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Poutine interdit les gros mots dans les médias et les arts

Grégoire Fleurot, mis à jour le 06.05.2014 à 9 h 57

Dans la ville de Krasnoïarsk, en Sibérie, le 17 avril 2014, REUTERS/Ilya Naymushin

Dans la ville de Krasnoïarsk, en Sibérie, le 17 avril 2014, REUTERS/Ilya Naymushin

Le président russe Vladimir Poutine a signé lundi 5 mai une loi interdisant les gros mots dans les films, à la télévision, dans les théâtres et les médias, rapporte BBC News, qui cite le site d'information russe Vesti. Les organisations qui enfreindront cette nouvelle loi seront passibles d'une amende d'un peu plus de 1.000 euros à partir du 1er juillet, tandis que les personnes risqueront 50 euros.

En cas de litige, un panel d'experts décidera des mots qui rentrent dans la catégorie des jurons. Les livres contenant des gros mots devront comporter un avertissement sur leur couverture, un peu à l'image du fameux autocollant «Parental advisory» collé sur les pochettes de CD aux paroles allant à l'encontre de la bienséance aux Etats-Unis.

BBC News écrit:

«La loi rappelle le conservatisme de la période soviétique, quand le Parti communiste demandait aux artistes et aux écrivains d'éviter les modes occidentales “décadentes” et de s'en tenir aux valeurs traditionnelles. [...] On ne sait pas encore si l'interdiction de jurer dans les médias s'étendra aussi aux utilisateurs russes de réseaux sociaux comme Twitter et Facebook.»

Pour le Wall Street Journal, le danger pour la liberté d'expression est réel:

«La loi n'est que la dernière d'une rafale de textes durcissant le contrôle de la liberté d'expression et d'Internet et alourdissant les punitions pour terrorisme et extrémisme. Une autre loi également signée lundi prévoit de lourdes amendes pour les blogueurs ayant plus de 3.000 pages vues quotidiennes proférant des grossièretés à partir du mois d'août. Ils seront alors assimilés à des médias.»

Selon des études de sociologie citées par Vesti, les gros mots sont courants dans les deux tiers des entreprises russes. Le Moscow Times rapporte que nettoyer le langage du pays sera peut-être plus difficile que ce que pensent ses dirigeants:

«La loi a été accueillie avec un mélange de critique et de choc car les jurons sont une composante vitale de l'art russe, et certains des meilleurs poètes et dramaturges utilisent de nombreux gros mots, du classique Alexander Pouchkine au post-moderniste contemporain Vladimir Sorokin.»

Et comme nous ne sommes pas un média russe, nous pouvons finir par: «пошёл на хуй» (que l'on peut prononcer «pachiol na rouille», qui veut littéralement dire «Va en couille» et que l'on peut traduire par «Va bien te faire enculer»).


PS: Merci à Pierre Breteau pour sa connaissance du russe.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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