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Quand Berlin fut détruite pour la seconde fois

Annabelle Georgen, mis à jour le 05.05.2014 à 17 h 21

Photo: Heinrich Kuhn.

Photo: Heinrich Kuhn.

Les visiteurs qui arpentent les rues de Berlin et qui, perdus dans la contemplation d'une rangée de nobles façades de style néoclassique, se retrouvent soudain face à une verrue architecturale typique des années 1960, mettent souvent cette irruption brutale de la modernité sur le compte de la Seconde Guerre mondiale.

Berlin n'a pourtant pas seulement été détruite par les bombardements alliés qui ont frappée la ville dans les années 1940, mais par la volonté de Willy Brandt, lorsque celui-ci était maire de Berlin. En 1963, six ans avant qu'il ne devienne chancelier, il ordonna la destruction de 56.000 logements de Berlin-Ouest. Cette destruction programmée de la ville ne s'acheva définitivement qu'en 2002.

A cette époque, de nombreux Berlinois vivaient en effet dans des conditions d'extrême pauvreté dans ces immeubles construits au XIXe siècle, les fameuses «Mietskaserne» («casernes locatives»), comme on les appelait péjorativement autrefois, et qui sont aujourd'hui très prisées sur le marché de l'immobilier berlinois.

Les logements étaient vétustes, mal isolés, avec du chauffage au charbon, sans douche ni eau chaude, les toilettes situées entre les étages, partagées par les différents locataires. Ajoutez à cela que, par souci de rentabilité, la plupart des cours situées derrière les immeubles dont la façade donnait sur la rue avaient été bâties. Un grand nombre de familles s'entassaient donc sur de petites surfaces peu éclairées et peu aérées.

Plutôt que de lancer un grand chantier de rénovation à travers la ville, Willy Brandt privilégia une méthode en vogue à l'époque: faire table rase. Un chapitre méconnu de l'Histoire de Berlin que le livre de photographies Armutszeugnisse (littéralement, «témoignages de pauvreté») tente de faire sortir de l'oubli.

A l'occasion de sa sortie, l'hebdomadaire Die Zeit publie un diaporama de quelques photographies tirées du livre.

S'étant vu confier par le Sénat de Berlin la mission de documenter le dynamitage des immeubles anciens promis à la démolition, le photographe Heinrich Kuhn offre un témoignage édifiant du mal-logement dans le Berlin de l'après-guerre tout en faisant revivre le souvenir de ces immeubles à jamais disparus. Les quartiers qui ont perdu le plus d'immeubles XIXe sont Neukölln, Kreuzberg et Charlottenburg.

Bien que Wedding, ancien quartier ouvrier situé au nord de Berlin, figurait dans la liste noire des autorités, la plupart de ses immeubles sont aujourd'hui intacts. Un «miracle» que l'on doit aux nombreux squatteurs qui, dans les années 1980, ont tenu bon face aux autorités, explique l'historien Boris von Brauchitsch à la chaîne de télévision berlinoise RBB:

«Nous devons aux squatteurs des années 1980 le fait que ces logements soient toujours là. Grâce à Dieu, ils ont participé au fait que beaucoup d'entre eux ont été conservés.»

Comme il l'explique dans le livre, ce n'est qu'à cette époque que des voix commenceront à s'élever contre cet urbanisme du bulldozer. En 1983, le Sénat de Berlin adoptera douze principes pour un «renouvellement urbain prudent», ce qui permettra de sauver plus de 7.000 immeubles anciens.

A.G.

Armutszeugnisse – West-Berlin vor der Stadterneuerung in den sechziger Jahren

Fotografien von Heinrich Kuhn
Edition Braus

 

Annabelle Georgen
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Journaliste
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