. La BBC émet ainsi quelques réserves:

«Il paraît possible que dans l’atmosphère fébrile qui régnait ces jours-là, les Français paniqués aient mal compris [Dulles]. Ou peut-être que ces propos ont été mal traduits.»

Mais plusieurs hommes politiques de l’époque sont formels: les Etats-Unis ont bien suggéré l’utilisation de bombes atomiques. Dans son article «Un malentendu transatlantique: les Etats-Unis et la bataille de Diên Biên Phû», l'historien Laurent Cesari demande:

«Pourquoi douter de la réalité de la proposition? Bidault et l’ambassadeur Jean Chauvel la mentionnent dans leurs Mémoires; surtout, le ministre en a immédiatement fait part à trois de ses proches collaborateurs (Roland de Margerie, Maurice Schumann, Guy de la Tournelle) et le général Ely la relève dans son journal tenu au jour le jour.»

La BBC rapporte d’ailleurs les propos de Maurice Schumann, alors secrétaire d'État aux Affaires étrangères:

«[Dulles] n’a pas vraiment offert les bombes atomiques. Il a fait une suggestion, et a posé une question. Il a prononcé les deux mots fatals: “bombe nucléaire”. La réaction immédiate de Bidault a été de faire comme s’il ne prenait pas la proposition au sérieux.»

L’Indochine passa ainsi à côté d’un nouvel Hiroshima. Pourquoi ce refus de la France? Bidault explique que si une bombe atomique permettrait d’éliminer les troupes vietminh, elle ferait de même avec ses propres soldats.

Quelques jours plus tard, après 56 jours de siège, l’armée française abandonnait le combat. Bilan: plus de 1.100 morts côté français, environ 1.600 disparus et entre 4.000 et 5.000 blessés. Côté vietminh, la BBC parle de 22.000 pertes humaines. Des dégâts moindres qu’une bombe atomique, certes, mais qui restent importants.

Camille Jourdan
Camille Jourdan (139 articles)
Journaliste
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